Cinq utopies canadiennes pour lutter contre les changements climatiques

Interdire les voitures à essence, une réglementation fiscale intelligente pour optimiser le transport… certaines mesures devraient être mises en œuvre, par les gouvernements fédéral et provinciaux, pour parvenir à surmonter le plus grand défi de notre époque. 

Photo : Pixabay

Pour mieux vous informer sur l’urgence climatique, L’actualité se joint à l’initiative internationale Covering Climate Now. Cette semaine, ne manquez pas notre couverture approfondie des enjeux environnementaux.

En cette campagne électorale fédérale, on peut s’attendre à ce que de nombreuses promesses soient faites (ou non) par les partis politiques pour renverser la tendance en matière de réchauffement climatique. En voici cinq qui devraient être mises en œuvre, tous paliers confondus, pour parvenir à surmonter le plus grand défi de notre époque. Au Canada, la tâche s’annonce plus qu’ardue !

1. Interdire les voitures à essence

Le nouveau balado de Gabriel Nadeau-Dubois, le Comité des idées dangereuses, s’attardait récemment à l’idée d’interdire la vente de tout nouveau véhicule à essence dans un avenir rapproché. L’idée peut être remise en question, mais il est dur de défier la science quant à sa pertinence. Le transport compte pour 43 % des émissions de gaz à effet de serre au Québec. Il n’existe aucune mesure pour décourager l’achat de gros véhicules, et pourtant, nous payons collectivement les subventions à l’achat de véhicules électriques. Et ce, alors que ceux-ci ne comptent encore que pour 1 % du parc automobile québécois.

Or, il ne faut pas se leurrer : nous devrons, un jour ou l’autre, les interdire. C’est maintenant qu’on devrait entamer la transition. Il n’y a que la mise en place d’une réglementation conséquente qui peut nous y amener, comme cela se fait dans des pays de plus en plus nombreux. En Norvège, plus de 50 % des véhicules neufs vendus sont électriques.

Au Canada ? Le Ford de série F est toujours le véhicule le plus vendu au pays, et les VUS caracolent au sommet des ventes de concessionnaires.

2. Une réglementation fiscale intelligente pour optimiser le transport

L’étalement urbain existe entre autres pour deux raisons : la recherche de propriétés confortables, assez grandes pour la famille et abordables, et la gratuité du réseau routier. Une étude récente de la Société canadienne d’habitation et de logement démontrait qu’il demeurait, encore aujourd’hui, toujours plus économique d’habiter en banlieue, si l’on exclut de l’équation la valeur du temps. Voici une réalité qu’il est difficile de renverser, mais dont il est possible de limiter les effets. Il n’est pas logique que celui ou celle qui tente, par son action individuelle, d’améliorer le sort de l’environnement en faisant du covoiturage ou en prenant le transport en commun reçoive un traitement fiscal similaire à ceux qui ne jurent encore que par l’auto solo. Tout ce qu’il y gagne, c’est le partage des coûts de transports directs et (parfois) l’utilisation d’une voie réservée.

L’organisme Transit a récemment proposé un principe de tarification routière, un principe appuyé notamment par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Celui-ci donne l’exemple de Londres, où l’utilisation des transports collectifs a augmenté de 37 % lorsque la City a instauré un péage pour entrer dans son centre-ville. Ici, le simple mot péage semble interdit dans la bouche de tout parti aspirant au pouvoir.

Autre exemple ? Un gros véhicule devrait être taxé en conséquence. Ceux qui en ont besoin pour leur travail devraient recevoir un traitement fiscal conséquent pour que cette mesure ne les affecte pas, tant qu’il n’y aura pas de solution de remplacement. Mais l’achat de celui-ci par pur désir individuel devrait être beaucoup plus coûteux. Ceci n’est qu’un exemple d’écofiscalité intelligente, qui soit logique en fonction des besoins et des efforts de chacun.

Cela dit, on lui rétorquera que le propriétaire d’un VUS paie déjà sa part en essence, qu’il juge surtaxée.

