Faire la juste part des choses sur l’austérité

J’entends, depuis le début de l’âge adulte, qu’une vague néolibérale déferle sur le Québec et que l’universalité des services publics est menacée. La vérité est plus nuancée.

Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne

PolitiquePlusieurs s’inquiètent des mesures d’austérité envisagées par le gouvernement Couillard et de l’avenir de nos services publics.

Il est vrai que les orientations et engagements du Parti libéral lors de la dernière élection ne laissaient pas entrevoir que nous serions plongés à ce point dans la rationalisation des dépenses publiques. C’est la publication du rapport Godbout-Montmarquette qui a parti le bal.

Il y a de bonnes raisons de s’opposer à l’une ou l’autre des mesures proposées par le gouvernement Couillard, ou à leurs effets combinés. Les critiques de l’«austérité libérale» s’appuient toutefois généralement sur une lecture qui m’apparaît tronquée de l’évolution de nos finances publiques dans les deux dernières décennies.

Le point de vue dominant chez les critiques est que la lutte actuelle contre les déficits est «idéologique». Lorsque l’on qualifie un adversaire d’ «idéologue», on affirme indirectement qu’il est dogmatique, qu’il est tellement habité par ses convictions, qu’il ne doute plus et qu’il n’est plus capable d’être raisonnable, ouvert d’esprit et pragmatique.

Dans l’une de ses chroniques, Josée Legault, dont j’apprécie généralement les analyses, écrit :

«Inutile de chercher la logique. L’austérité est “idéologique”. Un, parce qu’elle sabre les services publics pour mieux les ouvrir au privé. Deux, parce qu’elle multiplie les tarifs pour la classe moyenne au lieu de tabler sur une fiscalité plus fortement “progressive” et équitable entre particuliers et entreprises.»

Cette dérive idéologique ne caractérise pas seulement le gouvernement Couillard, mais aussi, selon elle, ceux qui l’ont précédé :

«Depuis sa première quête sous Lucien Bouchard, à quelques rares exceptions près, on ne compte plus les génuflexions péquistes ou libérales devant le dogme du déficit zéro.»

Je suis certain que des membres du cabinet Couillard pensent, comme Raymond Bachand, qu’une «révolution culturelle» s’impose quant au rôle de l’État et du financement des services publics, mais la réalité est néanmoins plus nuancée.

Alain Noël, politologue à l’Université de Montréal, affirme que les réformes de la deuxième moitié des années 1990 et du début des années 2000 ont transformé le modèle fiscal et social québécois en accentuant son caractère redistributif plutôt qu’en le réduisant.

Le Québec a réussi à assainir ses finances publiques et à améliorer le ratio dette/PIB tout en adoptant des politiques sociales ingénieuses et en améliorant la situation des familles avec enfants dont les revenus sont modestes.

Comparant le Québec aux autres provinces, les politologues Keith Banting et John Myles soutiennent que ces changements ont aidé le Québec à «défier la tendance pancanadienne d’augmentation des inégalités».

J’entends, depuis le début de l’âge adulte, qu’une vague néolibérale déferle sur le Québec et que l’universalité des services publics est menacée. Or, le Québec a réussi, jusqu’à la crise de 2007-08, à faire preuve de prudence sur le plan des finances publiques, tout en consolidant la solidarité sociale et en œuvrant pour l’égalité des chances.

C’est toute une réussite, et un héritage à préserver. Des politiques comme les services de garde éducatifs à contribution réduite, les congés parentaux, l’allocation familiale, les primes au travail et le crédit de solidarité permettent de maintenir le filet de sécurité sociale et favorisent l’employabilité, particulièrement celle des femmes.

Cependant, il faut rappeler que c’est précisément parce que le Québec n’accumulait pas déjà les déficits qu’il a pu adopter des mesures keynésiennes de stimulation de l’économie dans la foulée de la crise financière de 2007-08.

Ces mesures nous ont permis de sortir relativement rapidement de la récession, en dépit de la lente reprise aux États-Unis. Mais comme la croissance économique est faible, que la population active croît peu et que les coûts du système de santé continuent d’augmenter, la sortie des déficits post-crise financière est laborieuse.

J’ai, par conséquent, un peu de mal à comprendre ceux qui soutiennent que nous subissons l’idéologie de l’austérité depuis plusieurs années.

Le Québec fait des déficits depuis 2009. Je suis d’accord avec ceux qui soutiennent que le gouvernement devrait évaluer sérieusement la possibilité d’étaler l’élimination du déficit sur quelques années plutôt que de vouloir atteindre l’équilibre budgétaire coûte que coûte dès 2015-16, mais il faudra néanmoins le faire à un moment ou à un autre.

