Laval : encore un effort, M. Duplessis

Alexandre Duplessis vient d’être relégué au statut d’un mineur qui a besoin de la signature de ses parents, dixit le ministre des Affaires municipales, Régions et Occupation du territoire (MAMROT), Sylvain Gaudreault.

La mise en tutelle de Laval, annoncée vendredi, dépouille le maire Duplessis de toute autorité politique. Les révélations de la commission Charbonneau l’avaient déjà privé de son autorité morale.

M. Duplessis n’a cependant pas démissionné de son poste. Techniquement, le maire et les 21 conseillers du PRO des lavallois occupent toujours leurs fonctions. Ils ne pourront faire un pas, ni même prendre une décision sans recevoir l’imprimatur de la Commission des affaires municipales. Les bureaucrates de Québec deviendront, à compter de lundi, les réels patrons de la troisième plus grande ville au Québec, avec plus de 400 000 habitants et un budget annuel de 860 millions de dollars.

En dépit de cinglante gifle, pleinement méritée, M. Duplessis n’a pas complétement fait une croix sur la politique. Il «poursuivra son mandat à titre de maire» pendant la tutelle, a-t-il dit. Mais il «reconsidère» sa candidature pour les élections du 3 novembre.

Il faut croire que le service après vente chez National, le cabinet de relations publiques qui a obtenu des contrats de plus de sept millions de dollars à Laval en dix ans, n’inclut pas le service en réorientation de carrière.

Pour accélérer la réflexion d’Alexandre Duplessis, je lui offre aujourd’hui cinq clefs pour qu’il saisisse l’urgence de passer à autre chose, pour le bien des Lavallois.

1. Alexandre Duplessis est le dauphin politique de Gilles Vaillancourt, le présumé gangster qui l’a pris sous son aile lors de son élection à titre de conseiller dans le district de Saint-Martin, en 2005. Pendant sept ans, il a côtoyé l’ex maire Vaillancourt, à qui il est demeuré fidèle et loyal malgré l’avalanche de scandales sur le favoritisme et le copinage dans l’octroi des contrats. N’importe quel politicien avec un minimum de jugeote aurait pris ses distances du PRO, mais non. Jusqu’à la démission de M. Vaillancourt, en novembre dernier, il lui a témoigné de son soutien indéfectible. Pourquoi ne pas l’imiter et se retirer définitivement lui aussi?

2. Contrairement à Gilles Vaillancourt, M. Duplessis n’a aucun flair politique. Ses tractions de coulisses pour convaincre l’Union des municipalités du Québec (UMQ) d’exiger une suspension provisoire des travaux de la commission Charbonneau, pour la durée de la campagne électorale, étaient d’une remarquable bêtise. On comprend mieux ses intentions réelles maintenant que l’ex agent officiel du PRO, Jean Bertrand, témoigne à la commission. M. Duplessis est incapable de faire une déclaration sans s’appuyer au préalable sur ses conseillers en relations publiques, les moteurs intellectuels de l’hôtel de ville. Lors du point de presse confirmant la mise en tutelle de la Ville, il a lu des lignes écrites par ses conseillers et il s’est enfui sans répondre aux questions des journalistes. Un modèle dans la reddition des comptes.

3. M. Duplessis réfute le témoignage de Me Bertrand, selon lequel il aurait servi de prête-nom, au même titre que tous les conseillers du PRO (à trois exceptions près). Soit. Mais il n’apporte aucune preuve, ni l’ombre d’une explication détaillée pouvant nous convaincre qu’il dit vrai. Me Bertrand, accusé de fraude dans le projet Honorer, témoigne avec candeur et franchise à la commission. Au moins une conseillère, Claire Lebel corrobore son témoignage. En entrevue à La Presse, elle a reconnu qu’elle avait participé au stratagème contre son gré. «J’ai tellement été naïve. C’est un piège vicieux et dangereux», a-t-elle dit. Mme Lebel a eu la brillante idée de quitter le PRO rapidement après la démission de Gilles Vaillancourt, au moins.

4. Selon Radio-Canada, le maire par intérim a continué d’accorder des contrats aux firmes ayant fait l’objet de perquisitions de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), de novembre 2012 à ce jour. Seize entreprises ont reçu des contrats de 11 millions: J. Dufresne Asphalte, CIMA +, Ciment Lavallée, Poly-Excavation, Lavallée et frères, Génivar, Filiatrault, McNeil et associés. Ces firmes ont toutes été identifiées comme des membres du cartel des ingénieurs et du cartel des entrepreneurs à la commission. Les sept dirigeants de ces entreprises sont maintenant accusés de fraude avec l’ex maire Vaillancourt. M. Duplessis a pourtant déclaré, lors de son élection par acclamation, qu’une nouvelle ère de transparence commençait à l’hôtel de ville. Il allait même mettre en place «des mécanismes de vérification un peu partout dans l’administration».

5. Alexandre Duplessis est maintenant visé par une enquête de l’UPAC, tel que le révèle le Journal de Montréal samedi matin. Il est question d’affaires de dézonage qui sentent mauvais. Il fait aussi l’objet d’une vérification du syndic de l’Ordre des comptables professionnels agréés du Québec, dont il est membre.

Le temps est venu pour lui de se consacrer pleinement à la défense de son héritage politique. S’il n’ose pas démissionner, c’est bien parce qu’il bénéficie encore d’enviables services de conseillers, et d’avocats à charge des payeurs de taxes. La tutelle, c’est encore trop peu. Allez, un dernier effort, M. Duplessis…

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Le gouvernement péquiste ne semble pas décevoir sur la lutte à la corruption par la série de lois votées et l’encouragement renforcé à l’UPAC à faire son travail. Si toutefois les libéraux reprennent le pouvoir en mars ou avril prochains avec P.Couillard, le Québec continuera à s’enfoncer dans toute absence d’envergure; morale, politique, affirmation, déclin des francophones, du français,etc. Comment en sommes nous arrivés là à un tel niveau de cynisme politique et économique où le -chacun pour soi- est la loi implicite du Québec et de cette civilisation libérale qui s’offre en pleine décadence?