Entre tricheur et naufrageur

Jean-François Lisée pourrait-il devoir changer d’idée sur la question référendaire?

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, s'est engagé à ne pas tenir de référendum dans un premier mandat. Et si les conditions se présentaient? (Photo: Jacques Nadeau)
Le chef du PQ, Jean-François Lisée, s’est engagé à ne pas tenir de référendum dans un premier mandat. Et si les conditions se présentaient? (Photo: Jacques Nadeau)

Depuis le référendum de 1995, il y a eu six élections générales au Québec sous quatre chefs du Parti québécois. À chacune de ces campagnes, le Parti libéral a instrumentalisé l’hypothèse d’un autre référendum pour rafler la mise ou, à défaut, pour sauver les meubles et éviter une défaite trop cuisante.

À tous les coups, la stratégie a fait mouche. Philippe Couillard ne serait peut-être pas premier ministre ou encore à la tête d’un gouvernement majoritaire si la campagne de 2014 n’avait pas tourné, à la faveur de l’entrée en scène, poing levé, de Pierre Karl Péladeau, en référendum sur un autre référendum.

À condition que Jean-François Lisée convainque l’aile plus militante de sa formation de respecter — sans crise existentielle — son engagement de mettre la démarche souverainiste en veilleuse pour six ans, son arrivée à la tête du PQ a de quoi désamorcer cette stratégie payante pour le PLQ.

À cet égard, la sortie, au lendemain de la victoire de Jean-François Lisée, du premier ministre Couil­lard, qui a tiré à boulets rouges sur le discours identitaire qu’a tenu le nouveau chef péquiste au fil de sa campagne au leadership, n’était pas un accident.

Le meilleur espoir de Philippe Couillard pour neutraliser ce nouvel adversaire réside moins dans l’épouvantail référendaire défraîchi que dans une répétition de l’épisode de la défunte charte des valeurs péquiste. Encore faudrait-il, cependant, que M. Lisée se prête au jeu d’un débat qui divise son propre parti et qui agit comme un repoussoir sur la tranche la plus jeune de l’électorat.

L’appui des adeptes de la charte a sans doute joué un rôle dans la course, mais cela ne veut pas dire que la majorité de ceux qui ont voté pour Lisée l’ont fait sur cette seule base.


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Parmi les maçons qui ont contribué à sa victoire, il y a le premier ministre Couillard lui-même et la profonde insatisfaction que son gouvernement suscite chez les électeurs, fédéralistes comme souverainistes, de centre gauche.

L’incapacité apparente du premier ministre actuel d’articuler un projet de société progressiste pour le Québec, sa propension à aller chercher dans les platebandes de la Coalition Avenir Québec l’inspiration et la relève qui semblent faire défaut à son gouvernement sont autant d’éléments susceptibles de cimenter bien plus solidement le vote d’opposition derrière le PQ que les ambitions référendaires qu’ont portées tant bien que mal les prédécesseurs de Jean-François Lisée.

Mais encore faut-il, pour cela, croire le nouveau chef sur parole quand il jure d’écarter le référendum de l’ordre du jour d’un premier mandat péquiste.

À court terme, c’est-à-dire à l’horizon des deux années qui séparent le Québec des prochaines élections générales, il n’y a guère d’événement prévisible susceptible de changer la donne au point de rendre un projet référendaire réalisable.

Mais personne n’est garant de l’avenir. Qui aurait cru, au soir de la victoire de Brian Mulroney en 1988, que cinq ans plus tard le Parti conservateur serait décimé au profit, au Québec, d’un parti souverainiste fédéral ?

Il y a 20 ans, Jean-François Lisée a consacré deux ouvrages — Le tricheur et Le naufrageur — à la navigation à vue de Robert Bou­rassa après l’échec des accords constitutionnels du lac Meech.

En gros, il y soutenait que l’ancien premier ministre libéral n’avait jamais eu l’intention, s’il échouait à conclure des arrangements constitutionnels satisfaisants avec le reste du Canada, de mener le Québec à l’indépendance.

Les déclarations-chocs de Robert Bourassa au lendemain de l’échec de Meech n’auraient eu pour objectif que de gagner le temps nécessaire à ce que se calment les esprits. Ce faisant, l’ancien premier ministre aurait torpillé une occasion historique de réaliser l’indépendance sur une base consensuelle.

M. Lisée a fait campagne à visage découvert sur son intention de décaler d’un mandat le projet référendaire. On peut croire qu’il n’a aucunement l’intention de reprendre à son compte la tricherie qu’il a imputée à Robert Bourassa en trahissant son engagement.

Mais si, au cours des six prochaines années, devaient survenir des événements qui redonnent à la cause souverainiste un souffle d’une puissance comparable à celui de l’après-Meech, Jean-François Lisée — s’il était au pouvoir — devrait choisir entre être un tricheur ou un naufrageur.

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7 commentaires
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Pas à son premier revirement près… C’est même une de ses marques de commerce. Il n’avait même pas fini son discours après son élection de chef du PQ qu’il commençait déjà à se refaire une virginité sur ses prises de position radicales sur les immigrants en se rapprochant de celles de son principal adversaire, Alexandre Cloutier. Ce dernier ne doit pas la trouver drôle en passant.

