Féminisme maudit

Maintenant qu’on a bien fait le tour des mots du dictionnaire et qu’on a donné un high five à tous ceux qui brandissaient des épouvantails pour faire peur au monde, qu’est-ce qu’on fait?

Voilà bientôt une semaine qu’on parle de féminisme au Québec. Mais en fait, pas vraiment. Bientôt une semaine, plutôt, qu’on parle de la sémantique et du champ lexical du féminisme. Ça n’a pas fait beaucoup avancer les luttes des femmes, mais on a quand même appris plusieurs choses.

Grâce à mon ami Éric Duhaime, j’ai appris que les gens qui écoutent deux animateurs dire du mal du féminisme à longueur d’année trouvent que le mot «féministe» est péjoratif. Choc et stupeur, je sais.

Duhaime

Partant de ce principe fort amusant de demander l’avis à des gens qui pensent comme moi, j’ai fait un sondage sur Twitter et je suis arrivé à des résultats forts différents de ceux de M. Duhaime.

mon-sondage

En écoutant certains, on a appris que le Québec vit dans la terreur. La province est actuellement sous le joug de dangereuses féministes extrémistes. Des suffragettes enragées mettent le patriarcat à feu et à sang et réclament le droit de voter deux fois aux élections.

Pour conserver son image de femme fréquentable, il faudrait à tout prix renier le terme «féministe» et se détacher de cette branche armée du Cercle des fermières qui court les rues la nuit pour faire la guerre aux hommes.

La guerre aux hommes, oui. C’est la ministre Thériault elle-même qui le dit: «le féminisme est parfois présenté comme un combat mené par les femmes contre les hommes.» (Présenté par qui? C’est la question à 100 piasses.)

En lisant ça, j’ai fait le saut. Tel un esclave noir qui se serait enrôlé avec les Confédérés durant la Guerre de Sécession, je serais donc en guerre contre moi-même? Woah.

Car, oui, je suis féministe. Je l’ai dit souvent. Je le maintiens.

Ça ne veut pas dire que je ne roule jamais des yeux en lisant un texte féministe, ou que j’ai une affiche de Lise Payette dans ma chambre. Je n’ai pas enfilé un costume d’Aurélie Lanctôt à l’Halloween non plus. Et non, je ne vais pas me mettre de rouge à lèvres le 8 mars, parce que je trouve ça un peu débile comme concept.

Le mouvement féministe est vaste et diversifié. Il y a autant de sortes de féminismes qu’il y a de saveurs de Doritos. Et dans les deux cas, je ne suis pas obligé de les aimer toutes. L’important, c’est de croire au point central: le support d’une croustille de maïs dans un cas et l’égalité entre les sexes dans l’autre.

Et pourquoi est-ce le féminisme, et pas l’égalitarisme ou le tout-le-monde-égalicisme? Parce que le sexe qui est moins égal que l’autre, en moyenne, c’est la femme. «Mais les Hommes aussi ont des problèmes!», vous entends-je dire. En effet. Personne ne dit le contraire. Si je dis qu’il neige à Montréal, je ne suis pas en train de nier qu’il neige aussi parfois à Québec.

Refuser le terme féministe parce que quelques «extrémistes» nous déplaisent, c’est comme arrêter d’aimer le hockey parce que Canadiens joue mal cette année.

C’est comme brûler ses vinyles des Beatles parce qu’ils ont laissé Ringo enregistrer Don’t pass me by.

C’est comme dire qu’on devrait fermer Radio-Canada parce qu’une des collaboratrices de Marina trouve qu’un vase avec des crayons collés dessus, c’est un beau cadeau à faire à un prof.

« N’oubliez pas de bien aiguiser les crayons, pour que le prof se blesse. »
«N’oubliez pas de bien aiguiser les crayons, pour que le prof se blesse.»

Dans le cas de Marie-France Bazzo, qui titre Je ne suis pas féministe, moi non plus un texte où elle a pourtant l’air d’expliquer qu’elle est profondément féministe, c’est un peu comme de porter des bas bleus, des jeans bleus, un chandail bleu et un chapeau bleu et de déclarer haut et fort «Je ne suis pas habillée en bleu et c’est mon droit de dire que je ne suis pas habillée en bleu parce que je refuse les étiquettes!»

