Environnement : l’heure de vérité

Depuis trois mois, l’équipe Trudeau a entretenu un certain flou quant à sa conciliation des dossiers de l’énergie et de l’environnement. L’heure de vérité attend néanmoins le cabinet fédéral au tournant des premières semaines de la session parlementaire.

Photo : Daphné Caron

Depuis que Justin Trudeau a été reporté au pouvoir à la tête d’un gouvernement minoritaire, bien des électeurs attendent de voir quel sens le premier ministre entend donner au mandat qu’il a obtenu sur le front de la lutte contre les changements climatiques.  

D’une part, une forte majorité de Canadiens ont voté pour des partis fédéraux qui prônent l’adoption de cibles plus ambitieuses en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le discours du Trône libéral faisait état de cette priorité.

D’autre part, le Parti conservateur — qui promettait de mettre le plan libéral au rancart — a remporté davantage de votes que le PLC.

Depuis, le gouvernement Trudeau a multiplié les gestes d’ouverture à l’égard de l’Alberta et de la Saskatchewan, les deux provinces qui lui ont tourné le dos dans l’isoloir. 

Ottawa garde le cap sur l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain et Justin Trudeau a confié à la ministre Chrystia Freeland — promue au rang de vice-première ministre — la tâche de rebâtir des ponts avec les provinces des Prairies.  

En même temps, l’écologiste Steven Guilbeault — réfractaire dans sa précédente incarnation aux projets d’oléoducs — a été écarté du ministère de l’Environnement. 

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Depuis trois mois, l’équipe Trudeau a entretenu un certain flou quant à sa conciliation des dossiers de l’énergie et de l’environnement. L’heure de vérité attend néanmoins le cabinet fédéral au tournant des premières semaines de la session parlementaire.

D’ici la fin de février, il devra décider s’il donne le feu vert à un vaste projet d’exploitation des sables bitumineux dans le nord de l’Alberta, piloté par l’entreprise vancouvéroise Teck Resources.

La mine Frontier, si elle voit le jour, est destinée à devenir la plus importante du genre au Canada. La mine à ciel ouvert s’étendrait sur plus de 24 000 hectares — deux fois la superficie de la ville de Vancouver — et produirait à terme 260 000 barils de pétrole par jour pendant un peu plus de 40 ans. Son exploitation ferait, évidemment, grimper les émissions de gaz à effet de serre du Canada. 

L’exploitation engendrerait également des dommages irréversibles à l’environnement et aurait des conséquences négatives majeures pour des communautés autochtones de la région. Ce n’est pas moi qui le dis, mais plutôt le groupe composé de représentants d’Ottawa et de l’Alberta qui a étudié le dossier et qui a malgré tout transmis une recommandation favorable au gouvernement fédéral l’été dernier.

Le débat sur la mine Frontier promet de diviser le Conseil des ministres. Dans un sens ou dans l’autre, la décision va faire des perdants autour de la table du cabinet Trudeau.

Au final, le groupe a donné sa bénédiction au projet pour des raisons d’intérêt économique. Selon les projections de l’entreprise, la réalisation de ce vaste chantier entraînerait 55 milliards de dollars de retombées pour l’Alberta ainsi que la création de milliers d’emplois directs et indirects. 

Il est à noter que ces prévisions s’appuient sur un prix du baril de pétrole nettement plus élevé que celui qui a cours actuellement, ce qui fait dire à bien des experts que la mine pourrait ne jamais exister, faute de rentabilité. Teck Resources a d’ailleurs déjà décalé la mise en branle du chantier. 

Cela n’empêche pas le premier ministre albertain, Jason Kenney, de soutenir qu’il y tient mordicus. Dans les officines conservatrices d’Edmonton, le dossier de la mine Frontier est présenté comme un test pour éprouver la bonne volonté d’Ottawa à l’égard de la province.  

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Le débat promet de diviser le Conseil des ministres. Dans un sens ou dans l’autre, la décision va faire des perdants autour de la table du cabinet Trudeau.

Si Ottawa bloque la mine, la mission de facilitatrice fédérale auprès de l’Alberta de Chrystia Freeland risque d’être sérieusement compromise. Dans les capitales des Prairies, on la décrira comme la femme de paille de Justin Trudeau. 

Mais si Ottawa donne le feu vert, c’en sera fait de ce qui reste de la crédibilité environnementale du gouvernement, y compris aux yeux de bon nombre de ses propres sympathisants.

Le nouveau ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, sera éclaboussé, tout comme d’autres membres du Cabinet très identifiés au dossier climatique, tels Steven Guilbeault et Catherine McKenna.

S’il fallait indiquer un dossier susceptible de forcer le premier ministre à montrer ses vraies couleurs en matière de lutte contre les changements climatiques, ce serait celui de la mine Frontier.

