Espoirs déçus en Ukraine

Après l’échec des négociations attendues entre Kiev et Moscou sur la question du gaz, les tensions s’intensifient toujours plus dans l’est de l’Ukraine, et les espoirs de règlement du conflit s’amenuisent à mesure que le bilan humain s’alourdit. La crise ne ferait-elle que commencer ? 

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Photo : AFP / Getty Images

Après l’échec des négociations attendues entre Kiev et Moscou sur la question du gaz, les tensions s’intensifient toujours plus dans l’est de l’Ukraine, et les espoirs de règlement du conflit s’amenuisent à mesure que le bilan humain s’alourdit.
Politique

La crise ne ferait-elle que commencer ? Multipliant soufflets diplomatiques et bruits de bottes, Vladimir Poutine redéfinit les rapports de force et impose ses termes, ne rencontrant en chemin aucune résistance crédible.

Bruits de bottes et jeux de dupe

La situation se détériore rapidement, après une brève période d’accalmie. Ainsi, à la suite des élections présidentielles du 25 mai, une série de rencontres entre le nouveau président ukrainien, Petro Porochenko, et Vladimir Poutine avait fait naître quelques espoirs.

Mais un avion de l’armée ukrainienne transportant 49 soldats a été abattu, samedi dernier, par des séparatistes prorusses près de Lougansk, ce qui a provoqué un regain des tensions et des manifestations d’ampleur jusque dans la capitale.

Les tentatives des Européens visant à persuader Vladimir Poutine de désarmer ces milices ont échoué jusqu’à présent. D’après lui, il n’y aurait d’ailleurs «aucun soldat russe en Ukraine»…

Interrogé la semaine dernière à la télévision française, le président russe a fermement nié son implication, renvoyant les États-Unis et l’Europe à leurs propres zones d’ombre. Des images satellites de l’OTAN montrent pourtant des dizaines de tanks russes et d’engins d’artillerie lourde — dont des rampes de lancement de missiles — qui franchissaient allègrement la frontière ukrainienne, ces dernières semaines.

Fiasco gazier

Dans ce contexte explosif, Moscou a «coupé le gaz à l’Ukraine», à l’expiration, lundi, de l’ultimatum fixé à Kiev par le géant gazier Gazprom pour le remboursement d’une dette de plus de 4,5 milliards de dollars.

La situation est inquiétante pour le pays lui-même, mais également pour l’Europe, dont la consommation gazière dépend à plus de 15 % des routes du gaz ukrainiennes.

Facteur supplémentaire de tensions, et levier important pour Moscou, cette nouvelle crise du gaz vient empirer une situation très fragile. Il reste, semble-t-il, peu d’espoir — les discussions en cours tenant plus du dialogue de sourds que de réelles négociations.

L’Ukraine refuse en effet de rembourser ses dettes tant que le prix du gaz russe — qui est passé du simple au double depuis la chute du président Ianoukovytch, en février — ne baissera pas.

La crise commence

Politique diplomatique, gazière… La crise ukrainienne ne fait ainsi que commencer, et elle ne se règlera pas toute seule.

En dépit de sanctions jugées conséquentes — à l’efficacité douteuse et aux effets pervers —, la cote de popularité de Vladimir Poutine n’a jamais été aussi haute en Russie, et personne à l’ouest ne lui oppose réellement résistance.

Ne rien faire n’est pas une option, étant donné que l’Ukraine est au bord de la guerre civile. Une catastrophe humanitaire menace l’est du pays, et les espoirs de désescalade s’amenuisent, au fur et à mesure que les fenêtres diplomatiques se ferment l’une après l’autre.

Mais comment reprendre des négociations après l’instauration d’un rapport de force à la fois bancal et incertain, entre une Russie aux plans troubles et une Europe aux «abonnés absents» ?

Marginalisée dans la plupart des instances internationales, Moscou a, de fait, déjà «remporté» sa bataille pour l’Ukraine — l’empêchant, pour un temps, de rejoindre le giron occidental par la signature d’accords économiques ou d’adhésion à l’OTAN. Des scenarii reportés… jusqu’à nouvel ordre.

Aurélie Allain
Chercheure en résidence, Observatoire de géopolitique
Chaire @RDandurand @UQAM
Suivez-la : @allainaurelie

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À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte une trentaine de chercheurs en résidence et plus de 100 chercheurs associés issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.

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