Et maintenant ?

Compensations aux producteurs agricoles, respect de la Loi 21, taxe carbone… Au lendemain de la 43e élection fédérale qui a vu Justin Trudeau être reconduit au pouvoir, le jeu politique a déjà repris le dessus.

Photo : La Presse canadienne

Pour une seconde fois consécutive, les libéraux ont remporté le plus grand nombre de sièges à la Chambre des communes, mais cette fois-ci, ils ne disposent pas d’une majorité absolue. Quelles sont désormais les prochaines étapes?

Justin Trudeau aura besoin de l’appui d’au moins un autre parti pour pouvoir adopter une loi au Parlement — et survivre à un vote de confiance après un discours du Trône exposant ses plans pour gouverner.

La première décision de M. Trudeau sera probablement de remanier son cabinet, étant donné que le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, et le ministre des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, ont perdu leur siège.

Lorsque le nouveau Parlement siégera, son tout premier point à l’ordre du jour sera l’élection d’un président. Geoff Regan, l’actuel président, a été réélu lundi dans la région de Halifax, mais il n’est pas automatiquement renommé. C’est après l’élection du Président que sera prononcé le discours du Trône. Le gouvernement exposera alors ses priorités et indiquera quelle direction il prendra.

Le discours du Trône sera également la première occasion pour les partis d’opposition d’essayer de faire tomber le gouvernement avec une motion de défiance. Comme les libéraux ont moins de la majorité des sièges, ils devront s’assurer d’obtenir au moins 170 voix pour conserver la confiance de la Chambre et leur emprise sur le pouvoir.

M. Trudeau pourrait parier qu’aucun parti ne voudra faire tomber le gouvernement et potentiellement imposer une nouvelle élection — ou donner aux conservateurs l’occasion de former le gouvernement.

Dans ce cas, le premier ministre ne conclurait aucun accord avec les partis de l’opposition et ferait le pari qu’il pourrait survivre à un vote de confiance potentiel pour ensuite obtenir du soutien sur chaque enjeu individuel.

Mais s’il souhaite une situation plus stable, M. Trudeau pourrait conclure un accord plus formel avec un autre parti afin de s’assurer de son soutien, une entente appelée «soutien sans participation».

Au fédéral, le partenaire le plus probable pour un tel accord serait le NPD. Au cours de la campagne, M. Singh a défini six priorités pour soutenir un autre parti minoritaire, notamment l’assurance-médicaments, les investissements dans le logement et l’action contre le changement climatique.

En échange du maintien du gouvernement minoritaire, le NPD s’attendrait à influencer la politique gouvernementale dans ces dossiers.

Legault exhorte Trudeau à respecter la loi 21

Le premier ministre François Legault n’a pas perdu de temps pour rappeler à Justin Trudeau sa priorité: ne pas voir Ottawa contester en cour la loi 21 sur la laïcité de l’État.

Quelques heures seulement après la réélection des libéraux fédéraux, qui formeront un gouvernement minoritaire, M. Legault s’entretenait déjà au téléphone avec M. Trudeau pour l’exhorter à respecter le voeu d’une majorité de Québécois de proclamer la laïcité de l’État, incluant l’interdiction faite à certaines catégories d’employés, dont les enseignants, de porter des signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions.

«C’est important que le gouvernement fédéral respecte le Québec comme nation» et renonce d’emblée à empiéter dans ses champs de compétence, a-t-il rappelé à son homologue fédéral.

Durant la campagne électorale, M. Trudeau a été le seul chef politique à refuser de s’engager formellement à éviter toute contestation judiciaire de la loi 21 par le gouvernement fédéral. Il en faisait une question de protection des minorités.

Scheer ne démissionnera pas

Andrew Scheer n’a pas l’intention de céder sa place comme chef du Parti conservateur du Canada malgré la défaite.

Lors d’une conférence de presse au lendemain de l’élection, M. Scheer a vanté les résultats du vote populaire de son parti, qui ont été meilleurs que ceux des libéraux.

Les conservateurs ont fait des gains en Atlantique et ont balayé les provinces de l’Ouest, mais n’ont pas réussi à faire des gains au Québec et en Ontario.

Blanchet rejette les spéculations stratégiques

Au lendemain d’une élection qui lui a donné une balance du pouvoir partagée avec le Nouveau Parti démocratique (NPD), le chef bloquiste a refusé de s’adonner à quelque spéculation stratégique que ce soit, répétant qu’il n’est pas dans une logique d’alliance ou de renversement de gouvernement, mais bien de collaboration dans le seul et unique but de défendre les intérêts du Québec.

Ainsi, il a réitéré son intention d’agir au cas par cas et de soutenir toute initiative qu’il jugera bonne pour le Québec et de s’opposer à celles qui ne le seraient pas.

Le chef bloquiste a adressé une première demande au gouvernement Trudeau, soit de convoquer le Parlement avant les Fêtes afin de régler dans les plus brefs délais les détails entourant le versement des compensations aux producteurs agricoles sous gestion de l’offre qui ont vu leurs parts de marché diminuer à la suite des trois dernières négociations de libre-échange.

Jagmeet Singh promet de continuer d’être présent au Québec

Au lendemain de l’élection fédérale qui a vu le NPD perdre 13 de ses 14 circonscriptions au Québec, le chef Jagmeet Singh a admis mardi qu’il lui est difficile de perdre d’«excellents députés».

