Financement de la santé : danger pour la génération montante

Pour favoriser une « équité intergénérationnelle » en santé, Force Jeunesse propose trois recommandations, dont la création d’un comité d’experts afin de réfléchir au financement des soins de santé et l’épargne de sommes suffisantes pour renforcer son budget à long terme.

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Le gouvernement du Québec doit utiliser ses surplus budgétaires pour mettre de l’argent de côté s’il veut être en mesure d’offrir des soins de santé de qualité aux futures générations. Si rien n’est fait pour mieux planifier les dépenses en santé, la situation deviendra intenable pour les finances de l’État, affirme l’organisme Force Jeunesse dans une nouvelle étude intitulée Pour un engagement intergénérationnel en santé.

Le constat est froid et lucide : le Québec doit prendre des décisions difficiles dès maintenant.

« L’impact du vieillissement de la population sur les dépenses en santé aura un effet dramatique sur les finances publiques », écrivent les auteurs Jérôme Turcotte, Claude Ferguson, Olivier Jacques et Léa Gamache. « Si rien n’est fait, les générations futures auront des choix déchirants à faire entre une hausse dramatique de leur fardeau fiscal, une augmentation considérable de la dette publique ou des coupes draconiennes dans plusieurs missions essentielles de l’État. »

Force Jeunesse a effectué des projections actuarielles pour évaluer l’effet du vieillissent de la population sur les dépenses de santé sur un horizon de trente ans. Ces projections reposent sur différents scénarios de contrôle de la croissance des coûts de système qui incluent la rémunération des professionnels de santé, les prix des médicaments, les coûts de traitements, etc.

Une société qui vieillit coûte de plus en plus cher en matière de soin de santé. Voyez à quel point la facture augmente pour chaque personne, en moyenne, avec l’âge.

Dépenses de santé par habitant du gouvernement du Québec selon le groupe d’âge (en dollars) — 2015

Source : Institut canadien d’information sur la santé (2017). Tendances des dépenses nationales de santé. Base de données sur les dépenses de santé de 1975 à 2017. Tableau E.1.18.2.

Pour atteindre des scénarios plus « réalistes » ou « optimistes » d’ici 30 ans, il faudrait réduire les dépenses en santé de manière considérable, ce qui aurait des conséquences importantes sur la qualité des soins et des services.

En 2019-2020, les dépenses en matière de santé atteignent 40,8 milliards de dollars, soit 50,2 % du budget de programmes du Québec (9,2 % de son PIB). À titre de comparaison, en 1988, la santé et les services sociaux représentaient 6,3 % du PIB et 33,5 % des dépenses de programmes.

Or, si le gouvernement ne change rien à la trajectoire actuelle, dans moins de 30 ans, en 2048, Québec devra affecter entre 66 % et 96 % de ses dépenses de programmes à la santé ! La somme pourrait atteindre 233 milliards de dollars, ou 17,5 % du PIB.

Il ne resterait alors que des miettes pour les autres ministères…

Financement de la santé, en % du PIB, Québec

Source : Étude de Force Jeunesse

Pour atteindre des scénarios plus « réalistes » ou « optimistes », soit des dépenses en santé qui représenteraient de 58 % à 62 % du budget de programmes du Québec dans 30 ans — ce serait tout de même énorme — il faudrait réduire les dépenses de manière considérable, ce qui aurait des conséquences importantes sur la qualité des soins et des services.

Pour favoriser une « équité intergénérationnelle », Force Jeunesse propose trois recommandations au gouvernement : créer un comité d’experts afin de réfléchir au financement des soins de santé, négocier une réforme du Transfert canadien en matière de santé afin qu’il reflète le vieillissement de la population de chaque province et finalement, épargner dès maintenant des sommes suffisantes pour renforcer le budget de la santé à long terme. L’organisme suggère, par exemple, de créer une « caisse santé » dans laquelle le gouvernement épargnerait tout de suite plusieurs milliards de dollars par année, pour ensuite les décaisser quand les effets du vieillissement se feront sentir.

Actuellement, le régime d’assurance maladie du Québec est financé à même les revenus annuels de l’État et n’a jamais été capitalisé comme une assurance. « Cette réalité crée un manque à gagner pour financer les soins requis par une population vieillissante et au profil de risque augmentant de façon accélérée, écrivent les auteurs dans le document de 38 pages. Si rien n’est fait, un passif actuariel de l’assurance maladie, prenant la forme d’une charge fiscale écrasante, devra être assumé par les prochaines générations simplement pour maintenir la couverture actuelle. »

C’est le type d’enjeu et de questionnement que les gouvernements n’aiment pas. C’est loin dans le temps, ça n’a aucun effet sur les prochaines élections et même si c’est nécessaire, ça prive le parti au pouvoir de précieux dollars à court terme pour remplir des besoins immédiats ou faire avancer des dossiers qui contribueront, eux, à une possible réélection.

Or, qu’ils aiment ce débat ou pas, les politiciens devront un jour y réfléchir et affronter ce défi s’ils ne veulent pas que les générations montantes souffrent. L’étude de Force Jeunesse a le mérite de nous rappeler que le financement à long terme du système de santé est le plus important problème budgétaire du Québec, et de loin.