Faut-il payer les gens pour qu’ils aillent voter ?

Le plancher presque historique atteint lors des élections de 2018 en ce qui a trait à la participation des électeurs pourrait être défoncé le 3 octobre. Notre chroniqueur explore une solution pour motiver les Québécois à se rendre aux urnes.

Boris Zhitkov / Getty Images / montage : L’actualité

À 66,45 %, le taux de participation aux dernières élections québécoises était le deuxième plus faible de l’histoire du Québec depuis 1927. Cette année, l’impression d’un résultat connu d’avance ne risque pas d’améliorer le score.

C’est plutôt décourageant pour un scrutin qui coûtera 115 millions de dollars aux contribuables.

Afin de fouetter l’ardeur des électeurs, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) a lancé mardi sa traditionnelle campagne publicitaire pour inciter les gens à aller voter, tablant cette année sur la nullité des raisons invoquées pour ne pas se rendre au bureau de vote.

Mais est-ce suffisant d’en appeler à la responsabilité ? Même si plusieurs le décrivent comme un devoir de citoyen, le vote reste un droit. Contrairement à d’autres pays, comme l’Australie, où l’électeur risque une amende s’il ne vote pas, il n’est pas obligatoire ici.

Devant la pléthore de promesses de baisses d’impôts, allocations et chèques de toutes sortes, un collègue avançait que cette surenchère usée à la corde fonctionne encore avec l’électorat. L’Homo economicus est toujours attiré par l’appât du gain.

Et si on appliquait la même logique au vote, l’encouragement financier pourrait-il accroître la participation ? Le professeur de droit Stephen Carter, de l’Université Yale, aux États-Unis, pourtant lui-même abstentionniste, a déjà suggéré cette mesure incitative au président Barack Obama en 2015, estimant que ce serait une bonne façon de promouvoir un comportement citoyen sans enfreindre le droit à l’abstention.

L’expérience a d’ailleurs été tentée. En 2010, dans une élection municipale en Californie, le politologue Costas Panagopoulos a offert 25 dollars à chacun des électeurs inscrits s’ils allaient voter. Résultat : le taux de participation est passé de 14,9 % à 19,2 %.

Quelques années plus tôt, en 2006, en Arizona, le Dr Mark Osterloh a proposé d’organiser une loterie parmi ceux qui exerceraient leur droit de vote. (Ça vous rappelle la loto-vaccin de l’an dernier…?) Gros lot : un million de dollars ! L’idée n’a toutefois pas passé… par manque de gens qui se sont déplacés pour l’appuyer lors d’un référendum.

L’argent étant déjà omniprésent dans le système électoral américain, la proposition ne surprend pas. Sauf que l’économie comportementale étant ce qu’elle est, de nombreux politologues mettent en garde contre l’effet inverse, soit un désintérêt croissant pour la politique. Les électeurs iraient voter uniquement pour « passer GO » et récolter l’argent.

La chercheuse Julia Talbot-Jones, de l’Université Victoria en Nouvelle-Zélande, mettait aussi en parallèle des expériences où les dons baissaient dans les organismes caritatifs quand les bénévoles devenaient rémunérés ; l’argent venait corrompre la tendance naturelle des gens à faire de bonnes actions.

Plus récemment, le sociologue Julien Damon suggérait que l’exercice du vote chez les jeunes en France conditionne l’obtention du « pass Culture ».

L’idée d’une rétribution pourrait en effet prendre plusieurs formes. Pourrait-on envisager que certains crédits d’impôt promis soient réservés à ceux qui se rendent aux urnes ? Ou que le versement du prochain chèque pour l’inflation soit conditionnel à la participation au scrutin ?

Pour certains politologues, forcer ainsi la hausse du taux de participation ne serait toutefois pas souhaitable, parce que cela encouragerait le vote ignorant. Le scrutin doit plutôt attirer les personnes plus intéressées, motivées ou informées.

Et l’abstention est aussi une façon légitime de faire valoir son opinion. Si le taux de participation reste bas, c’est un indicateur nécessaire de l’apathie des citoyens envers leurs institutions.

Voter ne se limite pas à un calcul coût-bénéfice. Pour la majorité des électeurs, c’est un devoir moral, voire un symbole de l’exercice de ses droits dans la démocratie.

C’est peut-être l’économiste Bryan Caplan, auteur d’un ouvrage Le mythe de l’électeur rationnel, qui a sorti la meilleure idée : rémunérer des citoyens pour qu’ils améliorent leurs connaissances de la politique en vue d’un examen. La somme offerte serait équivalente à leur résultat au test final. Une idée intéressante, si tant est qu’on puisse éviter les biais partisans.

Personnellement, je n’ai jamais eu besoin de mesure incitative pour mettre mon X. Je me souviens d’un voisin, dans ma jeunesse, qui allait donner de son sang chaque mois parce qu’il y avait des beignes et du café gratuit, et parce qu’il pouvait jaser avec du monde.

Peut-être que si des lieux de rencontre et de discussion étaient mis en place à proximité des bureaux de scrutin, plus de gens iraient voter. Parfois, les incitations sont plus simples qu’on le pense.

***

La campagne électorale vous intéresse ? Recevez, du lundi au vendredi, les analyses de notre équipe de collaborateurs chevronnés en vous inscrivant à l’infolettre L’actualité politique. Il suffit d’entrer votre courriel ci-dessous. 👇

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

J’aime vraiment l’idée des beignes et du café. Je crois que ça fonctionnait. Il y a de plusieurs années, l’entreprise pour laquelle je travaillais participait à des salons au moyen d’un « bar » où les cadres servaient du café aux visiteurs. Succès monstre.

Répondre

Je suis très d’ccord avec toi Carole! J’aime ton analogie aux monstres je trouve ça original et intéressant! T’as vraiment l’air d’une personne qui ne se fond pas dans le décor, continue comme ça ma chum!

Comme ça, les gens iront voter blanc ou nul pour toucher leurs quelques dollars, avec le même cynisme ou désintérêt à l’égard de la politique. On sera bien avancé…

Répondre

Oui madame Dupuis vous avez raison, s’il y a de la nourriture il y a du monde. Sur les campus un vote un café un jus, de l’eau et un beigne. Ça vaut la peine de l’essayer !!! Les jeunes ont toujours faim.

Répondre

Ben merci du support! J’aime votre initiative de vous impliquer dans l’actualité comme ça! Ça me touche beaucoup, continuez de cette manière et vous irez loin!
Carole Ann