Exit Drainville… et le débat sur la laïcité

Son retrait de la course ne fera que renforcer le discours de ceux qui disent que de défendre la laïcité était une mauvaise idée.

PolitiqueAvec le retrait de Bernard Drainville de la course à la chefferie du Parti québécois, le concept de laïcité risque de reculer au PQ et, par extension, dans le débat public au Québec. Cette situation est paradoxale et pourrait, à terme, nuire à la formation indépendantiste.

Depuis le début de la crise des accommodements raisonnables, il y a une dizaine d’années, la laïcité gagne en popularité au Québec. Tous les sondages le démontrent.

Mais ce débat met en cause le multiculturalisme, un concept qui est devenu un dogme au Canada et qui déclenche les passions. Les opposants, dont certains se retrouvent dans le camp indépendantiste, font tout pour discréditer le courant laïque.

Pour avoir été l’un de ses promoteurs les plus visibles, Bernard Drainville est mointré du doigt. L’historien Gérard Bouchard lui a demandé de démissionner alors qu’il venait tout juste d’être réélu. Jean-François Lisée a vertement critiqué son collègue au moment où il était encore dans la course à la chefferie, tandis qu’Alexandre Cloutier et Pierre Karl Péladeau ont pris leurs distances.

Pourtant, la défaite péquiste d’avril 2014 s’explique d’abord par la crainte des Québécois de retomber dans un débat référendaire, et non par son projet de charte des valeurs. Au plus fort du débat sur la charte, entre septembre 2013 et février 2014, le PQ n’a cessé de grimper dans les sondages.

La tiédeur des candidats à la chefferie sur ce sujet s’explique en partie par le désir de se démarquer de Drainville, du moins jusqu’à ce qu’il se retire de la course. On peut toutefois penser qu’elle résulte aussi de la formidable campagne de culpabilisation qui s’est abattue sur le Québec lors de ce débat. Une fois de plus, la province francophone allait verser dans l’intolérance en osant proposer une mesure qui s’opposerait notamment à la Charte canadienne des droits et libertés.

La stratégie a porté ses fruits. Même Bernard Drainville a cru bon proposer une version édulcorée de son projet, comme s’il reconnaissait qu’une partie des critiques qu’on lui adressait était fondée. Son retrait de la course ne fera que renforcer le discours de ceux qui disent que de défendre la laïcité était une mauvaise idée.

Cela sera d’autant plus facile depuis que Pierre Karl Péladeau a déclaré son intention de ne pas poursuivre cette bataille. Il prône désormais la mise en œuvre des recommandations de la commission Bouchard-Taylor, soit l’interdiction des symboles religieux pour certains postes clés comme les juges ou les policiers. PKP n’irait même pas aussi loin que la CAQ, qui propose d’étendre l’interdiction aux enseignants. Visiblement, la question identitaire ne sera pas une priorité pour un PQ dirigé par PKP.

Péladeau est un indépendantiste convaincu, un volontariste, un homme qui est capable d’en rabattre. Il est en politique pour faire la souveraineté ; il en parle souvent et se donne trois années pour ranimer la flamme. Cela explique sa popularité chez les péquistes.

Par contre, si les efforts de PKP s’avèrent insuffisants dans trois ans et que le PQ se trouve dans l’obligation de renoncer à un référendum dans un premier mandat, quels seront les éléments de son programme qui lui permettront d’incarner la question nationale et de se distinguer des autres partis ?

L’indépendance ne devrait pas être un but en soi pour les péquistes. Elle est un moyen pour assurer la survie et l’épanouissement du peuple québécois. Par le passé, le PQ a permis aux Québécois de faire de grandes avancées à ce chapitre en défendant leur identité — avec l’adoption de la loi 101 en 1977, par exemple.

S’il relègue la question de la laïcité au second plan, le PQ renoncera à jouer ce rôle, et peu de choses le distingueront des autres partis. Il risque d’en payer le prix au moment des élections.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

16 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Dites…il y a quelqu’un qui se sent encore interpellé par le débat sur la laïcité au Québec???