Être préoccupé par nos finances publiques n’implique pas que l’on soit contre l’intervention de l’État ou que l’on dramatise la situation budgétaire du Québec. Comme l’explique Pierre Fortin, le ratio dette publique/PIB n’est pas, à 54 %, catastrophique. Ce ratio n’est pas catastrophique, parce que la prudence budgétaire a guidé les gouvernements jusqu’à la dernière récession.

Il est ainsi tout à fait possible de souhaiter que les déficits se résorbent et que le poids de la dette diminue, afin que le Québec ait les moyens de financer les politiques de solidarité sociale, d’égalité et d’employabilité qui en font une société distincte en Amérique du Nord, tout en étant prêt à faire face à de nouveaux épisodes de ralentissement économique ou même de récession.

Cela dit, le caractère déséquilibré des mesures proposées par le gouvernement pour éliminer le déficit, ainsi que son empressement qui semble plus motivé par le calendrier électoral que par une véritable nécessité économique, sont des problèmes majeurs.

Les arguments soutenant que la modulation des tarifs de CPE en fonction du revenu des parents sera désastreuse ne me convainquent pas, mais il faudra bien qu’on explique un jour pourquoi l’augmentation de la taxe sur les gains en capital et sur les dividendes, ou des impôts des très hauts salariés ou des entreprises, n’est pas prise en considération.

Il faudra qu’on nous dise quelles sont les nouvelles mesures qui permettront de faire de nouveaux gains sur le plan de la lutte contre l’évasion fiscale. Les critiques auront toujours la partie facile si ce sont toujours les mêmes qui sont appelés à faire des sacrifices.

Il y a beaucoup de surenchère, de catastrophisme et d’indifférence aux faits dans notre débat sur le financement des services publics. Le gouvernement Couillard doit toutefois donner l’assurance que l’élimination des déficits ne reposera pas exclusivement sur les épaules des salariés de la classe moyenne supérieure et de ceux qui se situent tout juste au-dessus.

* * *

À propos de Jocelyn Maclure

Jocelyn Maclure est professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval. Il a publié, avec Charles Taylor, Laïcité et liberté de conscience (Boréal), qui a été traduit en plusieurs langues.

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6 commentaires
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Ce qui inquiète le plus c’est que l’orientation de ce gouvernement semble guidée par une vision comptable de la société et un penchant évident eu égard à la privation d’à peu près tout.

En portant citation de Josée Legault, dont j’apprécie aussi les talents et la qualité de ses analyses. Je relève que vous ouvrez une espèce de boîte de Pandore. Comment définir précisément ce qu’est ou ce que devrait être une fiscalité progressive ?

Au fond je ne sais réellement pas de quel dogme relève le « déficit zéro », pour autant que cet objectif puisse être atteint à toutes fins utiles. Pendant très longtemps, la production de déficits était très bien vue par la plupart des économistes.

Alors d’où vient cette dérive ? De l’idéologie ou du fait que les personnes en charges ont un peu trop tiré sur l’élastique, rendant la production de déficits structurels toujours croissants : hasardeuse.

Ainsi ce qui est à la base du problème, c’est une croissance de toutes sortes de dépenses plus importantes que la croissance des revenus, plus importante que l’inflation. C’est entre autre ce que relève le Rapport de la Commission de révision permanente des programmes.

Ce qui a rendu le système fragile, c’est que nombre d’économies occidentales ont perdu la « touche magique » qui permet une « croissance » à la fois permanente et soutenue. C’était d’ailleurs cette croyance en une croissance permanente qui était dogmatique.

Personne n’avait pensé que ce modèle pouvait avoir une fin. Et certains continuent encore de croire en une croissance sans fin. Continuent de penser que tôt ou tard « ça va repartir ». C’est cela qui relève des croyances, du dogme et de l’idéologie.

— Lorsque vous écrivez : « (…) le Québec a réussi, jusqu’à la crise de 2007-08, à faire preuve de prudence sur le plan des finances publiques, tout en consolidant la solidarité sociale et en œuvrant pour l’égalité des chances. »

Je ne voudrais pas vous contredire pour le plaisir, si ce n’est que vous souscrivez comme beaucoup de monde y souscrivaient encore 2007-08 à cette illusion que la solidarité sociale est plus forte au Québec qu’elle ne l’est partout ailleurs. Hors, la solidarité sociale n’est forte que pour ceux qui sont bénéficiaires du système. Les autres ne tirent ni avantage, ni désavantage particulier.

