Fin d’une affaire gênante pour le Barreau

La médiatisation s’est taillé une place enviable dans le système judiciaire québécois au fil des décennies.

Lu Chan Khuong, Jean-Francois Bertrand.  Jacques Boissinot / La Presse Canadienne
Lu Chan Khuong (Photo : Jean-Francois Bertrand. Jacques Boissinot / La Presse Canadienne)

La juge à la retraite de la Cour d’appel, Louise Otis, était bien seule lorsqu’elle a lancé le premier projet pilote de médiation intégrée dans les tribunaux, en 1997. L’initiative, d’abord regardée de haut, a fait des petits. Aujourd’hui, la Cour du Québec, la Cour supérieure et la Cour d’appel offrent toutes des services de médiation.

Ce mode de résolution alternatif des conflits permet d’éviter les coûts et les délais d’un procès et les souffrances qui accompagnent cet exercice laborieux.

Et surtout, la médiation permet de redorer l’image ternie de la profession d’avocat. Les avocats sortent généralement riches des litiges qui épuisent les parties, mais ils en sortent perdants au tribunal de l’opinion publique.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, s’est réjouie mardi du dénouement du litige entre la bâtonnière Lu Chan Khuong et son conseil d’administration. Mme Khuong a démissionné de son poste pour être remplacée par Claudia Prémont, qui est, comme elle, une avocate de Québec. Dans la mesure du possible, le conseil respectera le «programme» en vertu duquel Me Khuong a été élue, en mai dernier, avec 63 % des voix.

«Ça démontre l’importance des modes alternatifs de résolution des conflits», a dit la ministre Vallée. L’exemple ne pouvait être plus mal choisi. L’affaire Khuong dénature la médiation. Le dénouement de cette saga estivale tient davantage à une accumulation des contraintes sur Me Khuong et le Barreau que de leur foi dans la médiation.

Me Khuong a perdu la première manche quand la Cour supérieure a refusé de la réintégrer sur le champ. Et le conseil d’administration subissait la pression de ses membres, de la magistrature et de sommités de la profession qui trouvaient cette crise plutôt gênante. Le pourrissement du conflit n’était pas à l’avantage des parties, disons.

S’ils avaient voulu donner l’exemple, l’avocate et le conseil d’administration auraient tout de suite envisagé la médiation, au lieu d’attendre un mois avant d’accepter la main tendue du juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland. Me Khuong n’aurait pas poursuivi les membres du conseil d’administration, et ceux-ci n’auraient pas cherché à l’accabler de honte en évoquant une deuxième affaire de vol à l’étalage allégué concernant la bâtonnière.

Le scénario, j’en conviens, est celui d’un monde idéal dans lequel les avocats cherchent à régler les conflits en amont, avant qu’ils ne dégénèrent en pénibles guerres de tranchées.

Le bras de fer brutal, bête et classique qui a opposé la bâtonnière et le Barreau, a fait reculer la profession. Ils ont donné l’impression d’être une bande de querelleurs se foutant royalement des intérêts supérieurs de la profession. Ils se sont comportés comme des adversaires politiques plutôt que les administrateurs d’un ordre professionnel.

Me Khuong a bien mal géré le début de cette crise, en se disant victime d’un complot et en poursuivant le conseil. Elle a pris la bonne décision en quittant ses fonctions. Le lien de confiance entre elle et son conseil était irrémédiablement brisé. Isolée, elle n’aurait pas pu mener son programme à terme en raison de l’antagonisme ambiant.

Me Khuong est «une personne perturbée» pour reprendre l’expression de l’ancien premier ministre Bernard Landry. Le Barreau est un organisme tout aussi perturbé, précise-t-il avec justesse.

Le conseil a agi dans la hâte et la précipitation en suspendant Me Khuong de son poste pour la durée d’une enquête interne, lorsque La Presse a révélé qu’elle avait bénéficié du Programme de traitement non judiciaire des infractions criminelles commises par des adultes, en 2014, pour le vol à l’étalage de deux paires de jeans. Ces administrateurs, qui demeurent tous en poste, ont leur part de torts. Ils n’ont pas su mettre les intérêts de la profession au-dessus de leurs émotions du moment.

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Je n’ai pas encore lu votre article…. Mais, de prime abord, j’ai buté sur le 4ème mot de son sous-titre : « s’est taillée »… Verbe pronominal, certes, le « se » est bien situé avant le verbe… Oui, mais le participe passé ne s’accorde toujours pas au féminin, parce que le complément direct, ce n’est pas le « se », mais bien la « place enviable »…. complément qui est bien situé après le verbe…. Le « se » veut bien dire ici « à elle-même », complément indirect.

Ah, la langue française est pleine de pièges, comme celui-ci, qui est bien plus gros, en fait : en toute logique de la langue, ne devrait-on pas dire : « La médiatisation s’a taillé une place… », puisque « tailler » est un verbe d’action, et non d’état… Mais allez dire ça à la Cour de Louis XIV, pour laquelle l’usage de cet auxiliaire « avoir » faisait tellement « petit peuple » ! tellement vulgaire… L’auxiliaire « être » sonnait tellement mieux à leurs « délicates
oreilles »…. et pourquoi donc, au juste? Un peu snobs, les gens de cette Cour? En tout cas, la Révolution a « oublié » de débarrasser la langue de ce non-sens…