3. Une taxe carbone réellement efficace

Le principe à la base de la taxe carbone est l’une des meilleures mesures pour diminuer les émissions de GES, selon la Banque mondiale. C’est celle-là qui est le plus à même de changer les comportements de manière durable pour diminuer l’empreinte carbone de tout un chacun. Cela dit, pour être efficace, le prix de ladite taxe doit être plus élevé que ce qui est prévu actuellement, soit 50 $ la tonne. Le prix suggéré avoisine plutôt les 100 $ US d’ici 2030, selon le Carbon Disclosure Project. Nous sommes loin du compte, alors que le principal débat électoral de l’automne 2019 semble plutôt être axé sur l’existence même du mécanisme.

4. (Ne pas) interdire l’opposition aux pipelines

Vraiment ? Une telle mesure, mise en place par Stephen Harper et abolie par Justin Trudeau en 2015, nécessiterait au minimum un argument rationnel. Celui d’avancer que les groupes environnementaux sont contrôlés par des intérêts étrangers n’en est pas un.

Pourtant, un gouvernement conservateur ramènerait sur le tapis cette mesure contre toute logique.

5. Rouvrir la Constitution canadienne pour y inscrire le droit à un environnement sain

Sans doute la plus canadienne des utopies.

Une constitution sert l’objectif de garantir la stabilité juridique du pays et les droits les plus fondamentaux de sa population selon les valeurs fondamentales de la société qu’elle chapeaute. Toutes les mesures environnementales implantées au pays pourraient être modifiées ou annulées par un gouvernement aux quatre ans, de manière parfaitement légitime. Il pourrait cependant être plus ardu de mettre en œuvre des politiques publiques contraires au principe d’un environnement sain pour tous si un tel droit était inscrit à la Charte canadienne des droits et libertés. Il serait ainsi possible de demander à un tribunal d’invalider une loi contraire à ce droit inscrit comme fondamental. J’en parlais ici.

Mais pour cela… il faudra entamer une ronde de négociation constitutionnelle.

Radical

Si la lutte aux changements climatiques est réellement une priorité, la marge de manœuvre est limitée quant aux mesures réglementaires qui devront être mises en place. Celles-ci sont connues, leurs impacts, positifs, très bien documentés, et réalisables à court et moyen terme, surtout pour un pays riche comme le Canada. Nécessairement, cela devra passer par un changement profond de nos modes de vie. Ce qui est perçu comme radical aujourd’hui sera nécessairement la norme demain.

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6 commentaires
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Je n’ai pas de problème avec la mise en place rapide de systèmes afin de combattre les changements climatiques grâce à un plan bien structuré et visionnaire impliquant le Fédéral et toutes les Provinces. Cependant, l’exigence d’interdire tout pétrole Canadien n’est pas réaliste. L’utilisation de cette ressource continuera pour certainement un autre siècle avant que nous puissions en interdire l’utilisation. Il est à mon avis, indispensable de ne pas dépendre du pétrole de l’étranger sauf des É .U. Et ainsi devenir autosuffisant sur le Continent. Actuellement, nous nous approvisionnons de l’Angleterre, du Danemark et de l’Algérie. Comment pensez-vous que ces millions de litres nous parviennent…. Ce qui nous manquent finalement c’est une vision ordonnée de l’avenir.

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Les solutions pour l’environnement sont adéquates pour les riches qui peuvent payer mais les simples citoyens , non de toute façon toutes les solutions sont contre lui comme toujours, on travaille pour payer , on vit dans le dresse , si je peux acheter une voiture électrique … c loin pour moi de l’avoir . Pour taxer , on est déjà surtaxe , trouvez des solutions gratuites , tout le monde suivra

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Les solutions proposées ici sont plus ou moins réalistes, et même un peu utopiques.