Vraiment???

C’est ce que je pensais…

Ce « débat » a été créé de toute pièce par le démagogue en chef du Parti Québécor et au final, sa grosse balloune lui est pété en pleine face.

En plus, il se joint à Monsieur lock-out tout juste la veille que le scandale des relations intimes entre les Productions J avec la nouvelle saveur du mois des péquistes et leurs lois protégeant les p’tits n’amis péquistes n’éclate…

Pas beaucoup de veine le Monsieur Drainville.

A LA MANIÈRE DE FRANÇOIS 1 :
_____________________________________________
Le débat sur la laïcité a commencé avec Jean « Curly » Charest
qui a mandaté Bouchard / Taylor de produire un rapport.
La situation des accomodements le demandait.
Mais « Curly » de peur de perde ses bouclettes a mis le rapport sur une tablette.

« On tient ça mord mon homme. »
« Souviens-toi, ça vote tout ce monde là. »
Le parti de Jean Lesage en était rendu là; plus capable d’initiative.

Mais là, le NPLQ ( Nouveau Partl Libéral qu Québec )
avec Philippe Couillard ( pas bouclé, mais barbu, grosse amélioration )
ne sait toujours pas quoi en penser et quand il se prononcera.
_______________________________________________

Enfin ! François 1, je vous sais bien informé,
vos références sont souvent intéressantes.
Si seulement vous changiez de ton.
Peut-être seriez-vous plus convainquant.

« Enfin ! François 1, je vous sais bien informé, vos références sont souvent intéressantes. Si seulement vous changiez de ton. Peut-être seriez-vous plus convainquant. » (sic)

Lorsqu’on a une personnalité attachante et énergique comme la mienne, difficile de l’améliorer… <;o)))

Le PQ va payer d’une manière ou d’une autre avec PKP en poste. Je préfère de loin neutralité de l’état que laïcité. Le PQ a laissé de la corde à Bernard Drainville en croyant que ce serait payant. Pauline Marois a malheureusement cru à tort que c’était dans la poche, elle n’est pas tellement différente d’un de ces prédécesseurs qui a remis sa démission avec près de 80% d’appuis. Trop d’égos dans ce parti. ça claque la porte quand on ne les aime pas assez , ça ne changera pas après le 15 mai.

« Pourtant, la défaite péquiste d’avril 2014 s’explique d’abord par la crainte des Québécois de retomber dans un débat référendaire, et non par son projet de charte des valeurs. »

En cela vous avez totalement raison.

« Mais présentement, il s’agit d’une campagne auprès des membres du PQ en vue d’élire un chef; il ne s’agit pas d’une campagne électorale. Je considère que les souverainistes ont eu la fâcheuse tendance au fil des années de « rater le coche ». Cela justement parce qu’ils ont toujours eu le désir d’avoir tout tout de suite, et demandant à leur chef d’incarner. Il faut mettre de l’ordre dans les priorités: d’abord un chef solide capable de rallier, à
gauche comme à droite, mettre tous ensemble l’épaule à la roue et foncer droit devant vers e but premier: se donner un pays!
Une fois cela fait, nous nous la donnerons la laicité et bien d’autres choses encore!!

Le paradis sur terre M.Proulx avec P.K.P. Le paradis pourrait être éphémère….

D’évidence, Drainville n’était pas un Laurin

Le contexte politique était bien différent alors et le cynisme que l’on connaît aujourd’hui absent. Les gens avaient des rêves pour l’avancement des Québécois comme peuple. Pas sûre que Laurin aurait réussi son projet en 2015! Aujourd’hui, une grande partie d’entre nous ne rêve que de son petit avancement personnel, sa maison, son char, etc. et, ne venez surtout pas pas nous ennuyer avec l’idée de s’épanouir comme peuple! le hockey nous suffit, on projette nos rêves sur nos héros sportifs…Quelle magnifique vision d’avenir!

