Femmes autochtones tuées ou disparues : déplorable indifférence

Le chiffre a eu l’effet d’une bombe : ce ne sont pas 600 ou 800 femmes autochtones qui ont été tuées ou qui sont disparues depuis les 30 dernières années au Canada, mais environ 1 160. Une bombe, néanmoins, dont on ne parlait déjà plus trois jours après l’annonce de cette nouvelle, dit Manon Cornellier…

Shannon Thunderbird's glasses sit on the "All one People" drum awaiting the next group of students.
Photo : Toronto Star via Getty Images

Le chiffre a eu l’effet d’une bombe. Ce ne sont pas 600 ou 800 femmes autochtones qui ont été tuées ou qui sont disparues depuis les 30 dernières années au pays, mais environ 1 160. On parle de 1 000 assassinats et de 160 disparitions, les deux tiers suspectes, selon un relevé fait par la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
Politique

Une bombe ? Mais dont on ne parlait déjà plus trois jours plus tard. Trop de nouvelles, pas assez d’espace.

Et pourtant ! Comme le faisait remarquer le chef du NPD, Thomas Mulcair, quand les chiffres sont sortis le 1er mai, si autant de femmes étaient rapportées tuées ou disparues dans la région d’Ottawa-Gatineau — dont la population est à peu près équivalente à la population autochtone —, on s’empresserait de faire la lumière sur cette histoire.

Mais voici tout ce que le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, a trouvé à répondre : «Si le chef de l’opposition officielle veut vraiment changer les choses, je l’invite à appuyer le budget du gouvernement conservateur de 2014, qui prévoit un montant de 25 millions de dollars pour une stratégie visant à s’attaquer précisément à l’enjeu des femmes autochtones disparues ou assassinées».

Et d’ajouter, peu après, qu’il était fier «en tant que père» d’avoir «appuyé plus de 30 mesures visant à rendre nos rues plus sûres, notamment en prévoyant des peines plus sévères en cas de meurtre, d’agression sexuelle et d’enlèvement».

Peu importe le mérite des mesures qu’il propose, elles ne répondent pas aux questions fondamentales que bien des gens se posent. Pourquoi ces drames se répètent-ils ? Pourquoi les femmes autochtones semblent ciblées ? Et pourquoi ces crimes ne sont pas, pour une bonne part, résolus ?

Les femmes autochtones représentent 4 % des femmes canadiennes, mais 16 % des femmes assassinées et 12 % des femmes disparues. C’est la GRC elle-même qui le dit. Une proportion équivalente de femmes blanches subirait le même sort que ce serait le branle-bas de combat.

Qu’a peur de découvrir le gouvernement fédéral ? Des faux pas ? Des bavures ? Une discrimination systémique de la part de la GRC, qui agit comme police provinciale dans les provinces de l’Ouest — où la très grande majorité des meurtres et des disparitions ont eu lieu ?

Il n’y a pas de raisons logiques derrière ce refus de faire la lumière sur les causes de cette tragédie. Les provinces ont demandé une enquête, tout comme les organisations autochtones, inuites et métisses, de même que les groupes de femmes, Amnistie Internationale, Human Rights Watch (HRW)…

Dans son rapport final, la commission d’enquête sur l’affaire Pickton, mise sur pied par le gouvernement de Colombie-Britannique, a elle aussi recommandé la création d’une commission d’enquête publique sur le cas précis des femmes autochtones.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a évoqué ce drame dans ses deux derniers rapports d’examen périodique de la situation au Canada. Dans celui de l’an dernier, plusieurs pays, dont la Norvège, la Suisse, l’Irlande et la Nouvelle-Zélande, ont recommandé l’adoption d’un plan national d’action ou la mise sur pied d’une commission d’enquête. Le Canada a rejeté les deux.

Le gouvernement n’a cédé qu’un pouce lors de la mobilisation autochtone de l’hiver 2013, et après la publication d’un rapport dévastateur d’Human Rights Watch sur le traitement réservé aux femmes autochtones par la GRC dans le nord de la Colombie-Britannique. Il a accepté la création d’un comité parlementaire spécial sur la violence faite aux femmes autochtones — un comité qui n’a fait que répéter ce que celui de la condition féminine avait fait avant lui, deux ans plus tôt (et sans que le gouvernement ne daigne répondre à son rapport).

