Faire sortir les jeunes, le défi de Québec solidaire

On porte beaucoup d’attention au clivage régional de l’électorat, sauf que celui dont dépend le plus le résultat des élections est générationnel. 

Jacques Boissinot / La Presse Canadienne / montage : L’actualité

Deux maisons de sondage ont publié des chiffres sur les intentions de vote des Québécois dans les derniers jours, et bien qu’elles affichent des résultats quelque peu différents, une tendance s’observe : les intentions sont diamétralement opposées selon les générations.

Ces écarts dans les préférences exprimées selon le groupe d’âge sont d’une ampleur qui semble dépasser largement les disparités régionales. En fait, il s’agit peut-être du principal point de clivage de l’électorat québécois (après la langue maternelle, évidemment).

D’abord, le sondage de la maison Léger, publié dans Le Journal de Montréal samedi, montre que la Coalition Avenir Québec (CAQ) détient 19 points d’avance sur le Parti conservateur du Québec (PCQ) auprès des 35-54 ans et 33 points d’avance sur le Parti libéral du Québec (PLQ) auprès des 55 ans et plus. Même en considérant la plus grande incertitude de ces sous-échantillons, ces résultats ne laissent planer aucun doute sur la formation de tête.

Or, chez les 18-34 ans, nous observons une course diamétralement opposée avec Québec solidaire (QS) en tête, qui jouit de 36 % d’appui au niveau national, une avance de 10 points sur la CAQ.

Certes, la taille des sous-échantillons est plus modeste et l’incertitude autour de ces données est plus importante que pour l’échantillon entier, mais ces chiffres confirment les tendances des derniers mois.

D’ailleurs, les plus récents chiffres du sondage en continu (rolling poll) de la maison Recherche Mainstreet montrent des découpages démographiques semblables (même si Mainstreet ne sépare pas ses résultats selon les mêmes tranches d’âge que Léger). Chez les 34 ans et moins, QS est en tête avec 33 % d’appui. Mais chez les 65 ans et plus ? La CAQ trône seule au sommet avec 55 % d’appui, une avance monstrueuse de 34 points sur le Parti libéral. Les autres formations se partagent les miettes restantes.

Il s’agit ici d’un changement majeur des mœurs électorales des Québécois au cours des quatre dernières années, car la CAQ ne devait pas nécessairement sa victoire de 2018 aux électeurs québécois plus âgés. Dans un sondage réalisé en deuxième moitié de campagne en 2018, Léger mesurait la CAQ et le PLQ de Philippe Couillard à égalité statistique chez les électeurs de 55 ans et plus. Évidemment, même si la CAQ a grimpé dans les derniers jours de cette course (et que le PLQ a reculé jusqu’à 25 %), il serait grossièrement exagéré d’affirmer que François Legault « dominait » le vote plus âgé en 2018, comme cela semble être le cas maintenant.

Ce premier mandat caquiste, marqué principalement par la pandémie de COVID-19, aura vraisemblablement changé cette dynamique. La CAQ a consolidé l’appui des électeurs plus âgés qui, selon les tendances des élections antérieures, sont aussi les plus susceptibles de se rendre aux urnes en grand nombre le 3 octobre prochain.

La déclaration maladroite de Gabriel Nadeau-Dubois à propos des « vieux péquistes et vieux libéraux » qui forment aujourd’hui le noyau de l’électorat caquiste manquait sans doute de tact (et lui a valu des accusations d’âgisme), mais les chiffres nous disent qu’il y a tout de même un fond de vérité dans cette affirmation.

Néanmoins, avec des appuis anémiques auprès des électeurs plus âgés, la qualité de la machine d’incitation à voter de Québec solidaire pourrait complètement changer la dynamique de l’Assemblée nationale au cours des prochaines années.

Des études de Statistique Canada sur les taux de participation aux élections fédérales nous montrent que quand la participation baisse, c’est en grande partie dû au fait que les jeunes ne vont pas voter. Lors des quatre dernières élections fédérales (2011, 2015, 2019 et 2021), le taux de participation des 65-74 ans est demeuré généralement stable entre 83 % et 86 %. Chez les 18-24 ans, il avoisinait les 67 % entre 2015 et 2021, mais avait chuté dramatiquement à 55 % en 2011 (la première et seule victoire majoritaire de Stephen Harper).

Devant cet important clivage générationnel, le défi sera donc colossal pour Québec solidaire, dont les appuis dans les sondages sont gonflés à bloc principalement grâce aux jeunes électeurs. Si le taux de participation au vote des Québécois devait chuter, comme ce fut le cas en Ontario au printemps alors que seulement 43 % des électeurs inscrits ont participé à l’exercice (un triste record pour cette province), le parti de gauche en ferait donc probablement les frais, et essuierait de lourdes pertes à l’Assemblée nationale.

***

La campagne électorale vous intéresse ? Recevez, du lundi au vendredi, les analyses de notre équipe de collaborateurs chevronnés en vous inscrivant à l’infolettre L’actualité politique. Il suffit d’entrer votre courriel ci-dessous. 👇

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

Nous devons voter avec un mode de scrutin majoritaire qui lors d’une campagne électorale n’incite pas particulièrement les partis à prendre en compte les aspirations et besoins des différentes strates de l’électorat. Avec un mode de scrutin de type proportionnel, chaque vote compte. Les partis ont donc un grand intérêt à convaincre chaque groupe d’âge, groupe sociologique, et cela dans toutes les régions de la province.

Répondre

Le plus gros problème, c’est que les jeunes ne votent plus… Il n’ont malheureusement pas voix au chapitre malgré leurs opinions. Les jeunes adeptes de la rectitude politique tout azimuth (wokisme), vont éventuellement passer aux choses sérieuses et s’occuper des questions de vie et de mort, comme la crise climatique.

