Faut-il sauver le soldat Beaulieu ?

Aujourd’hui, l’idée que le Bloc n’a plus de raison d’être est à peine moins répandue dans les officines souverainistes qu’au sein de l’électorat.

Photo © Graham Hughes / La Presse Canadienne
Plus isolé que jamais, le nouveau chef du Bloc, Mario Beaulieu, ne peut plus compter que sur les ultra-nationalistes pour assurer la survie de son parti. (Photo © Graham Hughes / La Presse Canadienne)

En devenant chef du Bloc québécois, le printemps dernier, Mario Beaulieu se voyait monter en première ligne, à la tête d’un commando fédéral voué à la seule et unique mission de ranimer la flamme souverainiste.

Une centaine de jours plus tard, le vide s’est fait autour du nouveau général en chef du Bloc, et cela, sans que le camp fédéraliste ait tiré un seul coup de canon.

L’arrivée de Mario Beaulieu à la tête du parti, en juin, a suscité un mouvement de désertion qui a déjà amputé le Bloc de la moitié de son caucus. Un troisième député, le transfuge Claude Patry (qui avait été élu sous la bannière néo-démocrate en 2011), a annoncé qu’il ne briguerait pas de second mandat l’an prochain.

Le parti est en chute libre dans les intentions de vote.

Son chef fondateur, Lucien Bouchard, ne se gêne plus pour déclarer publiquement que le Bloc — qu’il a créé il y a presque 25 ans — a fait son temps.

D’autres prédécesseurs de Mario Beaulieu, comme Gilles Duceppe et Daniel Paillé, se sont lavé les mains du sort de leur successeur.

Il ne faut pas compter sur les chefs bloquistes à la retraite pour mener une mission de sauvetage ni encore pour se mobiliser afin de sauver le Bloc en passant son nouveau chef à la trappe.

Contrairement à d’autres démocraties parlementaires, comme le Royaume-Uni, le Canada n’a pas (encore) de mécanisme permettant à un caucus de députés de déposer un chef.

Dans le passé, cela n’a pas empêché l’Alliance canadienne de forcer Stockwell Day à soumettre son leadership à un vote (qu’il a perdu contre Stephen Harper) ou encore le clan Martin de pousser Jean Chrétien à arrêter la date de sa retraite politique. En 1988, des libéraux haut placés ont même songé à déposer leur chef, John Turner, en pleine cam-pagne électorale.

Sauf qu’il est question ici de partis dont personne ne remettait la pertinence en cause. Aujourd’hui, l’idée que le Bloc n’a plus de raison d’être est à peine moins répandue dans les officines souverainistes qu’au sein de l’électorat.

D’autre part, avant de se débarrasser sommairement d’un chef nouvellement élu, encore faut-il avoir une solution de rechange sous la main.

Si Mario Beaulieu ne s’était pas manifesté, sur le tard, pour faire la lutte au député André Bellavance, ce dernier aurait été acclamé chef du Bloc par défaut. Mais rien n’indique que l’élection de M. Bellavance aurait été porteuse de lendemains meilleurs pour le Bloc.

La victoire au leadership de Mario Beaulieu est celle de l’aile la plus militante du mouvement souverainiste sur un establishment bloquiste laissé à lui-même par les forces vives qui ont animé le parti dans le passé.

Ravir cette victoire à ce contingent de militants en sciant les jambes de son nouveau chef, c’est s’exposer à voir éclater au grand jour de nouvelles divisions au sein de la famille souverainiste au sens large. Aucun des candidats présumés à la direction du PQ n’a intérêt à se mettre à dos l’aile la plus combative du parti qu’il ou elle aspire à diriger.

Abandonné par tous les survivants du scrutin de 2011 sauf un, Mario Beaulieu a les mains libres pour recruter une équipe de candidats à son image et à la ressemblance du parcours du combattant qu’il préconise.

La caisse du Bloc québécois est suffisamment bien garnie pour lui permettre de mener une campagne qui ne se résumera pas à une affaire de bouts de chandelles.

Le Bloc n’a pas beaucoup de place dans la vie du Parlement actuel, mais la campagne électorale assure à son chef une tribune pendant une quarantaine de jours, y compris, jusqu’à preuve du contraire, sur le plateau francophone du débat des chefs, sinon sur celui des réseaux anglophones. (Radio-Canada ou TVA pourrait difficilement exclure du débat le chef d’un parti qui a récolté plus d’appuis que le PLC et les conservateurs au Québec lors des dernières élections fédérales.)

Depuis le temps que l’aile ultra-souverainiste du PQ, à laquelle appartient Mario Beaulieu, martèle que le chemin de l’adhésion d’une majorité de l’électorat québécois passe par la promotion matin, midi et soir du projet d’indépendance, voilà une belle occasion de soumettre cette thèse à l’épreuve du réel.

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Moi j’aime bien Mario Beaulieu et je voterai Bloc. Dire la vérité, avec ou sans succès et continué de la promouvoir, est un honneur que peu de politiciens possède.

Mario Beaulieu se voit comme un tribun, ce qu’il n’est absolument pas. Le bloc québécois est mort et le PQ, champion des fusions forcées honnies, aussi.