Fin de session à Ottawa : Harper, le grand perdant

À la Chambre des communes cet automne, Stephen Harper a, pour une rare fois, paru vulnérable, analyse Manon Cornellier. Son avenir a commencé à alimenter les conversations de coulisses, sans compter que le mécontentement des députés et, surtout, de ses partisans, a transpiré. 

Les partis fédéraux ont décidé, mardi dernier, de suspendre les travaux de la Chambre des communes — trois jours plus tôt que prévu —, et ce, jusqu’au 27 janvier prochain.

Voilà qui nous vaut une session automnale bien courte. Elle n’aura duré que sept petites semaines, la prorogation lui ayant amputé quatre semaines de séance.

L’opposition ne voyait plus l’utilité d’étirer la sauce jusqu’à vendredi et les conservateurs, eux, avaient hâte que le supplice finisse.

Parce que ce fut un supplice pour eux. Le scandale au Sénat a tout éclipsé.

Le discours du Trône, qui n’a pas fait l’objet d’une seule heure de débat, a vite été oublié. L’accord commercial conclu avec l’Union européenne n’a pas réussi à garder la vedette plus qu’un jour ou deux.

Des dossiers importants ont été escamotés, au grand plaisir du gouvernement dans certains cas : la conférence internationale sur les changements climatiques, le rapport du vérificateur général sur la sécurité ferroviaire, le rappel des aliments et les mesures d’urgence sur les réserves, le sort réservé aux anciens combattants, le piteux état de l’accès à l’information…

Il n’y en avait que pour l’affaire Wright-Duffy. Le gouvernement ne s’est pas aidé en forçant la suspension des trois sénateurs Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau. Il les a ainsi poussés à sortir de leur réserve, provoquant un psychodrame qui a duré quelques semaines et permis au sénateur Duffy de faire des révélations embarrassantes.

Ce n’était pas fini. Les trois sénateurs avaient tout juste pris la porte de sortie que la GRC lançait un nouveau pavé dans la mare avec cette déclaration assermentée exposant à la vue de tous les tractations qui avaient eu cours au sein du bureau du premier ministre pour sauver les apparences et camoufler la vérité dans le dossier Duffy.

Là encore, le premier ministre et ses acolytes n’ont pas aidé leur cause en optant pour l’obstruction. M. Harper a répondu du bout des lèvres à quelques questions, mais en tentant d’imposer sa lecture des événements, il en est venu à se contredire sur le traitement qu’il avait réservé à son ancien chef de cabinet, Nigel Wright. Et la plupart du temps, il a préféré esquiver et répéter en boucle la même réponse, peu importe la question. Il a donné l’impression d’avoir quelque chose à cacher ou quelqu’un à protéger. Ce qui a affecté sa crédibilité.

Pour une rare fois, il a paru vulnérable. Son avenir a commencé à alimenter les conversations de coulisses. Le mécontentement des députés et, surtout, de ses partisans, a transpiré. Certains ministres — Jason Kenney et Maxime Bernier en particulier — se sont permis de dévier du message imposé par le bureau du premier ministre.

Parce qu’il a poussé le premier ministre dans ses derniers retranchements avec ses interrogatoires minutieux, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair s’est imposé comme LE parlementaire, s’attirant éloges et encouragements. On pourrait dire qu’il sort grand gagnant de cette session. Mais cela n’est vrai qu’à moitié.

Sa cote personnelle a augmenté à travers le pays et au Québec, mais cela ne se traduit pas par une remontée dans les sondages. Une énigme que ses stratèges aimeraient bien résoudre.

Son parti est toujours derrière les libéraux dans les intentions et ne parvient pas à s’imposer comme la solution de rechange aux conservateurs. C’est, du moins, le message retenu des quatre élections partielles de novembre, durant lesquelles seul le PLC a augmenté ses appuis partout.

Le chef libéral Justin Trudeau, qui ne brille pas aux Communes et qui s’en absente volontiers — ce dont il a dû se défendre durant son bilan de fin de session, mercredi — profite encore de son pouvoir d’attraction, qui n’est pas fondé sur ses idées, mais sur son charme et sur l’impression qu’il fait la politique différemment.

Sa recette fonctionne, à en croire ses résultats électoraux et ses appuis dans les sondages. Mais son parti tient son congrès politique en février, ce qui le forcera à accoucher d’un canevas un peu plus étoffé. On verra alors s’il résiste à l’examen.

Les conservateurs, malgré leurs airs de bravade, terminent cette session ébranlés. M. Harper aussi. Mais le pire pour eux est que ce n’est pas terminé. L’opposition promet de revenir à la charge à la fin janvier, quand les travaux reprendront. Et il y a toujours ces enquêtes policières qui peuvent réserver des surprises, tout comme l’examen des dépenses des sénateurs qu’a entrepris le vérificateur général.

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Les chances de Mulcair de devenir PM sont pour ainsi dire nulles, pour la simple et bonne raison qu’on doute de sa loyauté envers le Canada à l’ouest du Québec. Qu’il soit doué à lancer de la boue ne suffira pas à sauver Mulcair. C’est pourquoi je dirais que c’est lui le grand perdant, vu que Harper a encore de bonnes chances de rester PM en 2015.

Quoiqu’il en soit, votre « impayable » collègue Stéphane Gobeil voit toujours dans sa « boussole » Stephen Harper grand gagnant des élections de 2015. Moi, je veux bien croire dans tout ce qu’on veut, si ce n’est que rien n’indique que Stephen Harper ne soit pas arrivé à une période de sa vie où il soit en phase pour passer à autres choses.

On parle beaucoup de Nelson Mandela ses temps-ci quand son exemple comme homme d’État devrait être médité par plus d’un dirigeant de bien des nations du monde. C’est tout simplement qu’il ne s’est pas accroché au pouvoir, malgré sa popularité, il n’a accompli qu’un seul mandat à la tête de l’Afrique du Sud, puis laissé le soin de prendre soin de l’État à d’autres.

Il y a pour les politiciens et les hommes (ou femmes) publics de tous horizons, d’autres façons de se rendre utile et de se faire apprécier de ses concitoyens que de se tenir invariablement au pouvoir dans l’État. Lorsqu’on choisit de vivre en démocratie, on devrait aussi choisir de servir et non pas d’exercer le pouvoir exclusivement. Autrement alors, ce n’est plus de la démocratie.

Relativement à monsieur Mulcair, la question est bien de savoir, s’il est apte à diriger le Canada. Une personne peut détenir tous les talents et toutes les qualités du monde et ne pas être taillée pour accomplir certaines jobs. Je pense qu’on a tendance à mettre un peu trop de côté le fait qu’un chef d’État dépense une part considérable de son temps dans la diplomatie. Un dirigeant est le porte étendard du peuple et des peuples qu’il représente. Il doit être non seulement la voix, il doit être le physique de celles et ceux qu’il personnifie.

Monsieur Mulcair n’a pas le physique d’un Obama par exemple. Hors qu’on le veuille ou pas, Obama l’a encore montré récemment au stade de Soweto, il représente les américains avec esprit et avec brio. Nous ne devons pas sous-estimer la qualité de notre représentation nous aussi les canadiens. Un bon politicien doit aussi savoir prononcer des discours unificateurs et ne pas être seulement soit un comptable ou soit un procureur.