Enquête de l’UPAC chez Gérald Tremblay : quelle suite pour l’ex-maire de Montréal ?

Quand la police frappe à la porte d’un ancien maire dont le règne a été empoisonné par les scandales, l’heure est grave. C’est d’autant plus inquiétant qu’elle se présente avec un mandat de perquisition validé par un juge.

Photo : Archives
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Quand la police frappe à la porte d’un ancien maire dont le règne a été empoisonné par les scandales, l’heure est grave. C’est d’autant plus inquiétant qu’elle se présente avec un mandat de perquisition validé par un juge.

Politique

Mercredi matin, une dizaine de policiers de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ont envahi la résidence de Gérald Tremblay, maire de Montréal de 2001 à 2012. Fidèle à son habitude, le maire s’est plaint à TVA d’être la victime d’«acharnement médiatique». Ce ne sont pourtant pas les journalistes, mais les juges qui autorisent les perquisitions, dans le respect des droits constitutionnels des citoyens.

Les enquêteurs ont dépassé l’étape des visites de courtoisie, visant à recueillir les déclarations volontaires de l’homme qui n’a rien vu, rien su de l’épidémie de corruption et de collusion autour de lui. D’ailleurs, Gérald Tremblay et son épouse étaient absents pendant que les policiers fouillaient dans les moindres recoins de sa résidence d’Outremont. Les enquêteurs ont également visité le chalet du couple.

Que cherchent-ils ? Des preuves documentaires pouvant potentiellement lier Gérald Tremblay au scandale du contrat des compteurs d’eau. L’enquête va en crescendo depuis un mois, avec une dizaine de perquisitions qui visent notamment le maire de Lachine, Claude Dauphin, et trois anciens ténors d’Union Montréal (Francine Sénécal, Cosmo Maciocia et Sammy Forcillo).

Tremblay bénéficie de la présomption d’innocence et n’a pas été arrêté. Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, cet homme brisé a affirmé que des membres de sa garde rapprochée avaient trahi sa confiance.

Si l’on se fie aux documents judiciaires obtenus à ce jour par les médias, les enquêteurs s’intéressent aux fréquentations sociales de certains élus influents d’Union Montréal avec les entrepreneurs et les cabinets de génie-conseil qui ont obtenu le contrat d’installation des compteurs d’eau (Simard Beaudry et Dessau). Les policiers cherchent habituellement des photos de voyage, des cartes d’embarquement, des souvenirs, des passeports, des relevés bancaires, des agendas, etc.

Ces éléments pourraient être utiles pour faire la preuve que des politiciens municipaux et des hommes d’affaires étaient en relation étroite au moment de lancer les appels d’offres pour ce contrat de 356 millions. Si tel est le cas, il s’agirait d’une violation flagrante des règles. Les cabinets en compétition ne pouvaient pas communiquer avec les élus, sous peine d’être exclus de l’appel de propositions.

Le contrat a été résilié en 2009, en raison de nombreuses irrégularités, et la Ville de Montréal a fait une croix sur les compteurs d’eau.

Selon la théorie de la police, l’ex-président du comité exécutif, Frank Zampino, aurait joué un rôle de premier plan pour répartir les contrats. Le projet du Faubourg Contrecœur aurait été réservé à Paolo Catania (de l’entreprise F. Catania) et celui de compteurs d’eau à Simard Beaudry et Dessau, formant le consortium Génieau.

Frank Zampino, Paolo Catania et Bernard Trépanier, le collecteur d’Union Montréal, ont notamment été accusés de fraude dans le dossier du Faubourg Contrecœur. L’enquête sur les compteurs d’eau tarde cependant à connaître son dénouement, près de six ans après le dépôt d’une plainte par l’ancien chef de Projet Montréal, Richard Bergeron.