Ce comité spécial a rendu son rapport en mars, et la majorité conservatrice a vu au grain. Elle a écarté, malgré la demande presque unanime des témoins, l’idée d’une commission d’enquête, ne proposant que le statu quo (ou presque).

Le seul et mince espoir qu’il reste pour faire un peu la lumière sur toute cette affaire est la Commission des plaintes du public contre la Gendarmerie royale du Canada (CPP), à qui le gouvernement a transmis le rapport de HRW. Elle a entrepris l’analyse de 100 000 dossiers des détachements du nord de la Colombie-Britannique. Toutefois, ses conclusions, attendues d’ici un an, porteront exclusivement sur la conduite de certains membres de la GRC.

Cela ne peut être un substitut à une commission d’enquête, avec l’argent, les ressources en matière de recherche et les pouvoirs étendus qui viendraient avec.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Votre chiffre n’a nullement l’effet d’une bombe et ne DOIT PAS l’avoir. Vous faites du sensationnalisme de pacotille.

Le meurtre de femmes autochtones est un phénomène qui touche 0.008 % des femmes autochtones. Nous sommes loin d’une épidémie exigeant une commission parlementaire.

Ce taux de meurtres est élevé MAIS correspond aux « standards » déplorables que la communauté autochtone nous a obligé à accepter: 3 fois plus d’infection au VIH, 3 fois plus d’agressions sexuelles, 3 fois plus de diabète, 3 fois plus d’enfants, 5 fois plus de signalements à la DPJ que chez les non autochtones.

Vu ce contexte toxique, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il y ait 3 ou 4 fois plus de meurtres de femmes chez les autochtones? C’est le contraire qui aurait été surprenant et aurait l’effet d’une bombe.

Vous devriez vous scandaliser plutôt du mode de vie parasitaire des autochtones et de leur refus de la modernité (je parle en MOYENNE, bien sûr). C’est ça que les autochtones doivent réviser de fond en comble. C’est ça qui est sans doute la cause des mortalités excédentaires que vous déplorez de manière cependant fort démagogique.

Se concentrer sur la criminalité envers les femmes autochtones ne sert à rien. C’est un peu comme se concentrer sur une des 10 métastases d’un patient cancéreux. C’est inutile. Il faut ou bien attaquer le cancer en soi ou laisser le patient mourir. Se scandaliser d’une métastase et essayer de l’enlever ne changera RIEN à l’état du patient.

Note: tous les chiffres que j’ai donnés sont aisément vérifiables et fort connus.

Votre constat M. Simon me glace le sang tout véridique qu’il soit!
Il demeure que le meurtre de ses femmes ni les autres maux de cette population ne devraient être admis comme une résultante impossible à contrecarrer.
Ne pas intervenir parce que le milieu toxique ne permet pas l’extermination de lensemble des plaies m’apparait dépourvu de sens.
Si tel était le cas, beaucoup d’aide humanitaire serait inutile et dérisoire.

Monsieur, votre façon de rassembler dans une même phrase les Premières Nations et un cancer est choquante.
Quant à votre évocation du « mode de vie parasitaire des autochtones », c’est une insulte faite à l’humanité. Les immigrés, dans ce pays, c’est vous. Et vous n’avez pas su vous adapter au mode de vie autochtone, justement. Une intégration ratée dont vous prenez prétexte pour vous sentir supérieur…

Parasitaires ! Sur un autre blogue, vous écriviez qu’ils étaient nuisibles jusqu’à être dangereux parce qu’ils avaient trop d’enfants. Ce style de langage me rappelle trop un personnage historique qui avait le même vocabulaire lourd de menaces. On connait la suite de l’histoire.

Votre commentaire, Simon Picotte, en est un qui fait que j’ai honte d’être de la même « race » que des gens comme vous. Je vous invite à visionner le documentaire « Le peuple invisible » ne serait-ce que pour donner un peu d’humanité à votre discours.

Merci beaucoup pour cet article Mme Cornellier!

