Flaherty et le déficit : il aurait noirci le portrait, selon le directeur parlementaire du budget

Il y a deux semaines, le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, publiait une mise à jour économique annonçant le report de l’atteinte de l’équilibre budgétaire. J’avais alors émis des doutes sur le pessimisme de ses prévisions à long terme en matière de revenus.

Lundi, dans ma chronique du Devoir (résumée en partie ici), je m’interrogeais sur le virage subit effectué jeudi dernier par le ministre (dans le sillage de celui du premier ministre Harper). Après avoir vu le pire, le voilà qu’il affirmait pouvoir effacer le déficit avant les élections de 2015 et d’y arriver sans trop de mal. J’écrivais qu’il ne pourrait y parvenir sans sabrer encore dans les dépenses. À moins, bien sûr, qu’il n’ait été plus pessimiste que nécessaire il y a deux semaines.

(J’ajoutais que «présenter un portrait plus sombre a ses avantages. Cela permet de justifier de nouvelles compressions ou de se présenter en élections avec un bilan plus rose que prévu».)

Le directeur parlementaire du budget (DPB) vient de confirmer mon intuition. On a noirci le portrait.

Dans un rapport publié ce matin, Kevin Page explique que dans la mise à jour publiée à la mi-novembre, le gouvernement a supposé que le produit intérieur brut (PIB) nominal serait inférieur de 22 milliards $ par année, en moyenne, pendant cinq ans. Le ministère des Finances calcule habituellement qu’une réduction de 20 milliards $ du PIB nominal entraîne une baisse de revenus d’environ 3 milliards $.

Or, selon la mise à jour, les revenus pour l’année en cours et les quatre années suivantes seront inférieurs de 6 milliards $ par année, en moyenne. Ce qui veut dire, poursuit Kevin Page, que la chute des revenus prévue dans la mise à jour «est presque deux fois plus élevée que ce que cette relation [entre la baisse du PIB et celle des revenus] semblerait indiquer», si le ministère des Finances avait suivi ses hypothèses habituelles en matière de «rajustement en fonction du risque».

Et tout ceci a un effet domino, jusqu’au calcul des déficits anticipés. Bien que le ministère des Finances ait refusé – encore – de partager avec le DPB l’ensemble de ses hypothèses, M. Page a pu procéder à certains calculs et ils lui «indiquent que la révision à la baisse des projections du solde budgétaire du gouvernement dépasse de 4,7 milliards de dollars par année, en moyenne, ce que l’analyse de sensibilité de Finances Canada semble indiquer».

Cela explique fort probablement pourquoi le gouvernement a changé de refrain quelques jours à peine après la publication de la mise à jour. Il savait où se trouvait la marge de manœuvre et il s’en est servi pour faire face, non pas à une nouvelle donne économique, mais politique, la grogne se faisant sentir dans les rangs conservateurs.

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