Il m’arrive de me sentir dépassé par l’ampleur de la tâche, mais cela me stimule davantage que cela ne me décourage. Je le vois comme un défi à relever et avec tous ces jeunes qui se mobiliseront, je ne me sens pas seul.

Répondre

Bien sûr que les jeunes ne sont pas intéressés à participer à l’élection de Pâbons qui veulent être Pâbon à la place des Pâbons.

Répondre

Bonjour! Relativement à votre conclusion à l’effet que la démobilisation des moins de 35 ans pourrait coûter cher à QS, est-ce qu’a contrario, une mobilisation massive de cet électorat – qui représente désormais potentiellement le tiers des voix – pourrait catapulter ce parti dans le rôle d’Opposition officielle / « gouvernement en attente »?

Répondre

Plusieurs remarques.
1) Le taux de participation des jeunes a toujours été plus bas que celui de leurs aînés. Ce n’est pas un phénomène nouveau et il faut éviter de tomber dans le classique « les jeunes de nos jours… » qui a cours depuis plus de 6 000 ans (sans blague, on a un texte sumérien sur ce thème)
2) Les élections municipales de l’année dernière ont vu une forte mobilisation des jeunes. A la fois comme militants que comme candidats comme conseillers ou a la mairie. Et comme élus : On n’a jamais connu au Québec l’élection d’autant de jeunes comme maire-sse-s et sur les conseils municipaux. Et justement en bonne partie sur le thème de l’environnement.
3) Si l’environnement accroche autant les jeunes, ce n’est pas comme enjeu isolé, comme mais une partie d’un tout plus grand . Un projet de société. Dans les années 70 le PQ avait lui aussi réussi à mobiliser les jeunes sur un projet de société centré sur la souveraineté. Mais aussi comme une partie d’un tout plus grand qui incluait le féminisme et la création des services publics.
4) Ce tout plus grand inclus aussi la lutte pour une société plus juste, pour tous, incluant les femmes, les Premières nations, les minorités racisées, les LGBTQA+, … Ce que certains chroniqueurs appellent le « wokisme », cet homme de paille. Autrement dit, comme dans les années 60 et 70, les jeunes sont capables de mâcher de la gomme et marcher en même temps. En fait, c’est justement l’union de la multiplicité des luttes qui mobilise l’action dans une direction commune. Au lieu de l’éclatement de luttes isolées des quatre dernières décennies.

Cela dit, le défi de QS c’est de convaincre les jeunes (et moins jeunes) qu’il est le véhicule de ce projet de société. Et surtout que le parlementarisme peut servir. Que voter n’est pas une perte de temps.

Répondre

Cher Monsieur Lagassé,

D’abord appelons un chat un chat, la culture « woke » n’est rien de plus que de la rectitude politique (politically correct). L’emprunt direct à l’anglais traduit bien son origine.

Il m’apparaît maladroit de mettre sur le même pied, la crise environnementale qui est une question vitale et une pléthore de revendications des adeptes de la rectitude politique, assurément bien intentionnées mais surtout mal informées, voire incultes et importées directement des USA par réseaux sociaux et Youtube interposés. Du genre, ajouter trois quatre lettres de plus à LGBTQ+, le « matrimoine », l’écriture inclusive, les Québécois « systématiquement » racistes puisque caucasiens, et Montréal territoire Mohawk!

Une fraction de la gauche, du moins très active sur les réseaux sociaux, se donne ainsi en spectacle avec des guerres de mots moralisatrices et sectaires plutôt que de s’attaquer aux enjeux collectifs que sont les inégalités sociales et la crise environnementale, et surtout aux facteurs structuraux et socioéconomiques qui en sont à l’origine

Ne comparez pas le PQ des années 70-80 qui avait un projet de pays rassembleur avec les actuels adeptes de la rectitude politique. Comparez plutôt les « wokes » avec les groupes marxiste-léninistes, maoïstes et autres trotskistes des années 70-80 dont il fallait franchir les piquets de pancartes pour se rendre à l’université ou au CÉGEP. Ces jeunes idéalistes endoctrinés dont l’argument suprême était la phrase fétiche « T’es juste un bourgeois ». À rapprocher des « Ok boomeur » et « Un blanc / un homme / un vieux ne peut pas comprendre» donc « Ferme ta gueule! ».

Agir ainsi discrédite, donne des armes à la droite et dilue l’action environnementale qui est urgente. Quand la maison brûle, on ne s’occupe pas de la couleur des murs!

Pour exemple, regardez ce qui est arrivé avec la nouvelle constitution chilienne… Un bel exemple du mieux qui est l’ennemi du bien.

J’irai moi aussi d’une recommandation de lecture. Le livre de Pierre Mouterde « Les impasses de la rectitude politique ». https://www.groupenotabene.com/publication/les-impasses-de-la-rectitude-politique

Il y a de la place pour un parti vert assumé (malheureusement pas Climat Québec, à cause du style Martine Ouellet) qui regrouperait les forces vives autour d’une seule question vitale!

Pour compléter sur le « wokisme », terme qui en est rendu à signifier tout et sont contraire*, j’invite à lire l’excellent livre de Francis Dupuis-Déri, qui oeuvre justement dans le milieu universitaire : https://www.lapresse.ca/actualites/education/2022-09-04/l-universite-les-wokes-et-les-menaces-imaginaires.php

*La première fois que j’ai vu le terme woke accolé à un nom précis au Québec, pas juste pour désigner un mouvement aux contours flous, c’est Martineau qui l’avait employé pour désigner…Denis Coderre. On voit que c’est du n’importe quoi.

Répondre