Finances publiques : double jeu conservateur sur les pensions

Lors de la dernière élection fédérale, les conservateurs ont promis d’effacer le déficit dès 2015-16 et peut-être plus tôt si le gouvernement parvenait à trouver 4 milliards $ ou plus d’économies annuelles grâce à un examen stratégique et fonctionnel. À ceux qui s’inquiétaient des compressions à venir, Stephen Harper laissait entendre que ce ne serait pas trop douloureux. Il précisait aussi qu’il ne toucherait pas aux transferts aux provinces et aux particuliers.

Comme promis, l’atteinte du déficit zéro ne se fera pas aux dépens des provinces et des particuliers. Mais on sait depuis décembre que cette promesse ne voulait pas dire que les transferts ne seraient pas touchés plus tard et pour d’autres raisons. Le hic est que les conservateurs n’en ont jamais informé les électeurs lors de la dernière campagne.

Ce n’est qu’en décembre qu’on a appris que la croissance des transferts aux provinces ralentirait à partir de 2017 afin de protéger le trésor fédéral contre la flambée des coûts de la santé associée au vieillissement de la population. Plus préoccupant, on a su cette semaine que le gouvernement comptait, pour les mêmes raisons, revoir le système de Sécurité de la vieillesse (SV), ce revenu garanti d’un peu moins de 600 $ par mois versé à presque tous les Canadiens de 65 ans et plus.

Le premier ministre a levé le voile sur ce projet à Davos, en Suisse, devant les riches et puissants de ce monde. Non seulement n’en a-t-il soufflé mot avant le vote du 2 mai, mais il n’a même pas cru bon d’en aviser d’abord les Canadiens par, entre autres, une déclaration au Parlement.

Les conservateurs diront qu’ils ont promis, dans leur programme, de «jeter les fondations de la prospérité et de la croissance économique à long terme», une formule passe-partout qui peut servir à tout justifier. M. Harper l’a d’ailleurs reprise à Davos. «Sous notre gouvernement, a-t-il dit, le Canada procédera aux transformations nécessaires pour faire durer la croissance économique, la création d’emplois et la prospérité, aujourd’hui et pour la prochaine génération.»

Ces phrases creuses ne peuvent passer pour un exposé honnête et transparent des intentions des conservateurs. Le silence du printemps dernier sur les pensions est particulièrement choquant tant il apparaît délibéré. M. Harper a de toute évidence éviter d’éventer ses intentions pour ne pas perdre des appuis importants au sein du groupe d’âge qui vote le plus. La réaction aurait pu être vive car en ciblant la Sécurité de la vieillesse, les conservateurs visent avant tout les personnes âgées les plus démunies.

Personne ne compte sur la SV pour sa subsistance au moment de la retraite. Pour la plupart d’entre nous, il s’agit d’un revenu d’appoint passé le cap des 65 ans. Il en va autrement pour les petits salariés qui n’ont aucun fonds de pension et peu d’économies, les travailleurs âgés au chômage, les personnes incapables de travailler qui dépendent de l’aide sociale (d’ailleurs, il faudrait voir l’impact sur les provinces d’un changement aux critères d’admissibilité). Ou encore pour les personnes, surtout des femmes, qui ont travaillé toute leur vie au foyer pour prendre soin de leur famille et qui n’ont aucun autre revenu de retraite.

Le gouvernement n’a pas précisé comment il entendait contenir les coûts de la SV, mais le bruit n’a cessé de circuler depuis jeudi qu’il pourrait hausser l’âge d’admissibilité de 65 à 67 ans. Si tel est le cas, le résultat pourrait être dramatique pour les personnes âgées les plus démunies. Deux années de plus pour obtenir ce revenu risque de se traduire pour elles en deux années de plus à vivre dans un état de pauvreté plus sévère qu’il ne l’aurait été autrement.

Un autre groupe qui sera pénalisé sera celui des petits salariés qui ne peuvent envisager la retraite sans ce revenu d’appoint. Ils n’auront pas le choix de la retarder. Les seuls qui ne seront pas touchés seront tous ces travailleurs qui ont des revenus de pensions suffisants (REER, fonds de pensions, économies) pour quitter leur emploi à 65 ans ou même avant.

