Faire de la politique de politicien, c’est un choix

Si les insultes, les exagérations débiles et les questions farfelues font «partie de la game», chers politiciens, c’est parce que vous décidez de la jouer ainsi, «la game».

Photo: Mario Beauregard/La Presse Canadienne
Photo: Mario Beauregard/La Presse Canadienne

Bon. C’est réglé: Gaétan Barrette s’est enfermé dans une pièce pour crier pendant cinq minutes sans arrêt, et il est ensuite sorti pour s’excuser à Diane Lamarre en serrant les poings fort fort et en parlant à travers ses dents, les mâchoires bien serrées.

Hiiiiiii, que ça n’a pas été facile!

La ministre Barrette a commencé par dire qu’il n’avait aucune raison de s’excuser.

Puis, il a tenté de nous convaincre que madame Lamarre pouvait à la fois être «la personne la plus intègre du PQ» et être en «conflit d’intérêts permanent», même si c’est un peu comme dire que la personne la plus en santé au monde se tape un grand verre d’huile de palme en se levant chaque matin.

Finalement, il est allé à Tout le monde en parle pour expliquer que la députée Lamarre ne devait pas prendre ça personnel. «Je vous assure que j’insulte et méprise tout le monde, pas seulement madame Lamarre», aurait-il pu déclarer, puisque c’était un peu ça son argumentaire.

«La virulence, c’est comme la marque de commerce de la vie parlementaire», a-t-il sérieusement expliqué, rappelant que Bernard Drainville aussi jouait «rough» des fois. Comme si le fait que Bernard lance des chatons sur le mur nous dispensait d’avoir à nous retenir de garnotter du félin.

Pourquoi viser plus haut que le moins bon joueur de l’équipe adverse, n’est-ce pas?


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C’est ainsi que la politique devient un gros jeu de limbo moral, où chaque déclaration rabaisse un peu plus la barre. Et comme certains députés et ministre ont la flexibilité d’une contorsionniste chinoise du Cirque du Soleil quand on parle de respect ou de bon sens…

La virulence et la mise en échec comme une marque de commerce de la vie politique: parlez-moi d’une vision déprimante de la fonction de député. On en vient à s’ennuyer du début des années 2010, où on essayait de nous faire croire qu’on allait faire de la politique autrement (™). La politique autrement (™) n’est jamais advenue, mais on a au moins pu faire semblant qu’on y croyait. C’était réconfortant.

Il ne reste aujourd’hui de ce mouvement éphémère qu’une interdiction d’applaudir à l’Assemblée nationale. Interdiction que les députés ne sont même pas assez adultes pour respecter en tout temps, parce qu’il arrive des moments où leurs bras sont littéralement possédés par les fantômes de l’Assemblée qui les force à applaudir comme des si le discours de Pierre Moreau était le meilleur solo de guitare de tous les temps.

Gaétan Barrette n’est évidemment pas le seul à dire des niaiseries et à exagérer pour, prétendument, «jouer la joute politique».

J’ai parlé vendredi dernier de Philippe Couillard et de sa propension à craindre que le Québec ne devienne l’Allemagne de 1939 si quiconque remet en question les taux d’immigration ou la francisation des nouveaux arrivants.

Olivier Niquet, du blog Le club des mal-cités, parle dans un récent billet de la chose qui m’amuse le plus lors de la période de questions à l’Assemblée nationale: les questions impossibles de François Legault. Par exemple:

«Monsieur le président, les jeunes qui choisissent une carrière tiennent compte de la première année, là on achète une maison… Est-ce que le premier ministre est d’accord oui ou non pour faire mal aux jeunes?»

«Pour ceux qui veulent savoir», complète Olivier Niquet, «non, le premier ministre n’est pas d’accord pour faire mal aux jeunes.» Fiou! Une bonne affaire de réglée. Merci, François, d’avoir aidé à éclaircir cette question. Tu ne te seras pas levé en vain.

Si les insultes, les exagérations débiles et les questions farfelues font «partie de la game», chers politiciens, c’est parce que vous décidez de la jouer ainsi, «la game».

Si les joueurs d’échecs avaient pris l’habitude, il y a 1200 ans, de se donner un coup de poing à chaque fois qu’ils bougent un pion, on dirait aussi que ça fait partie du jeu. Ça n’apporterait rien de bon ou d’intéressant, mais ça ferait partie du jeu.

De grâce, cessez de mettre sur le dos de la politique vos comportements de politiciens. C’est un choix que vous faites. Et si vous continuez comme ça, c’est aux électeurs que vous allez devoir des excuses, bientôt.

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11 commentaires
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Je suis un peu sceptique face à votre réflexion puisque d’un côté on assiste à une nouvelle forme de communications, les réseaux sociaux. Sans vouloir excuser le ministre Barrette, il n’en demeure pas moins que madame Lamarre s’est promené d’un micro à l’autre presqu’en pleurs chaque fois qu’elle en avait l’occasion. De son côté, son patron qui manie bien sa page Facebook ne se gêne jamais pour commenter hors des murs de l’assemblée nationale et ce, il en profite pour dire ce qu’il ne dit pas à l’assemblée nationale. J’en conclus que ses propos sont la plupart du temps virulents mais jamais sanctionnés. Dans ce cas précis, il s’est empressé d’en rajouter, un moment donné faut pas juste blâmer l’un et ne rien faire pour l’autre.

Si le cas du ministre Barrette nous vient instantanément à l’esprit, c’est qu’il en est l’archétype de cette virulence.
Mais, il me semble que l’auteur fait le reproche à tous les parlementaires, tous partis confondu, qui commentent et ridiculisent les autres

Cela devient de plus en plus gênant. Le gouvernement sérieux, adulte, réfléchi est désormais à Ottawa.

Un jour va falloir se débarrasser de Couillard et compagnie. Dommage que la notion d’empeachment existe pas ici comme aux USA.

Depuis hier le gouvernement a présenté 2 années de suite un budget équilibré !!! Au fédéral on attend fin mars un budget avec un déficit de 15-20 ou 25 milliards de dollars ! Ouf il est sérieux, adulte et réfléchi comme vous dites!! On n’ avraiment pas la même échelle de valeur!

Ou une grande partie de la population s’en fout
Ou une grande partie de la population aime ce spectacle
Ou c’est la manière de discuter d’une grande partie de la population

Il y a une question qui me turlupine depuis longtemps. D’une part, il y a tous ces gens qui sont totalement désabusés de la politique. Il n’y a pas un seul scandale (le plus souvent libéral) qui les indigne. D’autre part, il y a tous ces gens qui ont cru le bon docteur Couillard et qui ont voté pour lui lors de la dernière élection. Pourtant, rien de ce qui a été promis ne s’est réalisé. Et aussitôt élus, les Libéraux se sont empressés de faire tout le contraire des promesses lancées. La question est donc la suivante : quel pourcentage des gens du premier groupe se retrouve aussi dans le second ? Il me semble, qu’en théorie, ce devrait être deux groupes mutuellement exclusifs, non ?

Bravo pour remettre les pendules à l’heure! J’espère que les personnes concernées ( puissent-elles se reconnaître) liront et relieront votre texte

En t’é K , c’ est mieux que de voir la ( cheuffe ) de l’ opposition se promené parmi les manifesteux professionnels en tapant sur une casserole!

L’assemblée nationale ressemble de plus en plus à un match de la LNI… Les bandes et les chandails en moins!
Il faut un arbitre non partisan, avec un peu plus de poigne…