Il a quand même réussi à se faire élire par un parti qui a comme PREMIER ARTICLE l’indépendance du Québec en promettant…de ne PAS faire l’indépendance du Québec, du moins dans un premier mandat potentiel. Faut le faire…

Les Péquistes seraient-ils tombés sur la tête, eux qui ont renié Martine Ouellette qui, ELLE, leur promettait de les emmener au grand soir lors de son premier mandat? Pourquoi diable ne veulent-ils pas mettre en évidence leur ARTICLE PREMIER???

je vais vous faire une prédiction: Lisée, non seulement a-t-il répudié ce premier article tout en se faisant élire chef, mais comme chef du parti, il le fera complètement DISPARAÎTRE de la charte du PQ!

Oui je suis d’accord avec vous, tout à fait d’accord.

Ainsi j’observe présentement les circonvolutions que font les « fédérantes » Trudeau en tête dont la premîere « promesse » électorale afin de faire de la denière élection, la « der des der » selon le mode que vous connaissez ne sera probablement pas la « der des der »…

Ce n’est qu’un exemple…

Changer le mode de scrutin n’était pas sa première promesse, loin de là; d’ailleurs, à la décharge de mini-PET, je dois admettre qu’il a déjà rempli plusieurs de ses promesses. Comme Harper dans le temps…

Celle de modifier le mode de scrutin ira mourir tout droit au cimetière des promesses non remplies. Comme ses semblables. D’ailleurs, je me demande bien combien de Canadiens ont VÉRITABLEMENT crû à cette promesse.

Une question qu’il faudrait se poser, serait de savoir si nous sommes encore dans un contexte ressemblant aux paramètres des « non-accords de Meech » et si… d’ici six ans, les évènements tant aux Québec qu’au Canada pourraient nous rapprocher d’une crise constitutionnelle majeure, dans laquelle d’autres provinces pourraient être impliquées… par exemple : l’Alberta ?

Encore faudrait-il en préalable que Jean-François Lisée devienne en 2018 le prochain Premier ministre de la Province et qu’il forme un gouvernement majoritaire.

S’il est vrai que le gouvernement de monsieur Couillard est par plusieurs aspects décevant. Au fil des ans la question que je me pose, c’est de savoir si je n’ai pas à un moment donné trouvé tous les gouvernements décevants toutes bannières confondues : tant au fédéral qu’au provincial, tout comme pour moi également ceux que j’élis sur le Vieux-Continent.

Jean-François Lisée ne sera probablement ni un tricheur, ni un naufrageur ; d’abord parce qu’il est trop intelligent pour se voir subordonné à l’un de ces rôles réducteurs, ensuite parce que la manière de voir la politique, de l’évaluer et d’y participer est en train de changer.

Si un jour un Québec indépendant devrait se faire, ce ne pourrait être qu’un projet collectif dûment assumé par la population et consensuel. Cela ne formerait pas une rupture avec l’état actuel des choses, il s’agirait plutôt d’une transformation du cadre politique et administratif tout comme peut-être simultanément du cadre politique et constitutionnel canadien.

Dans ce cas l’indépendance deviendrait une opportunité.

En ce sens, des changements sont à prévoir, mais selon moi… Pas avant 15 ou 20 ans, ces changements devraient se produire par étapes successives supportés d’une large approbation de la population. Le temps n’est plus celui de la division, c’est plutôt l’heure de l’union qui doit reprendre ses droits. Les politiciens doivent être à l’écoute de la population, incluant celles et ceux qu’on n’entend pas habituellement.

— « Exit » donc… les crises majeures. Vive la démocratie ponctuelle ! Soyons et vivons l’heure du temps.

J’aime beaucoup votre attitude. L’indépendance comme « opportunité »…

Oui, il faut rester à l’écoute des peuples, vibrer avec lui, et ne pas hésiter à saisir les opportunités. Et un projet collectif stimulant!

Vous écrivez, madame Hébert :

«En gros, il y soutenait (dans «Le tricheur» et «Le naufrageur») que l’ancien premier ministre libéral n’avait jamais eu l’intention, s’il échouait à conclure des arrangements constitutionnels satisfaisants avec le reste du Canada, de mener le Québec à l’indépendance.

Les déclarations-chocs de Robert Bourassa au lendemain de l’échec de Meech n’auraient eu pour objectif que de gagner le temps nécessaire à ce que se calment les esprits. Ce faisant, l’ancien premier ministre aurait torpillé une occasion historique de réaliser l’indépendance sur une base consensuelle.»

Pourquoi donc utilisez-vous le conditionnel ? Robert Bourassa n’a jamais eu l’intention de faire l’indépendance du Québec; il ne faisait à l’époque que gagner du temps en attendant que la fièvre populaire retombe. Tous les faits rapportés par Jean-François Lisée dans ces ouvrages le démontrent, et je ne me souviens pas que quiconque ait dénoncé une erreur de fait dans ces deux livres.

Robert Bourassa a donc trompé ses électeurs, ne divulguant qu’au premier ministre fédéral et à ses homologues des autres provinces quelles étaient ses véritables intentions.

Bien sûr, la fièvre souverainiste du peuple québécois est bel et bien retombée, comme Bourassa l’espérait. Lisée admet lui-même quelque part dans un des livres en question que si jamais cette fièvre retombe, Bourassa aura peut-être eu raison.

En somme, Robert Bourassa a trompé les Québécois, mais ceux-ci, ayant depuis changé d’idée, le remercient de les avoir trompés, d’avoir su mieux qu’eux ce qu’il fallait faire. Déprimant pour les souverainistes, certes. Mais «Le tricheur» et «Le naufrageur» n’en sont pas moins une chronique passionnante (et juste) du début des années 90 dans notre histoire politique.

Lisé dans son livre a traité Bourassa de Naufrageur parce qu’il n’avait pas tenu de référendum et Lisé a été élu chef du PQ en promettant de ne pas tenir de référendum.