«Everything is truqué»: les 10 citations marquantes de la commission Charbonneau

À moins d’un mois du dépôt du rapport final de la commission Charbonneau, L’actualité revient sur les moments marquants de cette vaste enquête.

Joe Borsellino (Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne)
Joe Borsellino (Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne)

PolitiqueÀ moins d’un mois du dépôt du rapport final de la commission Charbonneau, L’actualité revient sur les moments marquants de cette vaste enquête sur l’industrie de la construction, le crime organisé et le financement des partis politiques. Aujourd’hui, nous vous proposons 10 citations mémorables tirées des audiences.

  1. «Tout le monde savait, à la FTQ, que Jocelyn Dupuis était un hang around ou était partie d’une gang où il aimait démontrer que sa famille, c’était la FTQ, mais il en avait une autre […] la famille des Hells ou la famille de la mafia.» — Ken Pereira

L’ancien délégué syndical de la FTQ-Construction a réglé ses comptes avec ses «camarades» à la commission. Le lanceur d’alerte avait déjà dénoncé le train de vie somptueux de Dupuis dans les médias. Il a établi des liens troublants entre la centrale et le crime organisé.

  1. «Nous ne sollicitions pas des compagnies, nous sollicitons des gens dans des compagnies — des solliciteurs — qui sollicitent dans leurs réseaux.» — Violette Trépanier

Comprenne qui pourra. L’ex-responsable du financement au PLQ a ramené le scandale du financement sectoriel à un «problème de perception».

  1. «Ma perception, c’est qu’il y a des canaux et des filières qui sont autres que celles que vous avez explorées à date pour retourner des ascenseurs.» — Le témoin «A»

Le PQ et le PLQ avaient intégré dans leurs mœurs le financement illégal par les firmes de génie-conseil, a déclaré cet ex-ingénieur de BPR et de Roche, sous le couvert de l’anonymat. Il a invité la commission à se pencher sur les contrats des sociétés d’État, dont Hydro-Québec, pour y voir plus clair. Une piste totalement ignorée.

  1. «Et cet empire clandestin dont je parle, c’est, en fait, les liens qui existent entre le monde de la construction et le financement illégal des partis politiques. On serait, selon les témoignages que j’ai recueillis, devant une culture éhontée et généralisée de pots-de-vin et de corruption.» — Jacques Duchesneau

L’ex-patron de l’Unité anticollusion, au ministère des Transports, a été malmené par la commission. La suite des travaux a prouvé qu’il n’exagérait pas.

  1. «Autres temps, autres mœurs.» — Michel Arsenault

L’ancien président de la FTQ a traité avec désinvolture de son séjour sur le Touch, le yacht de son bon ami Tony Accurso. Le copinage entre le gros patron de la construction et les leaders syndicaux faisait partie des clauses non écrites de la convention collective.

  1. «Ou tu t’adaptes, ou tu ne travailles pas à Montréal. […] Il y avait un montant qui était fixé, qui était deux et demi pour cent [2,5 %] de la valeur du contrat.» — Lino Zambito

L’ex-patron d’Infrabec a permis à la commission Charbonneau de faire des pas de géants. Le cartel des entrepreneurs, dont il faisait partie, versait un pizzo à la mafia en échange du monopole des contrats à Montréal.

  1. «J’ai même pas l’idée c’est quoi, la mafia. La mafia, c’est-tu quelqu’un qui tue? C’est-tu quelqu’un qui vole? C’est-tu un gars qui fait la contrebande de drogues? Je ne sais pas.» — Nicolo Milioto

L’ex-patron de Mivela, connu sous le pseudonyme de «Monsieur Trottoir», s’est bien moqué de la commission. Membre du cartel des entrepreneurs, il a été filmé en compagnie du défunt parrain de la mafia, son ami Nick Rizzuto père, à qui il remettait des liasses d’argent cachées dans ses bas. Mais sa connaissance de la mafia lui vient strictement des journaux et de la télévision.

  1. «Sir, all I am saying is, madame la présidente, is that everything there is truqué.» — Joe Borsellino

Le patron de Garnier, membre du cartel des entrepreneurs, a résumé en 84 caractères l’essence même du processus d’octroi des contrats d’infrastructures à la Ville de Montréal sous l’administration du maire Gérald Tremblay. Dans son franglais remarquable, l’homme d’affaires a fait œuvre de pédagogie utile. Son «everything is truqué» ferait un bon titre pour le rapport final.