1) Oui le transport émet beaucoup de CO2, mais le transport des passagers, c’est seulement 40 % du total. Le reste, c’est le transport des marchandises. De plus, le passage aux voitures électriques n’est efficace qu’au Québec, là où on produit l’électricité à partir de barrages. LES COMBUSTIBLES FOSSILES REPRÉSENTAIENT 76 % DE L’APPROVISIONNEMENT EN ÉNERGIE DU CANADA EN 2017. https://www.rncan.gc.ca/energie-emissions-gaz-effet-serre-ges/20074

2) Pour encourager fortement les gens à diminuer leur consommation d’essence et de combustibles fossiles, il faut une taxe incrémentielle sur le CO2. Une taxe qui n’augmente pas avec le temps n’aura que peu d’effet. Il faut que ça fasse suffisamment mal pour qu’on s’y arrête et qu’on choisisse d’abandonner ces combustibles. Il faut aussi qu’on arrête de chauffer les bâtiments au gaz naturel, utilisé pour chauffer 47 % des édifices au Canada. Abandonner le gaz naturel peut se faire beaucoup plus facilement que changer un parc automobile, et à coûts bien moindres. Au niveau de la famille, une fournaise au gaz naturel ou à l’huile coûte moins cher à changer qu’une voiture.

3) Finalement, ça prend des sources d’énergie qui ne produisent pas de CO2. Comme l’éolien et le solaire ne sont pas assez efficaces, il faut développer davantage l’hydroélectricité et le nucléaire. Sur ce sujet : https://www.ted.com/talks/michael_shellenberger_how_fear_of_nuclear_power_is_hurting_the_environment?language=fr&fbclid=IwAR16pBTgyh1SOl2w3vsr4oUeg73ZVm_3GdF5BHCPwOJSoy1gVcOi7Uf6a1U

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Pouvez-vous préciser votre 2e paragraphe s.v.p.? C’est bien beau une taxe qui augmente avec le temps, mais selon moi, ce sont encore et toujours les régions qui font les frais de tous ces beaux moyens de répression. Que ce soit sur la Côte Nord, l’Abitibi ou le Bas-St-Laurent (3 endroits que j’ai habité), les distances sont énormes et dispendieuses à franchir, et les véhicules électriques sont encore loin de pouvoir rencontrer toutes les difficultés liées à ces distances. Qu’on parle d’autonomie, de chauffage de la voiture l’hiver et des endroits plus ou moins bien carrossables, les VUS étant considérés par les ¨urbains¨ comme un luxe en ville sont à toute fin pratique une nécessité en région, et non un caprice comme certains le laisse sous-entendre.
Quand les VUS deviendront électriques et aussi avantageux, pratiques et pas plus cher que ceux au pétrole, je n’hésiterai pas à faire le saut; mais d’ici là, désolé, mais nécessité oblige.

@ C. d’Anjou
Dans mon deuxième paragraphe, j’insiste surtout sur le gaz naturel, qu’on pourrait éliminer pour qu’il soit remplacé par de l’électricité. Quant aux voitures à essence, on est effectivement encore loin de pouvoir les remplacer par des voitures électriques, et ce remplacement ne peut se faire que sur une très longue période. Par contre, augmenter le prix de l’essence peut forcer les gens à acheter des véhicules moins énergivores, comme les hybrides, par exemple. En région, les distances sont peut-être longues, mais en ville, à Montréal, c’est le temps alloué au transport, à tous les jours, de l’ordre de plus d’une heure, qui est long. Et une voiture à essence consomme pendant tout ce temps, même à l’arrêt.
Au Québec, le transport des passager représente 18% des émissions de GES. Et pour éliminer cette source, cela prendrait au moins 15 ans pour changer complètement le parc automobile, si tous les nouveaux acheteurs n’achetaient que des voitures électriques. C’est donc rêver en couleur que penser qu’agir sur le transport des passagers peut aider à diminuer rapidement nos émissions de GES.

Une fusée qui part pour l espace ça polut pour quelle quantité d auto ?
Une auto eletrique ,je peux tu tiré une chaloupe pour la pêche ?

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