Voici le traitement que notre MInistre de la justice au Canada, Procureur général du Canada et avocat (Laywer) Peter Mackay a réservé au rapport qui parle justement de ces enlèvements et de ces meurtres de femmes autochtones … il l’a lancé et jeté par terre avec dédain …
https://www.youtube.com/watch?v=AuBHQAmfMfg
Il n’y a vraiment pas de quoi à être fière!! Et après ça, ils disent qu’ils travaillent pour le peuple, pour la justice, …. et ils veulent qu’on les respectent et qu’on les appelle Honorable …!!!???

Voir l’Épisode 16 – Le scandale des pensionnats indiens de l’émission « L’union fait la force! Ensemble, brisons la loi du silence! sur Douteux.TV! »
http://douteux.tv/archives/id_emission-62

Et le très touchant vidéio clip Mamitunenitamun de Chloé Sainte-Marie
https://www.youtube.com/watch?v=Rx9wkRcj-vo&feature=youtu.be

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=249509231918339&set=a.141530959382834.1073741828.100005777919106&type=1&theater

Oserait-on se demander pourquoi la population autochtone est sur-représentée dans les prisons, le décrochage, les maladies, l’analphabétisme ? L’envahisseur blanc y est certainement pour quelque chose. Continuons de nous fermer les yeux. Continuons de les maintenir dans la dépendance. Les autochtones sont ce que nous en avons fait.

Le commentaire de Simon Picotte représente assez bien l’approche du gouvernement Harper face à la question des peuples autochtones au Canada. C’est une approche fondée sur les stéréotypes et le mépris et on espère « régler le problème » de cette manière, en cachant les conséquences tragiques du colonialisme canadien envers ses premiers peuples. On ne se pose pas de questions à savoir pourquoi cette tragédie s’est produite et ce qui fait que les femmes autochtones sont plus vulnérables que les autres. Il faut se tourner vers l’étranger pour se rendre compte que la situation est inacceptable et que c’est notre responsabilité à tous de faire les efforts nécessaires pour rétablir la situation. D’ailleurs le rapporteur spécial sur les peuples autochtones des Nations Unies, M. James Anaya va produire son rapport sur le Canada très bientôt mais on sait déjà qu’il a été bouleversé par la situation des femmes autochtones alors que quand il est venu, l’ampleur du désastre n’avait pas encore été complètement appréciée; on peut s’attendre à des commentaires assez précis sur cette situation.

Mais évidemment, nous sommes parfaits et n’avons rien à apprendre de la communauté internationale, n’est-ce pas M. Picotte? (sarcasme) Malgré le fait que le droit international, la déclaration des NU sur les droits des peuples autochtones (que le Canada a finalement signée) et même les décisions de notre propre Cour suprême, les droits de ces peuples sont tout simplement ignorés ici. Si on faisait une Commission d’enquête on se rendrait compte que la police ne fait souvent pas d’enquête sérieuse sur ces tragédies – d’ailleurs la Commission Oppal de CB l’a démontré assez éloquemment pour ce qui est des corps de police de la région de Vancouver (ce qui comprend la GRC). Les stéréotypes sont toujours très forts et bien vivants, que ce soit au Québec ou ailleurs au Canada, alors que la réalité est toute autre mais ça, les amis du PM Harper n’en parlent pas (surtout qu’on ne peut même plus se fier sur le recensement qui n’a plus de validité sur le questionnaire long et qui constitue souvent la seules source statistique « fiable » en la matière).

Pourquoi le gouvernement Harper ne veut rien entendre pour une Commission d’enquête? Parce que premièrement, il ne veut pas que la vérité et la réalité soient connues des Canadiens et de la communauté internationale et, deuxièmement, parce que de toutes façons ils n’ont aucune intention de se conformer aux recommandations d’une telle Commission. L’exemple vient du passé alors que la grande majorité des recommandations de la Commission royale sur les peuples autochtones de 1996 a été carrément ignorée par les gouvernements libéral et conservateur successifs. Le gouvernement Harper a poussé l’odieux à ignorer complètement l’accord de Kelowna que le gouvernement précédent avait négocié avec les provinces, les territoires et les représentants des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Le passé étant garant de l’avenir, on sait d’où viennent les néo-conservateurs.

Le niveau de censure sur ce blogue est renversant. On m’empêche de répliquer à qui que ce soit. Cinq commentaires bloqués depuis 24 h.