  1. «Je ne confirmerais pas non plus que je ne pourrais pas l’exclure.» — Frank Zampino

Le président du comité exécutif sous Gérald Tremblay est l’exemple même du témoin récalcitrant. Le collègue Alain Vadeboncœur avait ironisé sur cette quadruple négation. «Selon les registres, une densité de 0.33 négation par mot n’avait jamais été atteinte», écrivait-il dans son blogue. La question était pourtant simple. Frank Zampino avait-il envoyé une lettre à Jimmy Di Maulo, fils d’un mafieux notoire, pour solliciter des contributions à sa caisse électorale?

  1. «Un chum, c’t’un chum.» — Bernard Trépanier

Le collecteur de fonds d’Union Montréal, surnommé «Monsieur 3 %», expliquait pourquoi il n’avait pas facturé ses services de faux bénévole pour la campagne de son ami Frank Zampino, numéro deux de l’administration Tremblay. La réplique, en apparence banale, symbolise à la perfection la culture de copinage qui a rendu nécessaire la tenue d’une enquête publique.

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7 commentaires
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Je ne comprends pas qu’avec la concentration d’experts de tout acabit réunis pour cette enquête, personne n’ait pensé à soulever la question de la qualité (densité) du ciment et/ou du bitume dont nos routes sont recouvertes.

Je n’en veux pour preuve la rapide dégradation du pavé de l’autoroute des Laurentides (au niveau de Laval jusqu’à Blainville) sur lequel des « roulières » sont apparues dès l’année suivante des travaux: et pas juste une fois. Interrogez les usagers et vous verrez.

Comment est-il possible que le revêtement routier se dégrade beaucoup rapidement de ce côté-ci de la frontière québécoise comparativement à celles de l’Ontario ou des États nos voisins américains ou de telles roulières n’apparaissent pas ou très peu.

Si on cherchait à déceler les moyens par lesquels les contracteurs arrivaient à maximiser leurs profits, il me semble qu’il peut être financièrement profitable de délayer le produit (comme de l’eau dans la soupe) tout en facturant le plein prix.
La chose m’apparaît tellement évidente que le m’attendais toujours à ce que cet aspect soit investigué.

Vous comprendrez qu’en lisant que le rapport final de la commission d’enquête sera remis sous peu, je ne peux faire autrement que de soulever la question. Vous avez une audience plus large que moi, alors je vous serais reconnaissant de soulever la question avec un plus large public. Ça urge, mieux vaut tard que jamais.
Merci
A. Gareau

Il aurait fallu citer en tout premier lieu Martin Dumont, ex-organisateur d’Union Montréal, qui a affirmé à la Commission qu’il y avait double comptabilité dans une élection complémentaire qu’il avait organisée et que le maire Gérald Tremblay ne voulait pas le savoir. Plusieurs se sont laissés aller aux suppositions: on le sait bien, il n’y a pas de fumée sans feu, les apparences. Or, son histoire était une invention.

Non seulement que cette citation est celle qui a été la plus marquante, mais elle est aussi celle qui a fait le plus de dommage: une atteinte à la réputation.

Le plus regrettable ? C’est que malgré toutes ces révélations plus révoltantes les unes que les autres, le parti libéral est revenu au pouvoir à Québec avec une forte majorité ! Pauvre Québec ! Rien à comprendre si ce n’est que beaucoup d’argent a été dépensé pour absolument rien. PAL.

Eh oui et pendant que tout ce beau monde se graissait la patte sous le regard complice de nos politiciens , nos gestionnaires de fonds publics n’avaient pas d’argent pour moderniser le système d’épuration des eaux usées à Montréal de sorte qu’aujourd’hui en 2015 on prend encore notre majestueux fleuve St-Laurent pour un égout à ciel ouvert.

C’est pas grave , notre système démocratique aussi désuet que nos infrastructures, fait que comme une belle gang de sans-dessein on réélit toujours les mêmes personnes.

«L’ex-patron de l’Unité anticollusion, au ministère des Transports, a été malmené par la commission. La suite des travaux a démontré qu’il n’exagérait pas.»

Et si je me rappelle bien, celui qui l’a le plus malmené, et généralement sur des vétilles administratives, ce fut un avocaillon gouvernemental dont j’oublie le nom mais qui émaillait toujours ses questions en forme d’affirmation par un «n’est-ce pas?» s’attendant vraisemblablement à ce que le témoin réponde par «oui».

Mais s’agissant du rapport comme tel, ce que j’attends c’est d’abord les conclusions et recommandations mais davantage encore les suites qui viendront….ou pas et dont j’espère qu’elles dépasseront le niveau municipal qui a été la principale sinon la seule cible depuis des mois, voire quelques années.

le plus dur a accepter pour nous ,,les payeurs de taxes tous ces gens sont encore libres comme l,’air et dépensent encore allegrement tous les argents qu’ils nous ont voler quand la justice vas frapper ,,,ca vas faire comme shark et les bandits sont retourner dehors bien libres,,,,quel gachis ( avec nos taxes)