@Marie.p, Vous êtes pessimiste sans bon sang! Moi je rêve d’ avoir la paix ! La sainte paix avec ces histoires de pays. On dit jamais deux sans trois! Et puis je suis très heureux comme Canadien!

« S’épanouir comme peuple »???

Expliquez-nous en quoi notre solide appartenance actuelle au beau et grand Canada, qui est régulièrement cité en exemple sur toute la planète, est une entrave à notre « épanouissement » SVP.

D’ailleurs, la plupart des problèmes sérieux auxquels nous faisons face présentement au Québec ont été créés exclusivement par le gouvernement provincial québécois et les solutions sont de compétence exclusivement provinciale itou.

La laïcité pour assurer la survie du peuple québécois ? En effet. La laïcité de Bernard Drainville consistait non pas à assurer la neutralité de l’État, mais à effacer toutes les religions de l’espace public, sauf celle bien sûr, patrimoniale, des catholiques identitaires (nos belles églises, notre crucifix, nos cimetières).
C’était un combat, vous le dites bien, identitaire, qui n’a rien à voir avec la religions mais avec le « nous ».
Non merci.

« Son retrait de la course ne fera que renforcer le discours de ceux qui disent que de défendre la laïcité était une mauvaise idée »

Personne n’est contre la laïcité de l’état. C’est la façon de la promouvoir qui a fait défaut chez Drainville. Imposer la laïcité aux citoyens va à l’encontre de toutes les chartes existantes, divise la population en opposant les « bons » et « mauvais » citoyens selon la charte alambiquée que Drainville et les Mailloux de ce monde voulaient nous entrer de force dans la gorge.

De toutes façons, le Québec, tout comme le Canada, est laïc depuis plusieurs décennies avec quelques entorses ici et là. Saguenay en est un exemple frappant.

La charte première version était sujette à amélioration, par exemple une clause grand-mère permettant aux travailleurs arborant déjà des signes ostentatoires de continuer à les porter ou le retrait du crucifix de l’assemblée nationale. La charte version édulcorée n’est pas assez « laïque ». La discussion sur nos valeurs et la réalisation de l’identité québécoise ne sont pas réservées au seul parti québécois, tous les gens qu’ils soient de droite, du centre ou de gauche peuvent éprouver des émotions et se poser des questions en voyant et en échangeant avec des personnes résolument dédiées à leurs signes ostentatoires.

Nous avons eu le débat sur la laicité avec Bernard Drainville et maintenant a partir du 15 mai 2015 ,nous aurons le débat sur la NEUTRALITÉ de PKP!

Avec le PQ , on n’ as pas besoin de belles-mères et chiqueux de guénilles! On les laisse se chicaner entre eux et on les trouvent RIGOLO car ils s’ imaginent ENCORE qu’ ils vont nous en passer une petite vite avec PKP! Il n’ y a qu’ un seul parti qui est capable de prendre les électeurs pour des valises et c’ est le PQ

M. Bastien ,vous savez fort bien que le projet de Drainville aurait été d’abord et avant tout contraire à la Charte québécoise des droits et liberté. Mais, comme tous les péquistes de droite , vous n’aimez pas du tout cette Charte adoptée par le gouvernement Lévesque en 1978 bien avant la Charte canadienne des droits, à une époque où le Parti québécois était vraiment un parti social-démocrate.
J’en profite pour dire que vous manipulez aussi l’histoire en passant sous silence que c’est en se basant sur la Charte des droits et libertés du Québec que la Cour suprême du Canada a jugé que les dispositions sur l’affichage public de la Loi 101étaient contraires à la liberté d’expression . Il n’a pas du tout été question de la Charte canadienne dans cette affaire Ford, contrairement à ce que vous laisser entendre dans votre article dans la Presse d’aujourd’hui.

Il y a une chose que les gens du Québec ont tendance à oublier: c’est que si nous existons toujours au XXIe Siècle comme peuple, nous le devons grandement aux religieux qui ont su défendre notre langue et nos valeurs à travers notre histoire, et le moins que l’on pourrait accomplir c’est de reconnaître ce fait et de les traiter en conséquence.