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Les velléités environnementales des libéraux de J. Trudeau sont surtout de la poudre aux yeux, des belles paroles mais les bottines suivent rarement les babines. Les libéraux auraient pu donner un vrai tournant pour respecter ses cibles de réduction des GES en abandonnant le projet Trans Mountain et en investissant massivement dans les énergies vertes surtout en Alberta pour remettre cette province sur les rails mais ce fut une occasion manquée.

Les libéraux sont inféodés aux grandes pétrolières et vont très probablement approuver ce projet sinon ce serait un suicide politique dans les Prairies. En réalité c’est le PM Couillard qui disait la vérité sur la philosophie des libéraux quand il a déclaré que quelques caribous ne feraient pas perdre des emplois en Abitibi. Au moins il n’a pas eu la langue de bois comme son homologue fédéral.

Quant à l’intérêt national, il passe toujours avant l’environnement, quels que soient ses impacts. On se souviendra que la Cour d’appel fédérale a ordonné des études d’impact de TMX sur les populations marines de la mer Salish et du détroit Juan de Fuca, ce qui n’avait même pas été fait, et malgré le fait que l’augmentation des pétroliers dans ces eaux va nécessairement nuire en particulier aux populations d’épaulards résidents qui sont à risque d’extinction, l’Office a quand même recommandé au cabinet fédéral d’aller de l’avant dans « l’intérêt national ».

L’économie est le dieu des libéraux et la destruction de notre environnement ne pèse en rien pour eux. Toutefois, les protestataires pour l’environnement n’ont pas été conséquents avec leurs manifestations car ils et elles ont quand même élu ce gouvernement aussi minoritaire soit-il. Les libéraux voient bien qu’ils ont l’impunité pour approuver ces projets et ils en profitent, quitte à berner les instances internationales avec leurs belles paroles.

Des avenues de solution pour le fédéral orientées vers l’avenir
– financer la dépollution des sites des sables butimineux et le démantèlement respectueux de l’environnement des pipelines.
-financer la production de centrales solaires et éoliennes
– financer la production dans l’ouest, de fruits, légumes, légumineuses et vins actuellement importées de Floride, Californie et autres, qui manqueront bientôt d’eau.

Comme l’écrit avec pleine justesse Chantal Hébert relativement au Projet Frontier : « Il est à noter que ces prévisions s’appuient sur un prix du baril de pétrole nettement plus élevé que celui qui a cours actuellement, ce qui fait dire à bien des experts que la mine pourrait ne jamais exister, faute de rentabilité. »

Actuellement l’Alberta est devenue plus une réserve pour les compagnies pétrolières qu’elle n’est un terrain privilégier pour l’exploitation extensive du pétrole. Ce qui rend encore le pétrole canadien attractif pour les Américains, c’est parce que le Canada est un partenaire sûr, une source d’approvisionnement garantie et des prix de 25% ou plus inférieurs au marché avec parfois des contrats à prix fixes aux trois mois ou aux six mois.

C’est d’ailleurs parce que l’Alberta vend parfois son pétrole à perte que l’économie de la province est atone et seul un virage qualitatif versus une orientation purement quantitative permettra de redonner à cette province sa prospérité d’antan.

Aussi plaise ou ne plaise pas aux Albertins, un virage plus écologique et plus vert serait leur planche de salut, d’autant que l’expertise qu’ils ont acquise avec le pétrole est transférable sur les énergies renouvelables, ce qui leur permettrait ainsi de générer de la richesse et de créer de nouveaux emplois.

C’est pourquoi les gouvernements des Prairies doivent-ils investir dans la transition écologique et énergétique ; le gouvernement fédéral doit-il accompagner ces provinces dans cette transition. Il faut instaurer un dialogue constructif avec ces provinces et sur ce point madame Freeland peut être une interlocutrice valable dans le contexte actuel.

Beaucoup d’habitants des Prairies ont des origines communes d’Ukraine qu’ils partagent avec madame Freeland. Le rapport doit-il se construire sur une base plus coopérative, des projets concrets et structurants et non par l’entretien d’un rapport de force entre le fédéral et quelques provinces rétives.

À cet effet, je pense que le gouvernement de monsieur Trudeau a bien compris que les Canadiens et les Provinces en général désirent du concret, des projets réalistes, réalisables et réalisés. S’il est probable que pour des raisons stratégiques les ministres libéraux ménageront peut-être la chèvre et le chou, il est probable également que si Justin Trudeau considère la possibilité de briguer un troisième mandat, il devra prouver qu’il a entendu le message des populations, que sa meilleure chance de succès est bien de donner vie aux projets les plus ambitieux qui feront la fierté de toute la nation.

…vous insinuez que ce petit Trudeau aurait des couleurs, je me risquerais à vous proposer quelques suggestions !!!

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