Finie la partie gratuite

La formation dirigée par Gabriel Nadeau-Dubois joue désormais dans la grande ligue. Le parti devra monter son niveau de jeu pour y réussir. 

maystra / Getty Images / montage : L’actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est aujourd’hui directeur chez TACT.

Quand Jean-François Lisée s’est présenté sur le plateau du Face-à-face de TVA le 20 septembre 2018, il était déterminé à mettre fin à « la partie gratuite » dont Québec solidaire aurait bénéficié en tant que jeune formation marginale. Passant à l’attaque dès le début du débat, il a accouché d’un moment d’anthologie en demandant qui était le vrai chef de QS ! Histoire de montrer du doigt une structure de parti qui lui paraissait d’inspiration « soviétique ».

Bien que la stratégie n’ait pas fonctionné le soir même (c’est un euphémisme), force est d’admettre que, quatre ans plus tard, le parti de gauche et ses propositions sont scrutés de beaucoup plus près.

Si Gabriel Nadeau-Dubois est talentueux, il n’en demeure pas moins que là où ses prédécesseures (Françoise David et Manon Massé) marchaient dans le parc, lui doit courir un 110 m haies. On a accordé, cette semaine, beaucoup plus d’intérêt à la proposition fiscale sur les grandes fortunes (et aux explications successives) qu’à presque n’importe quelle proposition solidaire des 10 dernières années. 

Tous les porte-paroles de la formation ont parlé de ce que ferait un gouvernement solidaire. En 2008, 2012, 2014 et 2018, la phrase était reçue avec un haussement d’épaules, un rire contenu ou un sourire poli. Cette année, la possibilité de voir QS devenir l’opposition officielle est réelle, même si ce n’est pas qu’indiquent les projections de sièges en ce moment. La campagne libérale joue parfois la défense, parfois l’attaque, le Parti québécois semble en voie de devenir le Parti est-québécois, et le Parti conservateur jouit d’appuis substantiels, mais trop localisés pour espérer compter sur plusieurs élus.

Si, d’aventure, le vote du PLQ devait s’effondrer, QS, avec ses appuis bien répartis, serait probablement le parti le mieux placé pour en profiter directement, d’autant plus que le PLQ reconnaît une proximité de vues, s’étant présenté le printemps dernier comme un QS… fédéraliste.

C’est donner un ticket à ses électeurs qui hésitent à passer du rouge à l’orange dans les circonscriptions où les solidaires sont bien positionnés. Autrement dit : QS peut changer de ligue.

Qu’est-ce que changer de ligue signifie ? D’abord, il y a des attaques directes des adversaires — au premier chef le premier ministre du Québec, qui parle désormais de la « taxe orange », en référence à l’impôt sur les actifs de plus d’un million de dollars, dès qu’il en a l’occasion. J’imagine que ça doit faire plaisir aux solidaires, puisqu’il me semble que la CAQ appelle de ses vœux depuis longtemps une montée de leurs appuis. François Legault a fait de Gabriel Nadeau-Dubois son adversaire principal au Salon bleu et lui accorde une importance qui n’est pas exactement proportionnelle au poids politique du deuxième groupe d’opposition. En ce sens, c’est normal qu’il agisse de la même façon en campagne.

Mais, plus largement, la proposition d’un impôt sur la fortune a fait réagir chacun des adversaires. GND a ainsi placé son parti au centre du jeu. Même si l’annonce était un peu bâclée, il a gagné la journée cette journée de campagne et imposé son discours.

L’attention des médias est aussi plus soutenue. En 2018, l’autocar solidaire avait dû faire grimper des influenceurs à bord, faute de journalistes. En 2022, la caravane est constituée de nombreux courriéristes parlementaires qui posent des questions beaucoup plus pointues et qui demandent des réponses allant au-delà des bons sentiments et des incantations solidaires habituelles.

Présenté plus tôt aujourd’hui, le cadre financier du parti sera également l’objet d’une étude attentive dans les prochains jours. Par le passé, plusieurs gloussaient en affirmant que ledit cadre serait écrit par le ou les candidats solidaires qui disposaient d’un compte chèques (façon d’insinuer que personne n’avait vraiment de compétences économiques dans l’équipe). Nous sommes maintenant ailleurs. La formation a su attirer des économistes, certes, mais aussi des praticiens : ils auront à défendre leur document, mais seront au moins capables de le faire avec sérieux.

On verra quelle impression se dégagera de l’exercice. Une chose est claire, cependant : que QS soit prêt ou non, la partie gratuite est terminée.

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L’impôt sur les « grandes fortunes » m’inquiète.
Lorsqu’on a été travailleur autonome toute sa vie, posséder un million n’est pas une grande fortune. Pas de pension, pas de sécurité sauf ce qui a été accumulé au cours de sa vie.
Il faudrait aussi considérer ceux qui ont une pension assurée qui correspond à un placement garanti de plus d’un million. Beaucoup de pensionnés rueront dans les brancards! Sinon c’est carrément injuste.
Pour recevoir un revenu garanti de 50,000$ actuellement il faut posséder au moins 1,000,000 place à 5 % ce qui est rare comme placement garanti. QS n’a pas bien réfléchi! Il pénalisera tous les travailleurs autonomes qui ont réussi à placer de l’argent ce qui n’en fait pas des grands fortunés. Pourtant ils ont permis de créer des emplois, faire vivre leur famille sans aucune aide gouvernementale.
S’ils nous pénalisent en plus je me révolte!

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