Selon les policiers, Gérard Tremblay était «en position de pouvoir» lors de l’attribution du contrat des compteurs d’eau. D’entrée de jeu, l’appel d’offres aurait dû être lancé par le conseil d’agglomération. C’est plutôt le comité exécutif de la Ville qui a sous-traité la responsabilité au directeur général de la Ville, Robert Abdallah. Le maire aurait dû ouvrir l’œil, et le bon, lorsqu’on a lancé l’appel d’offres sur d’aussi mauvaises fondations.

Peu importe ce qu’il advient de Gérald Tremblay à l’issue de l’enquête, il portera la responsabilité morale de ne pas avoir mis le pied à terre lorsque les premières effluves du scandale ont empesté l’hôtel de ville.

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Il est difficile de croire qu’ils vont trouver quelque chose apres trois ans… Il a eu le temps de faire un menage complet de ses affaires…

Bah, dans tout ça, les mafieux seront les moins touchés…

C’est ce que je pense aussi. Les mafieux répèrent des pions dans des organismes et/ou des gouvernements quels qu’ils soient pour ensuite se glisser en douce dans des branches entières de l’appareil gouvernemental. Un ministre (ou un maire) peut sentir que ça grenouille autour de lui sans être réellement capable de saisir ce qui se passe réellement ou du moins d’avoir des preuves claires. C’est que sa garde rapprochée manipule tous les cordons de l’appareil et sait quoi dire et comment le dire au ministre (ou au maire) pour le neutraliser. Les pions de la mafia ont, bien sûr, auparavant neutralisé des fonctionnaires aux postes stratégiques.

Les mafieux n’arrivent pas avec des gros sabots en donnant des millions à tel haut-fonctionnaire pour l’avoir de leur bord. Non. Ils commencent par des sommes presque risibles pour tâter le terrain. Une fois la main dans le sac de bonbons, les fonctionnaires ont aussi le bras dans le tordeur. Ils ne peuvent plus reculer.

Je crois toujours que Gérald Tremblay n’a pas mis la main dans le sac de bonbons mais que ce sont ses lieutenants proches qui l’ont manipulé et trahi. On s’acharne sur la mauvaise personne pour en épargner d’autres. Cette enquête TÉLÉGUIDÉE est POLITIQUE et non judiciaire.

C’est drôle, on entend plus parler des compteurs d’eau. C’était pourtant vert… un projet que les environnementalistes semblaient aimer. Combien de fois a-t-on voulu imposer ces compteurs dans le but d’économiser l’eau?

Il semble bien que ce n’était bien qu’une manœuvre pour faire passer ces contrats, qui auraient probablement fait doubler le prix de l’eau (parce qu’il aurait bien fallu les payer, ces compteurs, avec les intérêts des règlements d’emprunts sur 50 ans…).

J’espère qu’on n’en entendra plus jamais parler.

Parfaitement d’accord avec toi! La corruption est dans la construction et dans les routes. Qu’on arrête ça au plus sacrant qu’on en entende plus parler.

Je me suis toujours dit à propos de ce cher M. Tremblay…soit c’est le plus grand comédien des temps modernes, à répéter sans cesse (et on a presque le goût de le croire) qu’il n’a rien vu, qu’il a été manipulé, qu’il ne savait rien…soit c’est le plus grand imbécile à avoir été élu maire pour n’avoir rien vu, su, entendu.

Je me demande laquelle des 2 hypothèses est la plus grave.

Ça M. Myles , ce n’ est pas un cas de déjudicialirisation!!!! Ce sont des faits et vérifiables!!

J’aimerais bien que quelqu’un m’explique ce que les policiers de l’UPAC pourraient bien trouver après autant de temps. N’importe quel individu normal aurait fait le grand ménage depuis longtemps. Pourtant à tout moment on nous annonce aux téléjournaux que les policiers ont fait une descente chez tel ou tel personne. Que peuvent-ils chercher? Trouvent-ils parfois des choses intéressantes lors de ces fouilles ultra tardive. Peut-être qu’il ne s’agit que de comédies pour calmer le bon peuple assoupi.

Myles l’a dit à R-C: l’enquête a pris beaucoup de temps à démarrer suite à la plainte de Bergeron… On se doute que ce n’est pas par hasard.