Un moment donné, il faut appeler un chat, un chat. Pas un «animal», sous prétexte que c’est plus «inclusif» et qu’on connaît un chat qui vomit toujours sur le tapis.

Oui, Madame Bazzo, vous avez déjà croisé une vieille féministe qui vous a reproché vos décolletés. De mon côté, je connais des dizaines de féministes qui se battent pour qu’on parle d’autre chose que de leur décolleté aux femmes qui passent à la télévision.

Pour citer Judith Lussier :

«En somme, être féministe, ça ne veut pas dire grand-chose, sinon adhérer à son dénominateur commun: l’émancipation des femmes ou, si vous préférez, l’égalité entre les sexes. On s’entend sur l’objectif, mais on hésite quant à la manière de l’atteindre.»

S’il y a effectivement de dangereuses extrémistes féministes qui salissent ce mot, est-ce que la solution c’est vraiment de déserter le terrain et de leur laisser le terme à elles toutes seules?

Dans la dernière semaine, plusieurs personnalités influentes avaient la chance de dire à ces femmes-en-guerre-avec-l’Homme que le terme «féministe» ne leur appartient pas exclusivement. La ministre aurait pu être à la tête d’un ralliement des gens sensés. Elle et ceux qui l’ont suivie ont préféré fuir en courant et entrer dans un grand concours de tournage autour du pot, où on essaie de se faire croire que l’on n’est pas quelque chose dont on dit pourtant appuyer tous les éléments centraux.

C’est dommage.

Et maintenant, quoi? Maintenant que tout le monde s’est défini féministe-mais-pas-féministe, féministe-mais-je-veux-pas-qu’on-le-dise et féministe-mais-on-va-dire-humaniste-parce que-je-ne-veux-pas-qu’on-pense-que-je-coupe-des-pénis-dans-mes-temps-libres, maintenant qu’on a bien fait le tour des mots du dictionnaire et qu’on a donné un high five à tous ceux qui brandissaient des épouvantails pour faire peur au monde, qu’est-ce qu’on fait?

Parce que la situation des femmes dans le monde et ici ne s’est pas améliorée pendant qu’on s’obstinait.

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22 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Le terme féministe a tellement mauvaise presse que j’ai souvent entendu dire « je ne suis pas féministe mais… (insérez quelque chose d’absolument féministe ici) »

Au lieu de nous niaiser sur le féminisme, si la VPM du Québec nous disait de quoi elle a souffert cet hiver à la place?
Aux ÉU, on publie chaque année le bulletin de santé des politiciens ainsi que leurs rapports d’impôts. Ici, on ne sait rien ni de leur santé ni de leurs finances
On préfère nous niaiser sur des détails, comme la définition du féminisme

Exact… Bien hâte de voir le dossier complet de PKP moi parce qu’on a déjà eu droit à ceux de Couillard, David et de Legault lors des dernières élections provinciales.

Bizarre que ce ne sont que dossiers des péquistes qui sont obstinément gardés secrets non…?

@François 1 : Commentaire inapproprié et inutile qui relève de l’obsession partisane .

Féministe enragée…

Féministe névrosée…

Le terme de féministe est devenu péjoratif parce que trop associé aux toquées de la FFQ et autres extrémistes qui ne représentent absolument pas les femmes du Québec ou également, trop solidaire des activistes genre Lise Payette.

La polémique a d’ailleurs été créée de toute pièce par des journalistes agents du Parti Québécon et étroitement associés à PKP sur la seule base que l’opinion à l’origine de ce débat a été émise par une Libérale.

Quand c’est rendu que M.-F Bazzo appuie les Libéraux, c’est dire combien le tout est artificiel.

