Finances publiques et Sécurité de la vieillesse : l’épouvantail

Le leader parlementaire conservateur Peter Van Loan a mis la table ce matin pour la session parlementaire qui démarre. Il n’a toutefois pas fallu beaucoup de temps pour qu’il se fasse interroger sur les intentions véritables du gouvernement Harper en matière de pensions et tout particulièrement ce qui attend le programme de la Sécurité de la vieillesse (SV). Il n’a donné aucun détail, mais répété que le gouvernement devait agir  pour assurer la viabilité du programme et la bonne santé des finances de l’État et ainsi éviter le sort des pays européens en difficulté. Cela s’appelle vouloir faire peur au monde. Et sans raison.

Rien ne démontre la nécessité de la réforme avec laquelle on jongle. Selon rapport actuariel récent, sur lequel le gouvernement insiste, le coût de la SV augmentera de 32 % entre 2010 et 2015 et la valeur totale des prestations passera de 36,5 milliards $ en 2010 à 108 milliards $ en 2030. Ces chiffres frappent, mais on parle d’une augmentation sur 20 ans et le portrait prend une toute autre allure quand on regarde les choses sous un autre angle.

Dans un texte publié  vendredi, l’économiste Kevin Milligan, de l’Université de Colombie-Britannique, notait que plusieurs pays songeaient à changer l’âge de la retraite afin de tenir compte de la plus longue espérance de vie des gens, du vieillissement de la population et ainsi de suite. Mais le programme canadien de pension universelle n’est pas aussi généreux que celui de bien des pays et ne représente donc pas un poids financier aussi lourd. Ainsi, la SV ne représente que 2,41 % de notre Produit intérieur brut (PIB). Très peu de pays de l’OCDE ont des taux aussi bas. L’Italie, qui est à l’autre extrême du spectre, affiche un taux de 14 %. L’arrivée des baby-boomers à l’âge de la retraite va faire augmenter la facture, mais malgré cela, M. Milligan calcule qu’au sommet de la vague, en 2031, la part du PIB consacrée à la SV ne sera que de 3,14 % au Canada. Rien de catastrophique, donc et rien à voir avec la flambée du coût de la santé.

M. Milligan souligne que modifier les règles d’accessibilité à la SV n’est pas sans effets négatifs. Ses recherches lui ont permis de constater que le quart des personnes sans travail au moment de passé le cap de 65 ans n’ont pas les économies ou les revenus nécessaires pour éviter la pauvreté. Si on reporte l’âge de la retraite de deux ans, ces personnes souffriront. Et comme l’explique mon collègue du Devoir, Jean-Robert Sansfaçon, ce matin, la SV est la fondation sur lequel tout l’édifice des retraites repose. On ne peut le changer sans évaluer l’impact sur le reste.

Depuis vendredi, le gouvernement tente de calmer le jeu. En fait, les conservateurs ont fait circuler une note auprès de leurs députés et partisans, non pas pour nier les changements à venir, mais pour dire combien progressifs ces changements seraient. Mais si l’idée est de faire face au choc du baby-boom, pourquoi laisser entendre que les personnes sur le point de prendre leur retraite, des baby-boomers, ne seront pas touchées et qu’il faudra des années pour mettre les changements en œuvre? S’il faut 10 ans ou plus pour mettre la réforme en place, ce sont seulement les dernières cohortes de baby-boomers et surtout les générations suivantes qui écoperont.

Brandir le spectre de la déroute financière de la Grèce pour justifier un resserrement du programme relève de la propagande primaire. Le Canada n’est pas la Grèce. Ce gouvernement n’arrête pas de le répéter et de vanter la solidité de la situation financière du pays.

En fait, si le gouvernement fédéral finit par être financièrement serré au point de devoir envisager toucher aux pensions, ce sera parce que les conservateurs auront fait ce qu’il fallait pour paver la voie vers la rareté des ressources. Depuis qu’ils sont au pouvoir, les conservateurs ont dépensé sans grande retenue tout en réduisant les sources de revenus de l’État (en augmentant les dépenses fiscales, le vrai nom des réductions d’impôt, crédits et échappatoires de toutes sortes). Eux qui ont hérité d’un surplus en 2006 doivent maintenant effacer le déficit encouru pour combattre la récession. Leur paradoxale recette : continuer à augmenter les dépenses fiscales, ce qui veut dire que le gouvernement emprunte pour accorder des allègements d’impôt et a moins de moyens qu’il en aurait autrement pour financer ses programmes, d’où cette détermination nouvelle d’amputer les dépenses de programmes de 10 %.

Le gouvernement procède actuellement à un examen des dépenses dans le but de dégager de 4 à 8 milliards d’économies annuelles récurrentes, tout ça pour atteindre le déficit zéro en 2015-16. Durant la campagne électorale, le premier ministre et plusieurs ministres s’en tenaient aux chiffres de 4 milliards, même si en marge du budget de mars dernier, des fonctionnaires du ministère des Finances confirmaient que les ministères devaient soumettre deux scénarios de compressions équivalant à une réduction de 5 et 10 % de leurs dépenses de programmes.

De toute évidence, les conservateurs n’ont pas joué franc jeu lors de la dernière campagne et essaient encore aujourd’hui de brouiller les cartes.

Dans un prochain billet, je reviendrai plus en détails sur la performance financière des conservateurs.

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Les conservateurs s’inscrivant dans la ligne de pensée de l’État minimal ont déjà commencé le démantèlement du Canada avec la bénédiction de leurs électeurs obnubilés à l’ouest de l’Ontario.

La situation économique mondiale leur donne toutes les munitions afin de bien asseoir leur propagande dogmatique idéologique imprégnée de démagogie et de populisme.

Je n’ai pas très hâte de voir ce qu’il en restera dans… quatre ans…

Qui vivra, verra!

À propos de brouillage: quand va-t-on faire taire M Blaney, le perroquet de service sur tous les sujets et n’importe lesquels. Ce soir, il sortait justement l’épouvantail (sans trop savoir de quoi il parlait, j’imagine).

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