Fatima contre Gaétan : extraits choisis de la bataille de La Pinière

Fatima Houda-Pepin a dû affronter un ennemi redoutable : l’aversion viscérale de nombre de ces électeurs à un éventuel référendum. Une aversion que son principal opposant dans la course, le libéral Gaétan Barrette, a exploitée sans relâche.

Photos : La presse canadienne
Photos : La presse canadienne

Le 7 avril 2014, vers 10h : Fatima Houda-Pepin au bureau de vote 

Analystes et sondages la donnent perdante dans la circonscription qu’elle représente depuis 20 ans. Fatima Houda-Pepin s’est néanmoins armée de son plus charmant sourire et de ses plus aimables manières en ce jour de scrutin, à l’école primaire Saint-Laurent, à Brossard. Avant de glisser son bulletin de vote dans la boîte et de plus belle après l’y avoir déposé, la députée sortante de La Pinière a serré la main de tous les électeurs et bénévoles présents. Elle a distribué des tapes dans le dos bien franches, quelques bises et accolades, échangé des « Ni Hao» (« bonjour » en mandarin) avec les personnes qu’elle devinait Chinoises d’origine et quelques mots d’arabe avec les femmes coiffées d’un hijab.

À quelques heures du dévoilement des résultats, la candidate se disait optimiste, malgré les pronostics. La politicienne d’origine marocaine se présente comme candidate indépendante, elle qui a quitté le caucus libéral en janvier 2014 en raison de son désaccord avec son parti et son chef sur la question de la neutralité religieuse de l’État.

« Je suis optimiste, toujours, cela va de soi, je ne fais que ça, être optimiste, dit-elle entre deux poignées de main. J’ai travaillé très fort, tous les jours, de 6h à 21h. J’ai répondu aux citoyens qui me demandaient ce que ça fait, une députée indépendante, si ça va changer quelque chose, car c’est une nouveauté. Moi, ce qui me motive, c’est d’être une députée de proximité, près des gens, à l’écoute de leurs besoins, qui défend leurs intérêts. Comme j’ai un comté assez cosmopolite, par exemple, je me suis engagée à présenter un projet de loi sur l’équité en matière d’emploi, parce que je vois que dans la fonction publique, on est encore loin d’avoir une représentation équitable des minorités. Il y a des jeunes qui sont nés ici, qui sont issus de nos universités, qui connaissent la culture institutionnelle, qui connaissent le marché du travail, et parce qu’il n’y a pas d’espace pour eux, ils s’en vont ailleurs, à Toronto, à Vancouver, aux États-Unis. C’est une perte de capital humain qui est très dommageable. Et il va sans dire que si je suis réélue, je veux réintroduire le projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État et la lutte à l’intégrisme, qui a été mis sur la glace à la suite du déclenchement des élections. Pour moi, c’est là où se trouve le consensus au Québec, et c’est là qu’il faut travailler. »

Sa sensibilité aux enjeux de l’immigration a sans doute été un atout dans cette circonscription où près de 40 % des habitants sont d’origine étrangère. Mais Fatima Houda-Pepin a aussi dû affronter un ennemi redoutable : l’aversion viscérale de nombre de ces électeurs à un éventuel référendum. Une aversion que son principal opposant dans la course, le libéral Gaétan Barrette, a exploitée sans relâche.

Le 26 mars 2014, vers 8h30 : Gaétan Barrette au Mail Champlain

Après trois semaines de campagne, la recette est bien éprouvée. À tous ceux qu’il rencontre dans la foire alimentaire du Mail Champlain, en ce matin de mars, Gaétan Barrette martèle la même formule, inlassablement : voter pour son adversaire Fatima Houda-Pepin, c’est diviser le vote et donner un coup de pouce au Parti québécois. À cette heure matinale, l’aire de restauration est pleine de personnes âgées qui bavardent après avoir terminé leur marche quotidienne dans les couloirs du centre commercial. Il y a des tablées de personnes d’origine chinoise ou philippine, dont certaines parlent l’anglais à peine mieux que le français. Il y a des couples, des gens seuls, de petits groupes d’amis qui boivent un café. Et un candidat libéral qui leur assène son message avec la subtilité d’un rouleau compresseur… et une gentillesse que ses années passées à la tête de la Fédération des médecins spécialistes du Québec ne laissaient pas soupçonner. Extraits choisis des « Barrettismes » entendus au Mail Champlain.

– « Voter pour un candidat indépendant, ç’a encore moins d’effet que voter pour Québec solidaire. »

– « Rappelez-vous que mon nom est le premier sur le bulletin de vote. C’est facile, c’est par ordre alphabétique. »

– « Mélangez-vous pas! Le candidat libéral, c’est moi. Fatima crée de la confusion, elle dit qu’elle est libérale. Elle n’est pas libérale, elle est indépendante. Il y a bien du monde qui est mélangé. Ceux qui ne suivent pas la politique ou qui ont des problèmes de langue. »

– « Choisir Fatima, c’est un vote sentimental. Mais dans une élection aussi serrée que celle-ci, la raison doit prendre le dessus sur l’émotion. »

– « Elle se bat contre le Parti libéral, elle se bat contre vous, elle se bat pour l’indépendance ! »

– « Moi, je ne peux pas concevoir un gouvernement qui veut nous engager dans une voie référendaire qui, économiquement, va vous nuire, à vous et aux jeunes. »

– « Le vote de la communauté chinoise est très important. Si vous ne voulez pas de référendum et de séparation, vous devez voter libéral, c’est la seule option. »

– « Vous voulez vous faire guérir du Parti québécois ? Je suis un antidote. C’est moi votre remède. Je vous transfère l’énergie dans ma poignée de main, allez la répandre ! »