Moi , ce sont les anglicismes INUTILES qui m’agacent : par exemple , votre . Bien à la mode dans
la sphère médiatique montréalaise et pour certaines vedettes , cette expression se dit en français !
Elle a aussi 2 syllabes . . . Un effort ? Pour ce qui est du féminisme , je pense que les excès de certaines
panthères roses radicales , comme à l’UQAM ou à la FFQ ou au CSF , nuisent beaucoup à une certaine idée d’égalité hommes -femmes ,
sans nier la spécificité des uns et des autres . L’histoire de ce mouvement semble oubliée , car la ministre Thériault
n’a personne pour l’inspirer chez les féministes ; pourtant , elle aurait pu sortir du Parlement et aller voir
la statue d’illustres féministes installée près de la Grande-Allée . Ben non ! C’est désolant !

Il est question d’égalité. Point. Le reste, c’est de l’agitation politico-médiatique.

En 1980, au cours de l’entrevue finale pour un poste de conceptrice-rédactrice publicitaire dans une coopérative d’assurance de Montréal, un des 5 VP me demande : «Ça vous embarrasse d’être interviewée par 5 hommes?» Ma réponse, tout sourire : «Pas du tout. Et vous, d’interviewer une femme?» Il poursuit avec : «Êtes-vous féministe enragée?»
Ma réponse, encore tout sourire : «Non, je ne suis pas enragée.»
J’ai commencé le lendemain. Aujourd’hui, je demeure féministe, humaniste, respectueuse, alouette. Mais toujours féministe.

Les extrémistes musulmans sont aussi musulmans. On les distingue en parlant d’extrémistes ou d’islamistes. Avec le féminisme, il n’y a pas cette différence, et plusieurs pensent que ce serait important de la faire, d’où cette tendance à ne pas se dire féministe, mais plutôt égalitariste. Ça prendrait donc une subdivision du langage entre féministe extrémiste et féministe modérée, et cette division se fait avec le terme égalitariste.

Question définition. Comment appelleriez-vous un groupe de femmes qui veulent la suprématie féminine sur l’espèce humaine? Des amazones? Terme désuet. Matriarcat? Peu utilisé en-dehors des relations familiales. Féministe? Ouais!

Pour les hommes, on parle de machos, d’androcentrisme, de patriarcat, de phallocentrisme. On ne met pas les hommes égalitaristes sous le même vocable que ceux qui veulent la domination ou des avantages reliés à leur sexe.

Pour en revenir au féminisme, plusieurs trouvent que les luttes féministes vont trop loin. La discrimination positive en emploi envers les femmes, pour tenter d’avoir autant de femmes que d’hommes dans certains secteurs, en est un exemple. Peut-être devrions-nous avoir un groupe masculiniste qui prêcherait la discrimination positive envers les hommes dans les emplois presque typiquement féminin, comme l’enseignement?

Quant à la FFQ (Fédération des Femmes du Qc), elle est carrément sexiste: aucun homme ne peut en devenir membre, contrairement à l’organisation Pour Des Femmes, une association égalitariste et humaniste où les hommes sont acceptés (mais pas dans le CA).

Je trouve que les personnes qui parlent des féministes enragées sont agressives envers les hommes,les femmes, les féministes. En un mot, ce sont les personnes négatives et non les chercheuses ou les militantes qui investissent leur énergie vers des buts concrets, qui exagèrent.

Equité et complémentarité, ça OUI. Mais tant que le « féministe » cherchera « l’égalité » on pourra se questionner sur sa pertinence et ses luttes.

Pour bien des hommes le mot FÉMINISTE représente un entrave à la bonne relation entre un homme et une femme! Pourquoi? C’ est peut-être les commandos de femmes se disant féministes qui au cours des dernières années n’ ont pas ciblé les bonnes choses! C’ est pourquoi aujourd’ hui même les femmes ne veulent plus s’ associer au mouvement FÉMINISTE par leur manque de crédibilité parmis la population! Alors que les élites se regardent dans le miroir à commencer par Mme Payette!

Bravo Mathieu. Comme d’habitude, c’est à la fois intelligent et drôle, pertinent, et juste assez acéré. C’est toujours un plaisir de te lire.