— Vous ajoutez : « Cependant, il faut rappeler que c’est précisément parce que le Québec n’accumulait pas déjà les déficits qu’il a pu adopter des mesures keynésiennes de stimulation de l’économie dans la foulée de la crise financière de 2007-08. »

Qu’est-ce que vous voyez de keynésien dans les mesures adoptées post-crise 2007-08 ? Vous faites bien mal paraître le keynésianisme !

Pas plus que je ne vous suis lorsque vous écrivez : « (…) le caractère déséquilibré des mesures proposées par le gouvernement pour éliminer le déficit, ainsi que son empressement qui semble plus motivé par le calendrier électoral (…) »

À vous lire, on dirait que le gouvernement va repartir en élection d’ici un an. Pourquoi le ferait-il ?

Personnellement, tout comme Pierre Fortin, je ne suis pas un inconditionnel du « déficit zéro » coûte que coûte et je suis partisan de donner du temps au temps. Je pense néanmoins que votre conception du rôle joué par le gouvernement actuellement, qu’elle relève plutôt d’une idéologie inversée ou si vous préférez de votre hostilité aux libéraux. Quand en pratique, votre vision se trouve entièrement basée sur des concepts qui sont à toutes fins pratiques d’ores et déjà dépassés. Mordez à belles dents dans le 21ième siècle !

— La vraie solidarité sociale, c’est celle qui existe entre les gens, c’est l’amour et l’intérêt que l’on porte pour son prochain, ce n’est pas l’apanage d’un État paternaliste tout puissant, omnipotent et omniscient. Soyez libre à la place.

(0)

(a)

Moi je me rappelle d’avoir entendu un certains nombre d’intervenant et en particulier ces philosophes anti lumiere sur le projet de loi 60.

Je vais evoquer mon etonement que des gens qui disaient en lien avec le projet de loi 60 que c’etait important, oh combine important de faire une analyse de l’effet sur les femmes. On faisait bien sur cette demande par pur esprit partisan et rhetorique de catch 22. Si les femmes etaient nombreuses … on dirait que la mesure est inapplicable … si elle etait peu nombreuse on dirait pourquoi faire une loi pour si peu de femme ( question qu’on se pose pas pour beaucoup de loi ).

Ce qui m’amene a penser tout d’abord que nos philosophes anti lumiere ont plus de point commun avec les sophistes qu’on pense

(b)

Ce qui est franchement troublant maintenant a la lecture des textes ici et la …. c’est que maintenant on semble meme pas evoquer la question de l’effet sur les femmes alors que c’est evident que ca va avoir un effet sur les femmes et l’acces au travail et probablement pas mal plus important que de demander aux femmes de ne pas porter de symbole de discrimination sur les lieux de travail. Le conseil du statut de la femme et sa presidente liberale l’evoque, mais ca me semble fait de reculons et sans conviction, on dirait qu’on s’est rendu compte ( peut etre certaines membre nomme dernierement ) qu’on aurait l’air niaiseux de meme pas le demander alors qu’on l’evoquait pour le projet de loi 60, mais faut pas etre dupe. on s’opposera pas trop trop au gouvernement et le ton du texte le montre.

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/424789/frais-de-garderie-le-conseil-du-statut-de-la-femme-preoccupe

(c) Et donc pourquoi je trouve meme pas une remarque sur l’effet sur les femmes dans votre texte …. vous avez probablement oublier ….. c’est ca vous avez oublie ?

Mais c’est vrai que ca touche seulement les femmes et une politique qui pourrait leur causer un torta l’acces au travail et pas le droit des religions de leur faire porter des symboles d’oppression, la nos philosophes serait en avant de la parade.

« Les arguments soutenant que la modulation des tarifs de CPE en fonction du revenu des parents sera désastreuse ne me convainquent pas »

(1)

Je vais etre franc je suis un peu confus du texte ici et surtout de l’angle de la part d’un philosophe, on dirait un texte economico-politico-ideologique … qui aborde meme pas l’aspect philo …

(2)

Au dela de faire dans la rhetorique du sophisme parce que serieusement ce boutte la de votre texte en est un. Beaucoup de gens pensent qu’on remet en question une certaine vision de la societe et je comprend pas qu’un philosophe touche pas cet aspect.

(3)

Pourquoi vous revenez pas sur l’aspect philosophique de la patente et comment on envisage la societe du point de vue philosophique. Soit qu’ici on fasse payer ceux qui ont des enfants en particulier et qu’en gros il y a l’idee d’utilisateur payeur et que ce n’est pas a l’ensemble de la societe qui doit payer advantage.

