Flaherty et le déficit : quand la politique le force à manipuler ses propres cibles

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, persiste à dire depuis plus d’une semaine que le gouvernement fédéral pourra atteindre l’équilibre budgétaire avant la prochaine élection. Il était même très catégorique jeudi dernier, à Toronto, parlant d’un «budget équilibré durant l’actuel mandat parlementaire et CERTAINEMENT (je souligne) avant les prochaines élections».

C’est pourtant le même ministre qui, il y a deux semaines, présentait une Mise à jour économique et financière qui reportait à 2016-17 l’élimination du déficit et qui prévoyait un déficit de 8,6 milliards pour 2014-15. Mais quelques jours plus tard, le premier ministre Harper prenait tout le monde par surprise en disant ceci : « Nous avons toujours l’intention d’équilibrer le budget avant la prochaine élection fédérale. C’est encore notre intention, et avec les estimations récentes, nous sommes près de cet objectif. »

M. Flaherty est depuis entré dans le rang et a repris le refrain de son patron. Et il y a lieu de s’en inquiéter, malgré les propos rassurants qu’il a tenté d’offrir ce matin en conférence de presse.

Je crois qu’il faut s’en inquiéter pour les raisons suivantes (que j’expliquais ce matin dans le Devoir, mais ma chronique étant verrouillée pour les non abonnés, je vous la résume). La Mise à jour économique affirmait que la situation budgétaire avait changé depuis mars dernier à cause d’une chute des revenus du gouvernement attribuable à une baisse marquée des prix des ressources naturelles. Le ministère des Finances précisait bien que le problème n’était pas du côté des dépenses, qui sont toujours sous contrôle.

Le gouvernement est par ailleurs déterminé à ne pas toucher aux transferts aux provinces et aux particuliers, ce dont on le félicite, et rejette tout scénario de hausse de taxes ou d’impôts. Il ne reste alors qu’une solution pour éliminer le déficit plus rapidement : sabrer encore dans les dépenses.

M. Flaherty a précisé jeudi dernier qu’il n’envisageait aucun geste « drastique », mais on se demande où il trouvera des économies supplémentaires. Chaque année, depuis 2007, une dizaine de ministères et organismes différents se sont vus ordonner de procéder à un examen stratégique de leurs programmes dans le but de faire des économies. En 2010, tous les ministères se sont aussi vus imposer un gel de leur budget de fonctionnement. En 2011, tous les ministères et organismes fédéraux, y compris ceux qui avaient déjà donné, ont dû trouver une façon de réduire de 5 à 10 % leur budget.

Quand on additionne toutes les économies récurrentes produites par ces exercices, on arrive, en 2014-2015, à une amputation permanente des budgets d’un peu plus de 11 milliards, soit plus de 10 % des dépenses de programmes du gouvernement.

Couper davantage voudra dire couper dans le maigre et cela ne sera pas sans conséquences. Le gouvernement a toujours prétendu que le gros des économies réalisées seraient attribuables à des gains d’efficacité, mais selon un rapport publié au début de novembre par le directeur parlementaire du budget, elles découleraient en majorité des coupes faites dans les programmes et les services.

Interrogé sur l’écart entre son discours de jeudi dernier et sa Mise à jour économique, le ministre Flaherty a voulu se faire rassurant ce matin. Il a dit ceci : «Dans la mise à jour économique, nous avions un déficit de 1,8 milliard, en prenant en considération un coussin de 3 milliards. Il n’est pas difficile de voir que si nous n’utilisons pas la totalité de ce coussin, nous aurons un budget équilibré».

Le hic est que le chiffre qu’il cite est le déficit prévu pour l’année financière 2015-16. Le gouvernement ne peut pas savoir en début d’année financière s’il aura besoin ou non de son coussin pour imprévus. Il commence habituellement à en avoir une idée à l’automne, ce qui veut dire dans le cas qui nous occupe, à l’automne 2015. Au moment des élections.

Quand, en campagne électorale, les conservateurs ont promis le retour à l’équilibre budgétaire, ils parlaient bel et bien de l’année 2014-15 et pas de la suivante. Et selon la Mise à jour économique, faut-il le répéter, le déficit sera de 8,6 milliards cette année-là.

Le premier ministre ignore ces chiffres pour des raisons purement politiques. Le report de l’atteinte de l’équilibre budgétaire déplaît à ses supporteurs. Les conservateurs ont déjà eu du mal à digérer que sous la gouverne de leur parti, le gouvernement fédéral ait renoué avec les déficits. Ils ne peuvent supporter ce qu’ils perçoivent comme un relâchement de la discipline budgétaire. Ils tiennent aussi à deux promesses électorales importantes liées à l’atteinte de l’équilibre budgétaire : le fractionnement du revenu à des fins fiscales pour les familles avec enfants de moins de 18 ans et le relèvement du plafond des contributions aux comptes d’épargne libre d’impôts.

Mais si le but est de réaliser ces promesses avant les élections, il faudra plus que le fameux coussin pour éponger le déficit. Il faudra réaliser des économies ailleurs. Mais où et aux dépens de qui?

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Ca vous gêne pas qu’on rit ainsi de notre intelligence?

Je vous suggère une autre question : Des économies aux bénéfices de qui? Ma réponse, en tant que citoyen québécois, aux bénéfices des contribuables qui se voient, ici, imposer et taxer de plus en plus, année après année, par LEUR gouvernement national. Donc, si l’on peut avoir un peu de repos d’un pallier de gouvernement, je dits MERCI!

Quand on fait passer l’idéologie avant les faits, on s’enfonce. Les Conservateurs détestent les faits qui vont à l’encontre de leur idéologie.

J’ai bon espoir que lorsque l’heure de vérité sonnera M. Harper se pliera à la conjoncture. S’il ne le fait pas, ce sera une parfaite raison pour l’envoyer paître et méditer sur les dures réalités de la vie.

On peut croire au créationisme, malgré la théorie de l’évolution. Mais se fermer les yeux face à un déficit annonce des lendemains qui ne chanteront pas. Les amis banquiers de M. harper vont nous serrer la visse.

M. Harper est fin stratège. Sans doute son ministre a-t-il réagit trop tôt, prématurément. Le même discours refera surface en temps voulu, en temps opportun : vers le temps des élections?

On l’a au Québec, on l’a vu aussi chez nos voisins du Sud…Je me questionne sur cette stratégie politique douteuse qui veut que ceux qui quittent le pouvoir suite a une élection laissent des finances publiques dans un tel état de désolation et ce en espérant nuire a leurs sucesseurs afin d’être ultimement reportés au pouvoir. Ils souhaitent ainsi que les nouveaux élus fassent pietre figure en essayant de redresser la situation durant les 4 ans qui suivent. L’opposition râlera hypocritement et fera porter le blâme de l’ incompétantce des nouveaux élus à gérer rapidement la situation. (ex:Obama blâmé injustement) A mon avis, plusieurs années de ce régime ne peut qu’ enfoncer la population vers la médiocrité. Il me semble que le pouvoir est passager et comme on demande aux locataires de laisser en ordre un lieu de location, on devrait exiger de TOUS NOS ELUS qu’ils quittent le pouvoir avec diligence, les finances publiques en ORDRE. C’est cela servir les intérêts du peuple.