Et si le Oui l’avait emporté ?

Dans un livre-événement, la chroniqueuse politique Chantal Hébert recueille les confidences des principaux acteurs de la joute référendaire de 1995.

Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

livre-hebertQue serait-il arrivé si le camp du Oui l’avait emporté lors du référendum de 1995 au Québec ? Comment les principaux acteurs de la joute politique s’étaient-ils préparés à une telle éventualité ? Dans Confessions post-référendaires (Éditions de L’Homme), la chroniqueuse politique Chantal Hébert revoit cet événement phare de l’histoire canadienne à travers le prisme d’une hypothétique victoire du Oui.

Avec l’aide du commentateur et ex-ministre libéral Jean Lapierre, elle a recueilli les confidences de 18 personnalités, de Lucien Bouchard à Jean Chrétien en passant par Jacques Parizeau, Preston Manning et plusieurs ex-premiers ministres provinciaux.

Au lendemain du référendum, la plupart de ces politiciens auraient refusé de se confier à des journalistes, pensant qu’ils allaient tôt ou tard replonger dans un autre débat référendaire. Près de 20 ans plus tard, les langues commencent enfin à se délier… « Nous voulions simplement empêcher les pièces du puzzle post-référendaire d’être balayées sous le tapis de l’histoire », écrit Chantal Hébert.

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Vous dites avoir fait un voyage de « découvertes ». Lesquelles vous ont le plus surprise ?

On ne s’attendait pas à découvrir qu’une guerre interne couvait dans le camp du Oui au moment même où une victoire était à portée de la main, selon les sondages ! On a été extrêmement déconcertés d’apprendre que les relations entre les clans de Lucien Bouchard et de Jacques Parizeau s’étaient grandement détériorées pendant la campagne. On s’imaginait que ces gens auraient été très soucieux de se concerter pour arrimer leur message et faire face à la tempête qui aurait sans doute frappé leur camp au lendemain d’une victoire serrée. Or, le jour même du vote, il n’y a pas eu de communication entre Bouchard et Parizeau ! Selon Mario Dumont, l’un des trois alliés du Oui, Lucien Bouchard et lui avaient passé une partie de la dernière semaine de campa-gne à chercher des façons de freiner les ardeurs de Jacques Parizeau en cas de victoire. Ils craignaient littéralement de se faire écarter en cas de victoire du Oui. 

Dans quel sens ?

Quand Lucien Bouchard a été nommé négociateur en chef, à la mi-campagne, des milliers de Québécois se sont dit qu’il était le pilote de l’avion souverainiste. En réalité, s’il était pilote, c’était dans un avion télécommandé dont il n’avait pas vu le plan de vol. Quand on a fait l’entrevue avec Jacques Parizeau, on a constaté qu’il était infiniment mieux préparé à un Oui que Lucien Bouchard et Mario Dumont. Il avait pensé aux « vraies affaires ». Et dans son esprit, l’offre de partenariat au Canada anglais, qui a occupé une grande place dans l’opération référendaire, n’était qu’un détail. Une fois la victoire acquise, sa première job aurait été d’écarter Lucien Bouchard et de reprendre le plein contrôle.

Les relations étaient-elles plus cordiales dans le camp du Non ?

Pas du tout. Elles étaient tout aussi dysfonctionnelles ! La question aurait été de savoir combien de temps Jean Chrétien aurait pu s’accrocher au pouvoir après un Oui. Personne à Ottawa n’était vraiment préparé à cette éventualité. À l’époque, le premier ministre, son chef de cabinet, le ministre des Finances, le ministre des Affaires étrangères et le juge en chef de la Cour suprême du Canada étaient tous des Québécois. De nombreux ministres du gouvernement n’auraient jamais accepté qu’ils négocient au nom du Canada anglais. Qui aurait été le boss du reste du Canada ?

Jean Chrétien avait prévu la tempête. Quand il a vu que les sondages étaient favorables au Oui, il a appelé Frank McKenna, alors premier ministre du Nouveau-Brunswick, pour lui demander s’il accepterait de faire partie d’un cabinet d’unité nationale en cas de victoire souverainiste. Tout ça s’est fait en secret : les autres ministres fédéraux n’ont jamais entendu parler de cette manœuvre… Tout comme ils n’ont pas entendu parler des réflexions du premier ministre de la Saskatchewan, qui songeait à quitter la fédération en cas de victoire du Oui. À tout prendre, Roy Romanow aurait préféré créer une nouvelle entité, du Manitoba à la Colombie-Britannique, plutôt que de vivre dans un pays dominé par l’Ontario !

