Un débat à trois chefs et quatre podiums

Même si Justin Trudeau avait décidé de bouder le premier débat des chefs de cette campagne, cette première joute entre les chefs conservateur, néo-démocrate et vert a permis de tirer quelques enseignements. Le point avec Philippe Fournier.

Photo : La Presse canadienne

Hier soir à Toronto avait lieu le premier débat des chefs de cette campagne fédérale 2019, organisé par le magazine Maclean’s et le réseau CityTV. Avec le chroniqueur Paul Wells comme modérateur, trois des quatre chefs invités ont débattu sur quatre grands thèmes : l’économie, l’énergie et l’environnement, les affaires autochtones, ainsi que la politique étrangère.

Trois des quatre chefs ? En effet, le premier ministre sortant Justin Trudeau a choisi — et c’était parfaitement dans son droit — de ne pas se présenter à ce débat. Le réseau CityTV a d’ailleurs ouvert le débat en présentant les quatre podiums.

Quelques points forts de ce débat

  • Elizabeth May a tiré son épingle du jeu en s’adressant directement aux chefs rivaux pendant toute la soirée (contrairement à Andrew Scheer, mais nous y reviendrons). Sans surprise, elle a insisté sur l’urgence climatique actuelle et a affirmé qu’un gouvernement du Parti vert créerait des milliers d’emplois verts dans cette transition énergétique. À quelques reprises, elle a tenu des échanges musclés avec le chef conservateur à propos de son plan environnemental, publié en juin dernier. Plusieurs scientifiques avaient dénoncé sa modestie à l’époque.
  • Le chef néodémocrate Jagmeet Singh a semblé commencer le débat en force en insistant sur le fait que ni le Parti conservateur ni le Parti libéral (a-t-il dit en pointant à quelques reprises vers le podium inoccupé…) n’allait changer quoi que ce soit pour la classe moyenne. Selon lui, les intérêts des grandes entreprises passeraient toujours en premier avec ces partis. Une réplique néodémocrate classique, mais qui n’est certes pas sans fondement. Singh a fortement critiqué l’idée d’Elizabeth May de condamner des sociétés fautives comme SNC-Lavalin à payer leurs dettes avec des travaux forcés, comme construire des infrastructures permettant aux Premières Nations d’avoir accès à de l’eau potable (particulièrement dans le Nord canadien).
  • Andrew Scheer, le chef conservateur, a lui gardé un ton calme et monotone pendant toute la soirée. Les experts en langage corporel auront sûrement remarqué que M. Scheer ne regardait que très rarement ses rivaux lors de la soirée, choisissant plutôt de se tenir bien droit et d’être toujours face à la caméra principale. Il a entre autres utilisé la version anglophone du slogan conservateur à plusieurs reprises (« It’s time for you to get ahead ») en promettant notamment d’alléger le fardeau fiscal des Canadiens par des réductions d’impôts.

Le contraste entre ces chefs ne pouvait pas être plus évident : Elizabeth May souriait, gesticulait et a même pu ajouter une blague de ventriloque et marionnette (qui a d’ailleurs fait grimacer Andrew Scheer) ; Jagmeet Singh multipliait les attaques, parfois de façon efficace, envers le chef conservateur, mais a semblé manquer d’énergie dans la deuxième moitié du débat ; et Andrew Scheer était sérieux, stoïque, calme — des qualités certes recherchées chez un premier ministre — mais aussi quelque peu soporifique par moments.

Est-ce que le premier ministre et son équipe subiront des conséquences auprès de l’électorat pour avoir boudé ce débat ? Lors du dernier balado Esprit de campagne, mon collègue et chef du bureau politique de L’actualité Alec Castonguay a exprimé de forts doutes. Force est d’admettre qu’il ne semble pas avoir eu tort, considérant les nombreuses (quoiqu’anecdotiques) réponses « Ah ? Il y avait un débat hier soir ? » que j’ai reçues hier soir lors de ma couverture Web du débat pour Maclean’s.

Néanmoins, l’image d’un plateau de télévision flanqué de quatre podiums et de seulement trois chefs de partis — tous dans l’opposition — demeure tout de même marquante. Attendez-vous à entendre et réentendre cette réplique d’Andrew Scheer : « Justin Trudeau ne veut/ne peut pas défendre son bilan. »

Reste à voir maintenant ce qu’en pensera l’électorat. Nous attendons de nouveaux sondages dans les prochains jours. Nous les étudierons et décortiquerons dès leur publication.

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