(a)

Il y a dans cette vision l’idee qu’on est pas solidaire les uns des autres et que dans le fond monsieur chose avec un revenu eleve meme s’il beneficie du fait que ceux a cote de lui aient des enfants qui vont etre des futures contribuables qui vont payer en autre pour sa santé … n’a pas a payer plus.

(b)

Et ultimement au dela de la pente glissante cette idee fait son chemin et on le voit dans les lignes ouvertes que des citoyens veulent dans le fond payer que pour les services qui les concernent et le sondage qui montre que les gens plus age sont favourable le demontre bien.

(c)

C’est tres clairement un aspect philosophique que le texte aborde pas ….

(4)

Et au fond pourquoi ne pas imposer davantage les plus nantis ….. c’est philosophique …

« Le gouvernement Couillard doit toutefois donner l’assurance que l’élimination des déficits ne reposera pas exclusivement sur les épaules des salariés de la classe moyenne supérieure et de ceux qui se situent tout juste au-dessus. »

(a)

Parce qu’il y a un aspect philosophique la dedans qui est sous en filigrame…. l’idee qu’on gagne notre argent, qu’on merite notre salaire, que ca vient de notre action, de nos efforts. Alors que dans le fond les salaires viennent d’un drole de jeu et comporte de bien drole d’anomalie et que dans le fond peut etre que la classe moyenne superieure qui beneficie du jeu de l’attribution des salaires en toute « justice » devrait payer advantage parce qu’elle a plus. Et donc je comprends pas qu’un philosophe aborde pas le fond de cette histoire.

(b)

Il y a une autre question interessante au point de vue philosophique … il me semble …

Soit quelle est la juste part et est-ce qu’on doit restreindre la question en terme de « salaries » ….

Je trouve ca etonnant qu’un philosophe me parle de salarie alors que la richesse dans une societe c’est aussi dans une large mesure les heritages, les avoirs ….

Je m’attendrais qu’un philosophe me parle d’une mesure plus precise de combien riche avec le revenu disponible.

(5)

D’un point de vue philosophique j’aimerais peut etre qu’un philosophe m’explique la logique ici soit moins demander a ceux avec un revenu plus eleve … et pourquoi ….

(a)

En regard de ce que fond les gens avec un revenu de la classe moyenne superieur de 100000 et 120000 ou 160000 … de nombreux voyages, plusieurs voitures, chalet, … boisson …

Et comment l’argent est investit pour assurer que leur enfant aient un petit plus sur les autres par ecole prive, pensionnat et autre …. tient le voyage ici et la …. tient tel ou tel active tres cher …

(b)

Juste pour rire de ce discours de monde a boutte qui peuvent plus donner … (et qui vont dans certains cas donner en heritage des montant importants a leur enfants beneficiant ainsi d’un drole de jeu d’avancement social ) on devrait demander les achats dans la dernieres semaines, le dernier mois et on se rendrait compte qu’on depense en %^&* en produit de luxe ….

Et qu’un revenu disponible de 20000 ou 40000 ou meme 60000 de plus ca fait une tres tres grosse difference dans un train de vie ….

(c)

Philosophiquement il y a une question ….

A moins de vouloir comme societe qu’il existe une industrie plus fleurissante de bien de luxe … c’est quoi la « plus value » pour la societe de permettre a ces familles de financer un meilleur avenir pour leur enfant et depenser en bien de luxe ….

(6)

Et pour finir.

Ultimement j’en viens a me demander si dans le fond l’ideologie politique des blogueurs explique pas le ton, la forme, le contenu, ce qu’on dit ou ne dit pas sur le gouvernement ou le gouvernement precedent …. tellement un perception detestable que j’aimerais ne pas avoir en lisant les textes ici et la.

Les citoyens devraient regarder comment ils gèrent leur propre budget et l’augmentation de leurs endettements depuis cinq et dix ans avant d’attaquer le gouvernement car il est manifeste qu’ils ne peuvent être pris en exemple, bien au contraire.

La question d’équité des avantages sociaux (programmes de type universel) doivent disparaître et faire payer l’utilisateur payeur selon ses revenus. Il ne faut pas oublier que les professionnels ont pu étudier grâce aux universités payées en très grande partie par la classe moyenne depuis un siècle, la plupart gagnent leur vie par le biais des impôts et taxes perçues chez les citoyens et leurs régimes de pensions le seront aussi.

Est-ce que le gouvernement (en fait, les gouvernements en Amérique du Nord) peut se permettre de ne pas mettre les bouchées doubles en matière d’équilibre budgétaire alors que nous savons tous qu’il devra s’attaquer, il aurait dû le faire depuis quinze années dans plusieurs cas et 30 dans plusieurs autres, au problème des dépenses de réhabilitation des infrastructures mal entretenues depuis des lunes.