Le Québec serait-il souverain, aujourd’hui, si les Québécois avaient voté Oui en 1995 ?

Impossible de le savoir. C’est comme lancer 10 balles en l’air et tenter de deviner lesquelles vous rattraperez. Allez donc savoir si Lucien Bouchard, plus populaire que Jacques Parizeau, aurait réussi à forcer la main au premier ministre du Québec et le contraindre à négocier avec le Canada. Ou s’il serait plutôt resté dans la chaloupe, parce que Parizeau avait les rames en main. À mon avis, une faible majorité pour le Oui aurait d’abord constitué un problème pour les négociateurs du Québec, surtout s’ils n’étaient pas convaincus entre eux du sens et de la portée de leur mandat… D’ailleurs, Lucien Bouchard lui-même ne nous a jamais dit que les négociations après un Oui serré auraient abouti à la souveraineté. Il dit que ça aurait abouti à « quelque chose de mieux » pour le Québec. Ce n’est pas la même chose.

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Manning, les cheiks et le Québec

« Dans l’hypothèse d’un Oui, Preston Manning [alors chef du Parti réformiste, ancêtre du Parti conservateur du Canada] n’avait aucunement l’intention de convaincre les Québécois de revenir sur leur décision. Il aurait plutôt cherché à persuader les électeurs du reste du Canada qu’il était le plus apte à négocier vigoureusement en leur nom. […] Il aurait eu hâte de croiser le fer avec Bouchard et Parizeau à une table de négociations. […] “Je disais au Bloc : ‘Vous croyez qu’au moment de la négociation vous allez être assis en face d’un avocat raffiné de Toronto qui croit au bilinguisme et au biculturalisme. Mais vous allez plutôt être face à un avocat au regard d’acier de Calgary qui a déjà traité avec des cheiks et des révolutionnaires sud-américains. Vous n’avez jamais négocié avec ce type d’homme. Son mandat est de défendre l’intérêt des gouvernements provinciaux qui en ont assez de toute cette histoire.’ ” »

Chrétien et Trudeau en faveur de la société distincte !

« Dans le dernier de ses trois discours, Jean Chrétien a fait volte-face sur la reconnaissance constitutionnelle du caractère distinct du Québec, un concept qui ne comptait pas de critique plus influent que Pierre Trudeau. “Avant d’en parler, j’ai appelé Trudeau. Il m’a dit : ‘C’est toi qui es le patron. Fais ce que tu veux.’ Mais je ne voulais pas qu’il me contredise. […] Moi, je trouvais que la société distincte ne voulait rien dire et je ne voulais pas me battre contre quelque chose qui ne voulait rien dire. […] Mais à un moment donné, je me suis dit : ‘Si les Québécois la veulent tant que ça [la société distincte], on va la faire…’ ”»

Le Nouveau-Brunswick lorgnait les entreprises du Québec…

« Si jamais les choses en venaient à la sécession du Québec, [le premier ministre du Nouveau-Brunswick] Frank McKenna était déterminé à trouver, dans les débris de la rupture, de nouveaux éléments pour consolider l’économie de sa région et de sa province. “J’aurais visé les industries québécoises les plus vulnérables à un Oui. Celles qui, comme l’industrie aérospatiale, dépendent des politiques d’approvisionnement du gouvernement du Canada. […] J’aurais demandé que certaines des bases militaires du Québec soient déménagées au Nouveau-Brunswick.” »

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À la lecture de ces propos, je constate que les mots « unité » et « souveraineté » ne vont pas de pair, ni plus à l’interne dans le mouvement « souverainiste-indépendantiste », ni plus qu’à l’externe parmi les fédéralistes. Je m’aperçois qui plus est de cette fracture qui existe entre l’Est canadien qui, en partie fait les frais du déséquilibre engendré par ce développement anarchique et considérable de l’Ouest canadien.

