Festival 1812

L’histoire n’est pas neutre, surtout pas la façon de la raconter. Et à voir le ton sur lequel le gouvernement Harper a lancé son grand projet de célébrations du 200e anniversaire de la guerre de 1812, on comprend que l’intention va au-delà de l’évocation d’un épisode méconnu de notre histoire. Tout sent l’opération de redéfinition des symboles canadiens dans le sens de la nostalgie conservatrice pour un Canada attaché à ses racines britanniques, monarchiques et militaires.

Après l’arrivée des portraits de la Reine dans les ambassades, le retour des noms à consonance royale de la marine et de l’aviation, l’annonce d’un projet de loi menaçant d’emprisonnement quiconque empêcherait un citoyen de hisser le drapeau, on veut maintenant nous convaincre que le Canada ne serait pas ce qu’il est si ses militaires, miliciens et autochtones n’avaient pu repousser la supposée invasion américaine de 1812.

«Cette guerre a jeté les bases de ce qu’allait devenir le Canada, c’est-à-dire un pays indépendant et libre, uni sous la Couronne et respectueux de sa diversité linguistique et ethnique», lit-on dans le communiqué du ministère du Patrimoine. La fiche d’information qui l’accompagne va encore plus loin. On y affirme que «si la guerre de 1812 s’était terminée autrement, l’identité francophone du Québec n’existerait pas et l’histoire des peuples autochtones du Canada aurait été profondément transformée». Il semble que le ministère ait lui-même oublié quelques pans de notre histoire. Du genre rapport Durham, révolte des Patriotes, Loi sur les Indiens et j’en passe.

La lecture historique de cette guerre n’est pas la même pour tous, comme en témoigne l’historien Robert Comeau, dans les pages du Devoir. Selon lui, ce projet d’invasion qu’on attribue aux Américains n’a jamais existé. Le chroniqueur Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, qui parle d’une guerre stupide, menée sous de piètres généraux et sans objectifs clairs, rappelle qu’elle divisait les deux pays et que bien des gens espéraient la victoire de l’adversaire. Et lui aussi note que les Américains sont entrés en guerre contre l’Empire britannique pour répliquer contre des atteintes à leur souveraineté.

Le gouvernement n’en a que faire et il met le paquet. Quatre ans de festivités, quelques dizaines de millions de dollars et «une campagne de sensibilisation pancanadienne axée sur l’importance de la guerre de 1812 dans l’histoire du Canada». Comme le dit si bien Simpson, commémorer cette guerre risque fort de se transformer en opération de propagande nationaliste canadienne plutôt qu’en exercice pédagogique utile.

Pour se donner une idée de l’image que les conservateurs se font et cherchent à imposer du Canada, on n’a qu’à consulter la liste d’événements que le gouvernement entend souligner au cours des prochaines années, en plus de la guerre de 1812. Un méli-mélo révélateur. Il y a l’incontournable 150e anniversaire du Canada en 2017, le jubilé de diamant de la Reine, le 100e anniversaire de la coupe Grey (!?), le 200e anniversaire de naissance de Sir John A. Macdonald, le 100e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy, le 75e anniversaire de la bataille de Dieppe et le 25e anniversaire de l’Accord de libre-échange nord-américain.

(Un des activités prévues est un concours de rédaction pour les élèves du secondaire. Il sera intéressant de voir ce qu’en pensera le gouvernement du Québec et s’il sera intéressé à voir utiliser dans les écoles le matériel pédagogique promis par Ottawa.)

Le gouvernement a créé un site sur la guerre de 1812. Vous le trouverez ici.

Laisser un commentaire

Robert Comeau place comme il se doit la guerre de 1812 dans son contexte qui est celui des guerres napoléoniennes, s’il n’y avait pas eu de blocus maritime contre la France, il n’est pas évident qu’il y aurait eu cette guerre contre les américains. Qui plus est, c’est surtout une guerre menée par l’Empire britannique qui a vu l’opportunité de prendre une revanche sur les américains, les punir d’avoir combattu la Couronne pour ainsi proclamer leur indépendance.

Nonobstant, il faut se replacer dans l’époque, relever qu’il y avait aussi en ces temps diverses formes de propagandes. Le Bas Canada était majoritairement catholique, certaines populations aborigènes avaient été converties au catholicisme. Le clergé entretient l’image des américains perçus comme des « diables » de protestants auxquels il faut résister pour protéger la Sainte mère l’église. Comme le catholicisme est intimement lié au fait français on peut estimer que cela renforce les liens des « canadiens français » avec le reste du Canada qui tous se sont unis dans une cause commune, celle de protéger leurs frontières.