Seul Alexandre Boulerice a survécu parmi les députés néo-démocrates de la province. À l’échelle du pays, le Nouveau Parti démocratique compte maintenant 20 députés de moins qu’au moment du déclenchement des élections, soit 24.

M. Singh estime malgré tout avoir reçu un bon accueil, alors qu’il a dû travailler fort pour se faire connaître au Québec, et a dit, lors d’un point de presse dans sa circonscription de Burnaby, en Colombie-Britannique, avoir montré qu’il partageait les valeurs progressistes des Québécois.

«C’est important que les Québécois et Québécoises sachent que c’est nous, l’option progressiste. On va continuer de montrer que nous sommes des alliés pour le Québec et on va continuer de faire le travail», a-t-il déclaré.

M. Singh a également noté — au lendemain d’une élection qui a vu les libéraux remporter le plus grand nombre de sièges même si les conservateurs sont légèrement devant en pourcentage du vote populaire — que le système électoral canadien est brisé et à besoin d’être réparé.

Blaine Higgs songe à céder sur la «taxe carbone»

Le premier ministre progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick admet que les électeurs de cette province ont envoyé lundi un message sur la «taxe carbone» du fédéral et il prévient que son gouvernement devra maintenant trouver un moyen de faire fonctionner cette mesure.

Les libéraux de Justin Trudeau ont remporté six des dix circonscriptions fédérales du Nouveau-Brunswick et les verts une autre. Ces deux partis sont des partisans de la tarification du carbone pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, contrairement aux conservateurs, qui n’ont récolté lundi que trois sièges au Nouveau-Brunswick.

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Cette affirmation (je cite) « Durant la campagne électorale, M. Trudeau a été le seul chef politique à refuser de s’engager formellement à éviter toute contestation judiciaire de la loi 21 par le gouvernement fédéral. Il en faisait une question de protection des minorités », me laisse perplexe. Le libellé cité ci-dessus est lui-même peu clair, à l’image des réponses de M. Singh sur cette question.

En général, pour ce que j’ai vu, le consensus, la conclusion implicite ou explicite des journalistes et des chroniqueurs sur cette question, semble être que M. Singh a fait comme M. Scheer en disant formellement qu’il n’interviendrait pas en cour suprême, advenant le cas où les contestations se rendraient jusque là – ce qui semble assez inévitable, d’une part, versus un Justin Trudeau qui a clairement dit qu’il se gardait la porte ouverte pour intervenir, d’autre part. Clairement : est-ce que M. Singh a ou non fait comme Trudeau et gardé la porte ouverte pour un certain futur ? Ma réponse est : Oui.

J’appuie mon impression sur les points de presse qui ont suivi les deux débats officiels, en anglais d’abord (le 7 octobre 2019), puis en français (le 10) . Sur ce point précis, les questions des journalistes à M. Singh ont été parfaitement claires et même insistantes, mais jamais M. Singh n’a été plus loin que dire 1) qu’il ne se prononcerait ni n’interviendrait dans une affaire en cours, sans la nommer alors qu’il s’agit de toute évidence de la contestation déposée en Cour supérieure en septembre dernier et 2) qu’il se gardait le droit de « regarder » le dossier s’il arrivait sur son bureau de premier ministre du Canada.

Quand j’ai entendu cette réponse au scrum post-débat 1, alors que les journalistes distinguaient clairement « regarder » et « intervenir » et qu’ils parlaient tous de la cour suprême, je me suis dit : A) soit il ne saisit pas la question, soit B) il ne comprend pas la mécanique des pouvoirs en œuvre selon les fonctions politiques concernées en lien aux cours impliquées, soit C) il ne veut pas répondre. Le point de presse qui a suivi le deuxième débat, le 10 octobre, me laisse croire que c’est la troisième hypothèse qui est la bonne et qu’il a en bout de ligne carrément noyé le poisson et laissé croire ce qu’on voulait, se gardant toute latitude pour rectifier le tir le cas échéant.

Car c’est très important de souligner que les journalistes ont tous été vraiment très insistants lors de ces deux points de presse – et ici, M. Jérôme Labbé peut servir d’exemple. Le 10 octobre, il a relayé les journalistes du 7 octobre en demandant spécifiquement (je cite) : « Pourquoi n’êtes-vous pas capable de dire : « Je ne contesterai pas la Loi 21 devant la Cour suprême ? » ». Il faut écouter ce segment dans la vidéo déposée par le Devoir sur youTube https://youtu.be/zsa_-NIo2zA, à ±48m24s sur la bande (1), pour réaliser que jamais M. Singh, malgré ses « j’ai toujours été très clair à ce sujet », martelés à répétition, ici encore, n’a jamais dépassé la réponse ambiguë que j’ai résumée plus haut.

Si on reste sur ces deux communications post-débats, dont le caractère très officiel sert de référence et quasiment d’engagement pour les chefs, je pense qu’on peut conclure que J. Singh a laissé la porte au moins aussi largement ouverte que J. Trudeau, même s’il l’a fait de manière beaucoup moins claire, et donc beaucoup moins risquée pour lui.

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(1) « Élections fédérales 2019: les points de presse après le dernier débat des chefs », le Devoir / 10 octobre 2019, https://youtu.be/zsa_-NIo2zA (via Le Devoir à http://www.ledevoir.com/videos/564626/elections-federales-2019-les-points-de-presse-apres-le-dernier-debat-des-chefs). → Le SEGMENT avec M. Labbé débute à ±48m24s.

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