À Davos, le premier ministre Harper n’a pas mentionné le problème du fossé grandissant entre les riches et les pauvres, un enjeu réel qui inquiète même l’OCDE. M. Harper n’en parle en fait jamais, comme s’il s’en fichait ou ne le voyait pas. Le même aveuglement transparaît lorsqu’il parle des pensions.

Il reste à voir s’il évitera la levée de boucliers. Le gouvernement sent déjà la soupe chaude. Dès vendredi, il informait ses partisans et députés que la réforme serait très progressive et n’affecterait pas les prestataires actuels ni les personnes sur le point de prendre leur retraite. Il se voulait rassurant, mais pour qui?

Le public ne le sera pas tant et aussi longtemps qu’il n’acceptera pas de mettre cartes sur table et de tenir, ici au pays, un débat sérieux, transparent et fondé sur les faits.

J’en exposerai quelques-uns dans mon prochain billet.

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Je ne commenterai tout votre billets. Juste pour revenir sur votre propos entourant l’écart entre les riches et les pauvres. L’étude de l’OCDE identifie quatre pays qui ont réussi au cours des 10 dernières années à réduire l’écart entre les riches et les pauvres. Oui, oui réduire l’écart. Quels sont ces pays? La Grèce, le Portugal, l’Espagne et la France. Hum, trois pays virtuellement en faillite et le quatrième qui fait beaucoup d’efforts pour les rejoindre.

Ah oui, il y a le modèle scandinave. Toujours selon l’étude l’OCDE’ la Suède a vu son écart entre les riches et les pauvres s’accroître de 31% et celle de la Finlande de 24% alors que pour le Canada la hausse n’a été que de 10% durant la même période.

Bref, ce concept d’écart entre les riches et les pauvres est une véritable fraude intellectuelle, car on ne peut dégager un modèle économique qui réussit à le contenir sans mettre en faillite le pays qui tente de la faire.

Les quelques extraits que j’ai entendu de son discours parlait de toucher aux pensions. Il a effectivement mentionné que l’âge de la retraite passerait de 65 à 67 ans. Il a également mentionné que le Canada Pension Plan était bien capitalisé.

Moi, j’ai interpréter son message comme il planifiait s’attaquer au régime de pension des employés fédéraux.

A-t-il vraiment fait explicitement mention de la Sécurité de Vieillesse?

S’il veut se faire balayer lors de la prochaine élection, cela serait la recette idéale. J’ai de la difficulté à croire qu’il serait aussi suicidaire.

Par contre, s’attaquer aux fonctionnaires, cela serait électoralement payant. Il me semble que cela serait plus dans son ADN.

Faut-il s’en étonner quand, par notre propre aveuglement, nous sommes gouvernés par des comptables à courte vue, totalement dépourvus des qualités du coeur qui font de l’être humain un être supérieur.

Tous les régimes de retraite existant devraient augmenter leur âge d’admissibilité. Pas juste le SV: La RPC, la RRQ, les pensions de la fonction publique, tous.

Attention. La retraite des babyboomers ne doit pas se faire sur le dos des plus jeunes. Ce que Mme Cornellier propose est justement l’endettement des jeunes (par l’entremise de la dette publique) pour payer les grasses retraites des babyboomers.

La seule retraite juste et équitable entre les générations est l’épargne que chaque individu doit accumuler en vue de la retraite. Puisque les babyboomers ont tout mis dans la propriété et qu’il ne reste que des miettes pour leur retraite, ils veulent maintenant que les jeunes, pour qui l’achat d’une maison devient un rêve impossible, s’engagent à leur tour à s’endetter encore plus pour sauver les irresponsables de la catastrophe.

Bref, il faut monter l’âge de la retraite à 70 ans minimum car de toute façon, quand ça sera à mon tour de prendre ma retraite, les maigres pensions ne commenceront pas à être payées avant 70 ans. Et je veux être certain que les babyboomers (au moins quelques-uns) aient la joie de connaître la retraite tardive.