Cette guerre fut t’elle importante pour solidifier l’unité canadienne, établir la cohérence entre les deux Canada ? Poser le ferment de la constitution de 1867 ? Ce n’est pas impossible.

Si ce n’est que ce qui est toujours irritant, c’est ce recouvrement de l’histoire mené par le Parti Conservateur ; une forme de récupération dont on pourrait relever l’effet en empruntant ces mots au langage psychologique, concevant que cette amalgame évènementiel, ce smörgasbord de commémorations pourraient être perçus somme toute comme quelque peu édulcorés de caractéristiques obsessives compulsives.

Ce genre de reconquêtes ne sert que très partiellement la science historique car l’histoire appartient à tout le monde. Mais j’y pense, comme le point d’orgue de toutes ces longues et passionnantes festivités se tient en 2017, c’est dire que nos gouvernants sont en confiance de tenir encore « le Fort » à pareille date… 🙂

Depuis quelque semaines, le gouvernement Harper nous présente toutes sortes d’initiatives insignifiantes.

Je me demande où ils veulent en venir?

Serait-ce simplement de détourner notre attention d’enjeux autrement plus « délicats »?

Durant la campagne électorale leur programme se résumait en trois mots: économie, économie, et économie. Depuis leur élection, ils parlent de tout, sauf d’économie!

Oups, j’exagère un peu. En fait, ils travaillent avec acharnement à protéger la reprise économique. Sur le dossier d’Air Canada, ils y ont mis leurs meilleurs gourous économique!

Tant qu’à faire de l’histoire, on pourrait aussi passer sur:
– les guerres amérindiennes des colonisateurs
– le référendum truqué sur la confédération
– les émeutiers canadiens anglais qui ont brûlé le parlement de Montréal parce que le élus avaient décidé de dédommager les québécois lésés pendant la révolte de 1837
– etc.

Le Canada, c’est une colonie de second rang qui s’est vue affranchie quand l’empire britannique n’avait plus d’intérêt économique à continuer à la conserver. Un « débrouillez-vous tout seul! » parce qu’on était plus rentable… On ose en faire une fierté!

Sauf dans l’hymne national, le Canada n’est pas glorieux et je vous enjoins à comparer l’hymne canadien avec la Marseillaise, le Star Spangled Banner ou l’hymne Russe de l’URSS. On comprend toute la mesure du passé glorieux de ces pays et de leur efforts pour s’affranchir des forces qui empêchaient leur développement.

Le Canada, c’est une excuse pour un pays. Un trop grand territoire, pas de cohésion culturelle, pas de distinction d’avec son voisin du sud et un gouvernement qui veut se rapprocher de l’ancien colonisateur. Nostalgie pathétique d’un gouvernement qui ne sait comment gouverner pour le bien du peuple et cherche à attirer l’attention ailleurs que sur ses actions concrètes.

Bonjour,
Pour une fois, bravo au Gouvernement Conservateur ainsi qu’à Monsieur Steven Harper. Spécialement pour le Québec, un peu d’éducation sur le plan de l’Histoire Canadienne ne fera pas de torts. Au plaisir, John Bull.

Le gouvernement Harper, comme il aime se faire appeler, est définitivement sur la route du patriotisme Canadien avec la commémoration de la guerre de 1812. Les historiens anglophones sont presqu’unanimes à dire que cette soit disant guerre était un grand moment d’histoire Canadienne. Les autochtones ont particulièrement été floués dans cette affaire et tous les historiens intéressés par cet événement savent que les Amérindiens ont joués un rôle incommensurable dans cette »victoire ». Et les Britanniques n’ont pas tenu parole auprès du Chef autochtone qui devait recevoir un gros territoire en guise de reconnaissance pour avoir repoussé les miliciens Américains.
Décidément, les gagnants de conflits ont toujours le loisir de fabuler à leur guise!
1812, quelle histoire?

Il est grand temps que notre gouvernement national déploie le flambeau de notre appartenance au beau et grand Canada et que l’on cesse de dépendre des historiens séparatistes pour transmettre LEUR interprétation de notre histoire.

BRAVO à Stephen Harper et à toute son équipe.

La guerre? Yes Sir!

je suis certain que monsieur Bulle et François 1 vont apprécier cette mise au point de l’Éditorialiste du Droit monsieur Pierre Allard qui écrit notamment en conclusion de sa démonstration :

«Alors qu’on arrête de nous casser les oreilles avec un faux discours patriotique fondé sur une interprétation pour le moins tendancieuse du passé.

Qu’on souligne les grands événements historiques, y compris la guerre de 1812, soit. Mais pas en réécrivant les manuels d’histoire.»:

http://www.cyberpresse.ca/le-droit/opinions/editoriaux/pierre-allard/201110/13/01-4457014-1812-parlons-en-.php