Finances fédérales : pas que du rose à l’horizon

Les nouvelles réductions d’impôt, l’introduction du fractionnement du revenu pour les familles et la bonification des prestations pour la garde d’enfant vont amputer la marge de manœuvre du gouvernement fédéral pour les années à venir, dit Manon Cornellier.

La dernière mise à jour économique et financière du ministre des Finances, Joe Oliver, n’a offert à peu près aucune surprise.
Politique
Si le premier ministre Stephen Harper n’avait pas déjà annoncé des allègements fiscaux pour les familles, le gouvernement aurait terminé l’année financière en cours avec un petit surplus de 300 millions de dollars. Il affichera plutôt un déficit de 2,9 milliards de dollars.

Il ne faut toutefois pas oublier qu’il se garde toujours une petite réserve de 3 milliards de dollars pour faire face aux imprévus. S’il ne s’en sert pas, son bilan s’améliorait d’autant, et l’excédent qui en résulterait servirait alors à rembourser la dette.

Les nouvelles réductions d’impôt, l’introduction du fractionnement du revenu pour les familles avec enfants mineurs et la bonification des prestations pour la garde d’enfant étant permanentes, elles amputeront donc la marge de manœuvre du gouvernement pour les années à venir.

Le surplus de 6,9 milliards de dollars prévu en 2015-16 sera donc ramené à 1,9 milliard de dollars. En 2016-17, il sera de 4,3 milliards au lieu de 9,2 milliards. En 2017-18, il atteindra 5,9 milliards au lieu de 9,9 milliards et, en 2018-19, 6,8 milliards plutôt que 11,7 milliards.

M. Harper nous avait averti en faisant son annonce, mais ces chiffres nous donnent une idée du coût de ces mesures fiscales sans effet de levier sur l’économie.

Elles limiteront sérieusement la liberté d’action des futurs gouvernements, que ce soit pour offrir de nouveaux programmes, faire de nouveaux investissements pour fouetter l’économie, ou — ce dont à peu près personne ne parle — remettre à flot les services et les programmes qui ont souffert des compressions imposées depuis 2010 et qui se poursuivront encore cette année.

Le gouvernement se vante d’avoir fait reculer les charges de programmes directes à un niveau jamais vu depuis le début des années 1960.

De 2009-10 à la fin de l’année financière en cours, elles seront passées de 122,3 milliards de dollars par année à 114,1 milliards. En 2019-20, elles ne représenteront plus que 5,2 % du PIB. L’ensemble des dépenses a continué de croître à cause des transferts aux provinces et aux particuliers, mais pratiquement tout le reste a écopé.

Faut-il se réjouir de revenir à un taux similaire à celui qui prévalait sous John Diefenbaker ?

Au début des années 1960, le gouvernement fédéral était moins complexe. Il avait moins de programmes et de responsabilités. La population à servir était plus petite.

Si on en est rendu là aujourd’hui, c’est bien la preuve que les conservateurs ont réussi à imposer leur logique, soit celle d’un gouvernement le plus réduit possible.

Ils y sont parvenus en offrant des réductions d’impôt aux citoyens et aux entreprises, au risque de menotter l’État. Les revenus auxquels ils ont renoncé en réduisant la TPS en sont un bon exemple. Ils équivaudraient aujourd’hui aux économies qu’on a exigées des ministères et organismes.

Pour générer ces économies, il a fallu réduire les frais d’administration, mettre des employés à pied et abandonner (ou amputer) des services et des programmes, ainsi que des activités de recherche, d’inspection, de prévention, et ainsi de suite. Cela ne peut durer indéfiniment.

On dira que les surplus annoncés sont bien ronflants et permettront de faire face à la musique, mais comme le notait le directeur parlementaire du budget dans un rapport récent, le gros des surplus qui restent sont conjoncturels et donc sensibles au sursaut de l’économie. Un ralentissement plus ou moins sévère et ce sera le retour du régime maigre.

D’où l’importance, disait-il, de les investir dans des mesures capables de stimuler l’économie, comme les infrastructures.

Un exemple d’élément d’incertitude qui pèse sur les finances publiques : le prix du pétrole lourd canadien. Son prix a chuté cet automne, passant de 83 $US le baril à 70 $US.

Cette baisse a même forcé le gouvernement à revoir ses prévisions de revenus. Il estime que ce prix de 70 $US le baril lui fera perdre 0,5 milliard d’ici la fin de l’année financière en cours et 2,5 milliards les années suivantes.

Ce n’est pas rien, et cela démontre que la prudence est encore à l’ordre du jour, surtout si on ne veut pas s’éroder davantage services et programmes dont nous avons tous besoin.

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À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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« Un exemple d’élément d’incertitude qui pèse sur les finances publiques : le prix du pétrole lourd canadien. Son prix a chuté cet automne, passant de 83 $US le baril à 70 $US. » (sic)

Pouf!!! Vous venez de comprendre « la petite réserve de 3 milliards de dollars pour faire face aux imprévus ».

Alléluia!!! Il y a de l’espoir.

Si le Québec avait géré NOTRE argent de façon aussi responsable que Monsieur Harper, nous n’en serions pas à gratter les fonds de tiroirs mais plutôt en situation de surplus.

Mais nâââôôôn!!! Beaucoup plus simple de vivre continuellement au-dessus de ses moyens et de créer des nouveaux programmes tous aussi inutiles qu’onéreux pour venir ensuite se plaindre du « déséquilibre fiscal » engendré par Ottawa…

J’aime ce passage : « Au début des années 1960, le gouvernement fédéral était moins complexe. Il avait moins de programmes et de responsabilités. La population à servir était plus petite. » Oui, la population était moins nombreuse, voulez-vous nous dire que le gouvernement ne peut profiter d’économie d’échelle, que des gains de productivité sont impossible. Je vous rappelle qu’en 1960, on utilisait des dactylo et non des traitement de texte et qu’internet n’existait pas. Il faut plutôt louer le fait qu’il y a un pilote dans l’avion.

Mais plus globalement, que voulons-nous comme débat public, juste des débats entre ceux qui se proposent de dépenser notre argent? Une conception un peu limitée, non…