Seulement à Montréal, il faudra entièrement penser à la reconstruction du boulevard Métropolitain entre l’échangeur à ville d’Anjou et le boulevard Décarie où le tronçon de plusieurs miles entre Pie IX et l’autoroute 15 est particulièrement problématique puisqu’il n’y pas d’espace pour élargir et devra être changé pour une infrastructure à deux étages.

Les ponts, comme celui de Champlain doivent être eux aussi être refaits au lieu de dépenser des centaines de millions par années pour entretenir des ponts qui ont déjà plus de 50 ans, La même chose s’applique au pont-tunnel.

Il faudrait aussi que le gouvernement décide de tarifier tous les ponts pour réduire la densité d’automobiles qui circulent inutilement vers/de Montréal en construisant au préalable des vois pour des tramways rapides en ajoutant des voies sur les nouveaux ponts ou des ponts à deux étages. Bien entendu, il faudra aménager des immenses stationnements à chaque point de cueillette des passagers par les tramways.

Le seul problème de la circulation entourant Montréal se chiffre de plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de dollars mais pour les infrastructures il faut penser pour au moins 50 ans. Le boulevard Métropolitain a été construit au début des années 60, il a donc présentement 50 ans et ne suffit plus aux besoins depuis plus de quinze ans.

C’est la même chose pour le reste du Québec ou les infrastructures tombent en ruine. On me fait bien rire lorsque l’on parle de peinturer le pond de Québec puisque toutes les photos que j’ai vues démontrent que les pièces doivent être remplacées et non peinturé. Je demeure à Québec et avec des amis dont deux sont des ingénieurs comptant plus de trente années d’expérience chacun, avons fait un tour complet du pont. Ce n’est pas désolant ni navrant, c’est complètement irresponsable, outrancier et d’une incurie maladive.

En conclusion, pas de déficit zéro, pas de possibilité de réduire la dette provinciale ni d’investir les montants nécessaires et inévitables dans des infrastructures indispensables. En ce qui a trait aux taxes et impôts des entreprises, c’est un couteau à deux tranchants, les entreprises se font offrir par nos voisins du sud, des avantages qui n’en finissent pas de finir. Hors le résultat est “tu me donne la même chose qu’aux USA ou j’investis mes pénates en sol américain”.

Le laxisme de nos autorités morales me confond. Elles dénoncent constamment l’austérité alors qu’il s’agit de ramener les dépenses à un niveau qui correspond à celui d’une croissance trop faible, due à une démographie chancelante et une productivité en mal d’innovation. On préfère s’attaquer à l’immigration et à l’implication de l’industrie et des services dans la définition des programmes de recherche, en dénonçant les voleurs de jobs et la « marchandisation » des études universitaires. Des progressistes, vous dites?
Dans le Capitalisme au XXIe siècle, de Thomas Piketty, que tout le monde salue mais que personne ne lit, il dit bien que des limites s’imposent à la croissance de l’État, et que le secteur public, au-delà d’un certain seuil, soufre de problèmes sérieux d’organisation. Au-delà de l’imposition d’un impôt plus progressif, qu’il promeut avec vigueur, il souligne que la notion de secteur public est en soi réductrice: le fait qu’il existe un financement public n’implique pas que la production du service en question soit réalisée par des personnes directement employées par l’État ou les collectivités publiques au sens strict. Ainsi, dans le secteur de l’éducation ou de la santé, « il existe dans tous les pays une grande diversité de structures juridiques, notamment sous forme de fondations et d’associations, qui sont de fait des structures intermédiaires entre les deux formes polaires que sont l’État et l’entreprise privée, et qui participent à la production de services publics ».
Plutôt que de prêcher le statu quo face à la réalité sociale et économique du Québec, et de ses difficultés, nos champions de l’indignation, qui crient sans cesse « austérité » sans référer à la Grèce ou à Chypre, feraient mieux de réfléchir aux fondements de la productivité nationale et se battre pour l’instauration d’un impôt encore plus progressif, à commencer par le traitement fiscal des tarifs en garderie et la migration des p’tits bous d’choux vers des garderies privées.

« […] mais il faudra bien qu’on explique un jour pourquoi l’augmentation de la taxe sur les gains en capital et sur les dividendes, ou des impôts des très hauts salariés ou des entreprises, n’est pas prise en considération.

Il faudra qu’on nous dise quelles sont les nouvelles mesures qui permettront de faire de nouveaux gains sur le plan de la lutte contre l’évasion fiscale. » Elle est là, la vague néolibérale qui déferle sur le Québec.