Je comprends mieux pourquoi le projet souverainiste bat de l’aile désormais, ce pour la bonne raison qu’il n’y a jamais eu de « projet », seulement un ensemble de stratégies, quelquefois contradictoires, pour prendre le pouvoir ou à défaut produire des rapports de force dont le Québec hypothétiquement, pourrait se trouver être le premier bénéficiaire.

Je pense que c’est la fédération canadienne qui doit se réinventer pour faire de ce pays une tangible réalité. Nous avons tout à gagner à travailler de concert avec des provinces amies comme l’Ontario et le Nouveau-Brunswick plutôt que de nous engager sur cette voie incertaine formée par des rêves chimériques qui ne sont portés que par des promesses faites avant une élection comme autant de serments abandonnés sur un lit de passion.

Il est heureux de constater que de plus en plus de gens développent une pensée globale au fil du temps, lorsque nous habitons un monde où tout est lié. En cette occurrence, notre patrie, c’est le monde et notre foyer, c’est le Québec. Voilà tout !

— Alors faisons tout pour vivre ensembles dans une bonne maison.

Je ne suis guère surpris de ce que je lis.
Ce ne sont que des confirmations de ce que je savais déjà.
De tout il n’y a eu que Monsieur Jacques Parizeau de véritablement sérieux en faveur de la souveraineté et qui agissait en conséquence.
René Lévesque était tant aimé parce qu’il était très représentatif de ce qu’est un Québécois: quelqu’un qui veut, mais qui ne veut pas, qui veut protéger sa langue et qu’on la parle, mais en même temps parle l’anglais aussitôt qu’il doit s’adresser à quelqu’un qu’il ne connait pas, etc… un individu qui demande le respect mais qui ne fait rien pour se faire respecter.
Lucien Bouchard était un souverainiste d’occasions, de circonstances de dépit voir de vengeance…un peu comme l’enfant d’école qui dit à son copain qui l’a déçu: « C’est ça que tu veux, eh bien tu vas voir ce que tu va voir ».
Jean Chrétien était prêt à tout les coups bas…et c’est ce qu’il a fait…et les naïfs…et les « je ne sais pas me décider » l’ont suivi…pour ne pas perdre leur pension et les rocheuses!

Ce qui est frappant c’est de voir comment le ROC aurait éclaté en morceaux! Vous imaginez: la Saskatchewan, un pays d’un million d’habitants!

Autre fait: le ROC aurait négocié alors qu’Ottawa (Chrétien) a toujours dit qu’il n’avait pas de mandats pour détruire le Canada.

Une question demeure cependant: pourquoi le soir du référendum Parizeau n’a-t-il pas déclaré le référendum nul (50-50) plutot que de lancer bêtement la serviette et démissionner bêtement le lendemain comme il l’a fait? (il avait encore 3 ans devant lui pour faire un autre référendum). Cette question n’a pas encore été répondue.

Jacques Parizeau est un traître à la nation.,L’association avec le reste du Canada n’était que de la frime.Il a trompé.son peuple.. La cage a homards c’était bien vrai. .Et moi, qui ai voté pour cet être ignoble…Il a bien fait de démissionner.

Non, la Saskatchewan ne voulait pas devenir un pays – relisez le texte: « Roy Romanow aurait préféré créer une nouvelle entité, du Manitoba à la Colombie-Britannique, plutôt que de vivre dans un pays dominé par l’Ontario » – il parlait de tout l’ouest du pays, soit environ 9 millions d’habitants – une population à peu près égale à celle de la république québécoise. D’ailleurs la Colombie-Britannique est entrée dans la Confédération sur le tard et elle a toujours des velléités de créer un pays nommé Cascadia et même qu’il y a un mouvement actuellement qui veut faire de l’île de Vancouver la 11è province du Canada (750 000 habitants alors que la province de l’Île du Prince Édouard en compte un peu plus de 140 000 et équivaut à environ la population du Nouveau Brunswick). Il ne faut pas sous estimer le désir des gens de l’ouest canadien de mener leur propre destinée.

Petite erreur: j’avais exclu le Manitoba et je pensais à la population de la Saskatchewan vers l’ouest (Alberta et CB) mais avec le Manitoba, la population serait de plus de 10 millions d’habitants.

