Faire face à la tempête

Marc Tanguay, le chef intérimaire des libéraux, ne le sait peut-être pas encore, mais la survie de son parti tient essentiellement aux décisions qu’il prendra dans les prochains mois. Bonjour la pression !

oplusday / Getty Images / montage : L’actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, porte-parole, rédacteur de discours et directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur à l’agence TACT et s’exprime comme analyste politique à QUB radio.

Alors que le Parti libéral se donne en spectacle depuis le 3 octobre dernier, nombre de ses partisans et des membres de son électorat s’inquiètent : est-ce la fin ? L’épitaphe de ce parti décédé après plus de 150 ans d’histoire sera-t-elle écrite par les obscurs Marie-Claude Nichols et Frantz Benjamin ?

Ces derniers jours, j’ai appelé quelques amis libéraux pour tâter le pouls. Ils se classent essentiellement en deux camps. Les plus sévères estiment qu’il vaudrait mieux mettre la clé sous la porte du PLQ et fonder quelque chose de neuf qui occuperait l’ancien créneau du parti — soit le centre droit fédéraliste.

Ce n’est pas bête, puisqu’il est de moins en moins nécessaire pour un parti d’être doté d’une vie militante foisonnante pour prendre le pouvoir. C’est vrai pour la Coalition Avenir Québec, mais également pour La République en Marche !, le parti d’Emmanuel Macron, en France, entre autres exemples. En Italie aussi, des partis surgissent de nulle part, font du bruit, occupent la scène médiatique et politique puis disparaissent.

Ces militants considèrent que la marque libérale est trop affaiblie pour s’en remettre et que le temps nécessaire pour lui redonner le lustre d’antan serait mieux investi ailleurs. De toute façon, qui voudra hériter d’un tel caucus ? se demandent-ils. Qui voudrait des cendres d’un parti dont les finances sont en sérieuse perte de vitesse, avec la baisse des dons privés et un financement public amputé de près d’un million par année, et qui devra tout de même organiser les grandes messes militantes attendues ? Appelons ce camp celui des pessimistes.

Pour ceux qui croient que le parti peut encore se ressaisir, les dernières semaines ont été peu reluisantes, mais l’histoire du PLQ est trop importante à leurs yeux pour qu’il quitte la scène politique par la porte d’en arrière. Néanmoins, la formation doit revoir ses façons de faire, jugent-ils. Je paraphrase un de mes interlocuteurs : « Le parti dépense des centaines de milliers de dollars pour se doter d’un programme — en consultant les membres de toutes les manières possibles —, puis le cache le plus loin possible sur le site Web, comme s’il en avait honte. Le résultat est démobilisant pour les militants et aucune entreprise qui se respecte n’agirait de la sorte en croyant que c’est viable à long terme. » Appelons ce camp les pessimistes-moins-pessimistes-que-les-autres.

Ceux-là s’entendent pour dire que les électeurs qui sont passés du PLQ à la CAQ regardent ce qui se passe actuellement chez les libéraux et sont contents d’être allés voir ailleurs. Ils conviennent également qu’il manque un chef qui aurait un ascendant naturel sur les élus libéraux. Est-ce que le PLQ agirait de la sorte si un Jean Charest ou un Robert Bourassa était dans la salle ? Non.

Un élément toutefois distingue la situation actuelle des libéraux d’autres cas semblables survenus dans le passé : la perspective très incertaine que le PLQ reprenne le pouvoir bientôt.

Quand le PQ a traversé une crise interne en 2011, il tirait la patte dans les sondages, mais il n’était pas totalement déclassé par le PLQ. Il a même pris le pouvoir un an plus tard. Quand Thomas Mulcair a décidé de faire entendre sa petite musique sur la vente du mont Orford (en 2006), la crise s’est résorbée plus rapidement parce que ses collègues étaient, accessoirement, aux manettes de l’État québécois. Idem pour la « crise » Couillard-Charest entourant l’emplacement du CHUM sous le premier gouvernement Charest (2006). Or, pour l’instant, rien n’indique que le PLQ est dans la course pour former le prochain gouvernement. Ça laisse donc tout le plancher à celles et ceux qui ont des états d’âme à faire partager.

Il y a toutefois une nuance : le rôle que joue Marc Tanguay comme chef intérimaire. La position du PLQ est trop précaire pour que le parti se retrouve en plus avec un chef qui a la tête ailleurs.

S’il s’inspire de Stéphane Bédard (chef intérimaire du Parti québécois en 2014-2015), il se verra en régent, plutôt qu’en chef. Bédard a laissé un parti en santé, au même niveau dans les sondages, ou presque, qu’à son arrivée, après une course à la chefferie menée rondement, sans déchirements, et à la suite d’une prestation sans anicroche au Salon bleu.

Le PLQ doit prendre des décisions financières difficiles. Si Marc Tanguay se voit en régent, il les prendra lui-même, au lieu de laisser au prochain chef l’odieux de le faire. Idem pour la préparation de la course à la direction. Un Marc Tanguay candidat tentera de profiter de son rôle de chef intérimaire pour se mettre en valeur, alors qu’un Marc Tanguay qui pense au parti plutôt qu’à lui-même cherchera des manières faire intervenir ses députés dans la démarche préparatoire et de partager un peu de lumière.

Le rôle de chef intérimaire est ingrat. Il doit gérer un caucus sous tension, ne peut pas prendre position de manière à entraver le travail du prochain chef, et doit entretenir la flamme de militants déçus. Avec une performance honorable au Salon bleu, basée sur les valeurs libérales traditionnelles que sont les libertés individuelles, l’équité intergénérationnelle et la création de richesse, il peut rendre un grand service à son parti.

On parle beaucoup de ce qui se passe dans la tête de Marie-Claude Nichols et de Frantz Benjamin par les temps qui courent. Mais ce qui compte vraiment est beaucoup plus ce qui se passe dans celle de Marc Tanguay…

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Comment expliquer que le nouveau chef du parti Libéral par intérim déchire sa chemise à propos du comportement et des actions d’un ancien ministre liberal, un ex-collègue?
Difficile à suivre: aurait-il commenter avant de connaître l’identité du ministre au début gardée secrète pour , présumément, protéger les lanceurs d’alerte?
Cherche-t-il la visibilité médiatique en ce début de mandat?
Comment expliquer cette situation de la part d’un politicien d’expérience? Il y a sûrement des explications logiques une fois qu’il y aura eu certaines explications.
Chose certaine, ce serait surprenant qu’il fasse amende honorable et s’excuse auprès de son ex-collègue. Quant à lui, ce dernier ne semble pas vouloir se défendre de quoi que ce soit.
Enfin, comment expliquer que l’enquêteur ait eu besoin de 4 ans pour faire état des résultats de son enquête?
Beaucoup de questions, peu de réponses en vérité.

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