Je crois que féminisme est sur la même pente que »Musulman » ou la moustache Hitlérienne et va devenir associé à machisme dans le futur comme supériorité du genre féminin. Malheureusement les extrémistes et abuseurs son en train de ruiné une autre belle chose. Après avoir subis les foudres de féministe quand je défendais les femmes de vertus, certaines sont vraiment tout simplement en guerre et vont dire blanc quand tu dit noir ou vice-versa. Ma mère est elle même dans afeas et les fermières, mon père à appris à ne pas répondre sur certaines questions, car c’est tout simplement sans issus parfois.

Vous avez beaucoup à apprendre des femmes. L’humour cache mal votre incompréhension de ce qui cause, maintient et ultimement dégoûte les femmes du sort encore plus insolite que les femmes s’infligent entre elles au nom du féminisme. « Sois féministe et tais-toi » n’offre pas plus d’espoir d’égalité que le traditionnel « sois belle et tais-toi! ». Laissez le féminisme aux femmes car ce n’est que de la récupération aux mains des hommes. Raz-le-bol de ce faux débat sur quarante ans de
carriérisme féminin au nom de…. quel féminisme? Assez pour virer transgenre tellement la femme s’occupe mal d’elle-même au coeur de ses dictats féministes. Le féminisme n’a définitivement pas servi la femme hors des mouvements incestueux des communications, de la télévision et des grands courants professionnels. L’égalité n’existe pas entre hommes, entre femmes et non plus entre hommes et femmes mais la féminité n’appartiendra jamais aux hommes….. féministes ou pas. 25 ans de travail auprès des femmes, maman de six filles et soeur de trois autres avec la responsabilité du payroll et l’implantation de l’équité salariale derrière la cravate me font douter du féminisme du dictionnaire.

Effectivement Diane. Lorsque je parle avec les femmes et que je dis qu’il est correct de pouvoir choisir un mode familial plus traditionnel. Que c’est un apport, entre autre, du féminisme (il n’y a pas que les femmes qui ont contribué à changer la société, contrairement à ce que beaucoup de féministes véhiculent comme idée).

Mais il n’a a pas de progrès d’avoir sotie les femmes d’un carcan pour aller les mettre dans un autre carcan, Et la majorité de celles-ci acquiescent. La liberté, c’est d’avoir le choix.

Le problème avec le féminisme actuel est que, celui qui prend toute la place, en fait que critiquer tout en étant totalement imperméable à la critique. Encore une fois, je comprend la ministre de ne pas vouloir s’associer à ça. Elle a dit tout haut ce que bien des femmes (et des hommes) pensent.

Je suis d’accord avec vous, M. Charlebois, votre humour est excellent. J’aimerais même porter une attention particulière sur un élément que vous avez abordé : les hommes aussi vivent des discriminations. Entre elles, on retrouve souvent des insultes relatifs à la femme. On a tous déjà entendu ces phrases: « Fais un homme de toi », « Les hommes ne pleurent pas », « Tu joues comme une fille », etc. au moins une fois. Le lot d’insultes quotidien lancé aux jeunes et moins jeunes garçons est le reflet d’une société patriarcale ancrée dans des valeurs sexistes qui accusent la femme d’être faible et l’associent à toute action montrant un signe d’impuissance. L’homme ne peut, dans aucun cas, présenter des caractéristiques de faiblesse (ou d’humanité, tout simplement) puisque l’homme ne pourrait jamais se rabaisser à un niveau aussi inférieur que celui du genre féminin, paraît-il. Le féminisme n’est pas un caprice féminin qui se bat pour des causes inutiles. En 2015, cette idéologie qui prône l’égalité est encore un mouvement plus que nécessaire pour reconstruire ces mauvais fondements qui constituent une société actuelle mal orientée.

Être féministe c’est respecter autant l’homme que la femme. C’est être dans le camp des gens qui prônent l’égalité des deux sexes. À quoi bon critiquer les féministes qui ne dérangent pas et s’acharner sur eux? (Je ne parle pas ici des femmes et des hommes féministes enragés qui manifestent de façon violente, mais bien de gens respectueux.) Comme l’a si bien dit Mathieu Charlebois, durant le temps que l’on s’obstine sur ce
mot qui semble faire peur à plusieurs, la condition des femmes ne s’améliore pas pour autant… Agissons au lieu de s’obstiner!