La Colombie-Britannique est rentrée dans la Confédération (1871) deux générations avant la Saskatchewan et l’Alberta. On leur a construit un chemin de fer!
Quant à la population de l’époque, c’était 7 millions, comme le Québec

@Gaétane.
Parizeau a toujours été transparent. C’était un référendum sur l’indépendance du Québec. Avant de la déclarer on offrait un paternariat au Canada. Ils avaient un an pour répondre. Dès qu’ils disaient NON, Parizeau avait le pouvoir de déclarer l’indépendance. Ca toujours été clair.
Comme on sait aujourd’hui qu’Ottawa aurait négocié, ben on ne peut prédire ce qui en aurait sorti.

Comme franco-ontarien, le référendum m’apparaissait comme un tourbillon, puis une tornade et enfin un ouragan d’émotions avec des messages de plus en plus confus à l’approche de la date. De la part de tous nos leaders. La raison avait fui. Et c’est un peu ce qui ressort d’une première lecture. C’était comme si la francophonie canadienne n’existait pas. Or… autant le Québec a profondément changé depuis 1960, autant la francophonie canadienne s’est transformée et a évolué elle aussi. Et la francophobie n’est pas ce qu’elle était dans le ROC. Aujourd’hui, nos francophonies doivent se rapprocher et se solidariser.

Le Québec a malheureusement été représenté et gouverné par des petits barons locaux opportunistes à l’exception de monsieur Lévesque qui s’est fait constamment poignarder dans le dos pas ceux qui étaient ses plus proches. Ceux-ci voulaient le pouvoir pour avoir le pouvoir, aucun n’a réellement travaillé sur les détails du après OUI et se sont cantonné dans une vision d’ensemble floue à volonté. N’ont-ils pas décrié l’un après l’autre ce qu’aurait été le Québec après qu’ils ont perdu le pouvoir. Comment peut-on se fier à des premiers ministres qui ne sont mêmes pas convaincus eux même de la viabilité et pérennité d’un projet aussi important que la création d’un pays ? Plusieurs croyaient sans doute que le Canada était pour s’agenouiller devant le Québec alors que, sans que Mc kenna ne fasse de recrutement, toutes les autres provinces auraient hérité de plusieurs manufacturiers et industries. Une politique du “sauve qui peut” que le Québec a malheureusement vécu lors de la première prise du pouvoir du PQ en 1976. La population en général ne sait pas ce qu’implique d’une opération de séparation et encore moins tous les tenants et aboutissants. La création d’une vingtaine de ministères pour remplacer ceux qui sont sous juridiction fédérale ainsi que tous les départements de ministères qui sont à la fois sous juridiction fédérale et provinciale ne se fait en un jour. Ce qui m’intrigue le plus est la réaction et les actions qu’auraient posées les grandes banques mais surtout les répercussions qu’elles auraient entraînées. Ne sont-elles pas après tout au coeur de l’économie de tout pays ? Le Québec est aujourd’hui, ce qu’il est parce qu’il a joué au poker seul dans son coin au détriment de la richesse collective de ses citoyens. Une lourde et constante perte de temps qui aurait pu servir à faire des alliances et cesser de leurrer les citoyens du Québec qui méritent bien plus que ce qui leur a été servi.

J’ai hâte de lire le livre de Madame Hébert. Un livre sûrement intelligent et juste, comme ses propos qui le sont presque toujours. Un livre sur une démarche qui m’a toujours parue plus grande que nature et que l’on a voulu nous entrer dans la gorge où je ne sais trop où. Les résultats n’en finissent plus de se manifester : le PQ est de plus en plus bleu pâle et le Bloc n’est plus là. Le Oui n’a pas passé de justesse. Et le Non a toujours de la difficulté à s’imposer. J’ai hâte d’entendre les politiciens nous parler d’une étude pour un Canada nouveau. DS.

La question était claire alors, si un oui était gagnant, le gouvernement n’avait qu’à déclarer la souveraineté du Qc…Point final…Bien sûr le Canada aurait mit tous les bâtons qu’ils pouvaient trouver pour ne pas négocier mais avec beaucoup de patience, on aurait finalement été un état souverain en environ 5 ans je dirais…

La question était claire alors, si un oui était gagnant, le gouvernement n’avait qu’à déclarer la souveraineté du Qc…Point final…Bien sûr le Canada aurait mit tous les bâtons qu’ils pouvaient trouver pour ne pas négocier mais avec beaucoup de patience, on aurait finalement été un état souverain en environ 5 ans je dirais…

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