Élections et ingérence : les robots ne visent pas dans le vide

S’il faut avoir peur des offensives des robots, il faut surtout avoir peur de nos propres réactions sur les réseaux sociaux… et ce qu’elles entraînent.

On se fixe un rendez-vous hebdomadaire? Au cours des prochaines semaines, la rubrique Venons-en aux faits ! vérifiera avec vous les propos des candidats et passera au peigne fin les discussions sur les réseaux sociaux, tout en répondant à vos questions.

Ça y est, la campagne électorale fédérale a été déclenchée aujourd’hui. La première qui inquiète les instances gouvernementales d’une potentielle ingérence étrangère et de campagnes massives de désinformation. Il ne faut toutefois pas oublier que ces offensives malhonnêtes amplifient les clivages et les tensions sociales qui existent déjà.

« Il faudra se méfier des robots pendant la campagne électorale », écrivait il y a quelques semaines un internaute sur Facebook. Il réagissait à un article de La Presse canadienne intitulé « Élections Canada a peu d’emprise contre les fausses nouvelles », publié en février.

Ces robots, ce sont des comptes automatisés, programmés pour amplifier des messages sur les réseaux sociaux. Des milliers de robots pourraient, par exemple, envoyer simultanément le même message à la même personne, dans le but que celle-ci soit spammée. Ils pourraient aussi utiliser un mot-clic en particulier pour que celui-ci apparaisse dans les tendances Twitter. Ils pourraient retweeter une publication d’un candidat politique pour la diffuser au plus grand nombre possible. Et ainsi de suite.

De telles activités sont déjà en œuvre au pays. Elles sont souvent étroitement liées à l’actualité américaine.

Vendredi, Affaires mondiales Canada a publié un rapport indiquant que des « activités non authentiques coordonnées ont été décelées » sur les réseaux sociaux pendant les dernières élections provinciales en Alberta. Ces activités auraient toutefois été orchestrées par des Canadiens, estime le rapport.

En août, Radio-Canada et CBC ont révélé que 21 600 messages provenant de faux comptes Twitter créés à l’étranger avaient ciblé des Canadiens. 

En juillet, le National Observer mettait en lumière l’amplification louche et probablement coordonnée du mot-clic #TrudeauMustGo (Trudeau doit partir). 

En février 2018, Radio-Canada a décelé, dans une base de données compilant des tweets de robots russes liés à la tristement célèbre Internet Research Agency (IRA), plusieurs fausses informations concernant le Canada.

Ne paniquons pas

L’auteur du commentaire cité plus haut a raison : il faut se méfier des robots. Il faut se méfier des robots parce qu’il faut se méfier de tout ce qu’on lit.

S’il faut avoir peur de ces offensives, il faut surtout avoir peur de nos propres réactions sur les réseaux sociaux… et ce qu’elles entraînent.

Les bots peuvent-ils monter des mensonges de toute pièce ? Oui. Mais ils savent où viser. Il a été observé qu’ils s’étaient impliqués dans des sujets déjà grandement touchés par la désinformation.

Les comptes iraniens et russes décelés par Radio-Canada et CBC cet été relayaient des tweets sur les pipelines et l’immigration. Deux sujets qui ont monopolisé l’actualité canadienne et américaine des trois dernières années. « Le plus grand nombre de partages de publications au sujet des pipelines a eu lieu le 24 janvier 2017, quand le président américain, Donald Trump, a signé un décret présidentiel donnant le feu vert aux projets Keystone XL et Dakota Access », rapporte la société d’État.

Selon le National Observer, le mot-clic #TrudeauMustGo est apparu quand Justin Trudeau a critiqué les déclarations racistes du président Trump.

Des comptes automatisés russes ont partagé de fausses informations sur les attentats de la mosquée de Québec. D’après La Presseune cinquantaine de tweets mensongers publiés dans les quatre heures suivant l’événement ont généré des milliers de réactions.

Ces opérations ciblent des enjeux et des clivages déjà existants et inondent les espaces de discussions en ligne. Comme la désinformation à laquelle nous sommes malheureusement habitués, elles jouent sur nos émotions. Robots. Fer. Plaie. On connaît la chanson.

Alors, comment se préparer, comment se protéger de ce type de désinformation ? La réponse est très plate : on fait ce qu’on fait déjà.

  • Vérifier les sources ;
  • Reconnaître les publications (images, mèmes, statuts) partisanes ;
  • Vérifier la date de parution d’un article, d’un tweet, d’une publication ;
  • Lire ce que les autres médias d’information écrivent sur la même nouvelle ;
  • Identifier les sujets qui nous choquent ;
  • Revenir de ses émotions, partager la tête reposée, retenir que si une publication fait un peu trop notre affaire, c’est qu’il y a anguille sous roche.

Seuls, les robots ne gagnent pas d’élections. Sur un réseau social où les débats et les opinions politiques prévalent, les comptes automatisés jettent de l’huile sur le feu. À nous, maintenant, de savoir comment l’éteindre.

Comment détecter un robot

Les robots dont il est question dans ce texte ne ressemblent ni à R2D2 ni à C3PO. Voici comment détecter une activité louche :

  • Réseau social : ces campagnes sévissent majoritairement sur Twitter. Facebook détecte et supprime rapidement les faux comptes.
  • Quantité de messages publiés simultanément : un humain peut-il tweeter autant de fois, aussi rapidement ?
  • Date de création du compte : a-t-il été créé dans les derniers jours ? Au moment d’un événement marquant ?
  • Utilisation de mot-clic populaires pour amplifier un message
  • Photos de profil volées à des banques d’image ou à d’autres utilisateurs de la plateforme
  • Langue : le même compte relaie-t-il des tweets dans plusieurs langues différentes ?

Enfin, rappelons que des activités automatisées ne sont pas nécessairement frauduleuses ou malintentionnées. 

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