Le gouvernement Royal Harper du Dominion de Sa Majesté La Reine du Chef du Canada a demandé et obtenu une «strong and stable majority».

Ils l’attendaient depuis 2006, ils ont eu leurs camps d’entrainements et ils réaliseront leur «agenda».

La droite et les conservateurs n’ont rien à cirer du gagne petit.

Les électeurs ayant la mémoire aussi courte que la vision à long terme des politiciens, il est toujours plus payant de faire les «jobs de bras» en début de mandat afin de pouvoir accorder des écrans de fumées en fin de mandat.

Que M.Harper commence par bonifier le programme d’assurance chomage pour les pauvres gens très malades qui n’ont pas le droit aux mêmes prestations que les gens ayant perdus leurs emplois.

Après un seul geste éthique de la part de ce capitaliste pur et dur, je le suivrai peut-être dans ses projets. Pour l’instant, Harper = aucune crédibilité.

Marquis,

Harper l’a bien fait remarqué : le régime de pension est en très bonne santé, son financement n’est pas mis en doute pour des décennies à venir.

Pour se faire élire Harper a décidé de priver l’état de 10 milliards environ en revenus par année (TPS, 5 milliards par point de pourcentage selon le ministère des finances), et ce année après année. Il tient ses promesses, donc il nous endette et il VOUS endette, surtout vous, car vous paierez pour Harper bien longtemps après que Saint-Pierre m’ait laissé entrer au paradis.

Si je peux me permettre, si notre gouvernement conservateur avait voulu épargner sur la Sécurité de la vieillesse sans heurter les pauvres de façon disproportionnée, comme c’est le cas ici, il aurait fort bien pu diminuer ou couper les prestations aux retraités qui font des salaire au-delà de 60000$ par an, sans changer l’âge de la retraite. Ça me surprend déjà que des riches retraités aient droit à ces prestations.

@Loraine King

Ahhh, les projections actuarielles des gouvernement. Voilà justement où Harper (et tous les autres bureaucrates) se trompe. Voici pourquoi: les projections des plus grands fonds de gestion se basent, je vous le jure, sur des projections complètement farfelues de croissance du marché à 8% par année. Et oui, le financement pour les décennies à venir est donc assuré par les rendements magiques de 8% de croissance du marché.

Voilà où est le problème. Le gouvernement regarde vers le passé au lieu de regarder vers l’avant. L’incroyable crise démographique du Japon, de l’Europe et l’endettement hors contrôle des collectivités locales en Inde et en Chine, font en sorte qu’il n’y aura PAS 8% de croissance du marché dans les prochaines décennies. Le Canada, après tout, et même s’il fait des miracles avec la gestion de ses avoirs, ne réussira pas à obtenir 8% par année. D’ailleurs, il faut lire les rapports annuels de Manulife et GreatWest Life pour se rendre compte que TOUS les fonds de gestion sont déficitaires lorsque les taux d’intérêt demeurent négatifs. Et pour chaque année en bas du 8% magique, il faut des rendements mirobolants les années suivantes pour combler le vide laissé par le « compound interest » qui n’est pas au rendez-vous.

Je le répète, la SEULE et UNIQUE retraite équitable entre les générations est l’épargne que chaque individu doit mettre de côté, année après année, en vue de sa propre retraite. Tout le reste équivaut à un gigantesque ponzi qui ne peut que s’écrouler.

En passant, au sujet de Harper et de la TPS, vous avez tout à fait raison. Harper a commis une gaffe énorme, mais ce sont les babyboomers qui ont concentré une richesse inégalée (surtout en raison d’un taux de régime de taxe très favorable durant leur règne et les prix faramineux de la propriété). D’ailleurs, il y a eu un rapport récent à cet effet: jamais, dans l’histoire de l’humanité, une génération (celle des babyboomers) n’a possédé autant d’avoirs par rapport à la tranche 25-34 ans.

Et ça, ce n’est pas la faute à Harper.

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