France/Québec: le centre tiraillé

La transformation profonde du paysage politique constatée en France est en train de s’opérer aussi au Québec, et les deux nations feront face à la même question dans cinq ans.

montage : L’actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle française ont vu le Parti socialiste (PS) et Les Républicains (LR, ex-UMP, ex-RPR) êtres gommés de la vie politique qu’ils ont dominée pendant 40 ans. Plusieurs analystes français ont alors annoncé la fin d’une réorganisation qui est passée chez eux du débat gauche-droite vers un affrontement opposant parti de gouvernement et parti antisystème.

En reconnaissant l’effondrement récent du Parti libéral du Québec (dans l’élection partielle de Marie-Victorin) et le recul du Parti Québécois jusqu’à la 5e place des sondages, ce type de réalignement politique s’applique aussi dans la Belle Province.

Comme Emmanuel Macron, François Legault a rêvé de réorganiser la vie politique à l’extérieur des lignes de fracture traditionnelles. Le président a œuvré au Parti socialiste avant de consacrer ses efforts à le détruire.

Le premier ministre Legault, lui, a longtemps travaillé au sein du Parti québécois, une formation qu’il prive aujourd’hui d’une part importante de ses appuis et dont il a repris à son compte plusieurs éléments de discours. 

Chacun de son côté, ces deux politiciens ont développé un grand parti centriste capable de récupérer des électeurs (et des employés) des partis traditionnels qu’ils ont quittés.

Le balancier idéologique de Macron oscille tantôt à gauche, tantôt à droite. Celui de Legault passe des grands thèmes péquistes que sont la langue, l’identité, la culture et les services publics, à ceux qui ont défini la gouvernance libérale, comme le développement économique.

Sans suranalyser le résultat de Marie-Victorin — la Coalition avenir Québec (CAQ) a remporté ce siège maintes fois gagné par des péquistes, et les Libéraux ont récolté moins de 7 % des votes —, il reste que le Québec paraît vouloir emprunter le même chemin que la France. Après la déconvenue du PQ lors des dernières élections, c’est maintenant au tour des Libéraux d’être asphyxiés par la CAQ.

En France, Emmanuel Macron occupe désormais seul le terrain du parti de gouvernement. En revanche, on trouve une multiplication de partis ou de mouvements antisystème. La France Insoumise, de Jean-Luc Mélenchon, demande l’instauration d’une 6e république. Reconquête ! d’Éric Zemmour a fait campagne à droite de l’extrême droite. Marine Le Pen semble en voie de récolter près de 45 % des intentions de vote au deuxième tour, dimanche — une progression de dix points en cinq ans. En d’autres termes, Emmanuel Macron est désormais le seul rempart entre la vie telle qu’on la connaît actuellement, avec ses avantages et ses inégalités, et l’inconnue populiste. Or, s’il est réélu, il amorcera son dernier mandat. Qui pourra être le rempart la prochaine fois ?

Ça devrait faire réfléchir M. Legault, qui est en passe de réussir son pari : faire de la CAQ le seul grand parti de gouvernement, posé au centre de l’échiquier, une muraille devant Éric Duhaime ou Gabriel Nadeau-Dubois. La CAQ veut nous faire croire que Québec Solidaire (QS) est un parti antisystème au même titre que le Parti conservateur du Québec (PCQ). (Pour ma part, je crois que le QS des débuts l’était, mais que celui d’aujourd’hui ne l’est plus.)

Depuis longtemps déjà, les stratèges caquistes appellent ce réalignement de leurs vœux. Ce que je ne sais pas, en revanche, c’est s’ils anticipaient un effondrement aussi brusque des formations traditionnelles au bénéfice d’un mouvement imprévisible comme celui d’Éric Duhaime.

Cela dit, rien n’est joué des deux côtés de l’océan. En France, une personnalité forte pourrait émerger et porter les idées centristes en 2027. Personne n’avait vu venir Emmanuel Macron il y a cinq ans… La période de grandes tensions que nous traversons peut déboucher sur de nombreux scénarios.

Même chose au Québec. Le débat politique se corse, ceux qui fréquentent les réseaux sociaux peuvent en parler. Le premier ministre n’est pas visé par une limite de mandats comme l’est un président français, mais il devra jouer ses cartes avec prudence pour tenter de guider le Québec vers l’apaisement post-pandémie nécessaire. Sinon, gare aux mouvements et aux partis qui ne demandent rien de mieux que de tout détruire pour reconstruire autre chose. François Legault doit ainsi espérer que la formation qu’il a créée il y a 10 ans soit assez forte pour permettre l’émergence d’autres chefs.

Réponse dans quelques années.

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Le centre tiraillé.. le parallèle entre Emmanuel Macron et Francois Legault s’arrête quand il s’agit de l’orientation idéologique du parti. Emmanuel Macron n’a pas de doctrine contrairement aux camps Melanchon et LePen. François Legault a une doctrine ultra nationaliste avec visée indépendantiste. Le péquiste en lui n’est jamais bien loin. Aussi comme il a exprimé l’intention de répéter la longévité en politique de Duplessis, il serait bien de préciser que ce n’est pas une posture centriste qu’il affiche mais davantage nationaliste conservatrice. S’il décidait de ne plus se représenter après le prochain mandat, cette fois-là le choix devrait s’arreter sur un candidat qui effectuerait un recentrage moins doctrinaire à la Macron. Pas un candidat à la Marine Le Pen, tel que projeté par Mathieu Bock Côté dans une récente analyse de l’après Legault.

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Effectivement, La CAQ et M Legault ont beaucoup de mal à cacher leur côté péquiste. Il suffit de prononcer le mot « Ottawa » et TOUT explose!

Depuis la fondation de la CAQ, le nationalisme de M. Legault a considérablement pâli, ne voulant déplaire justement à cette coalition de fédéralistes et nationalistes. Pour preuve, son manque de vigueur face à la loi sur le français dans les Cégep et le renforcement de la loi 101 partout ailleurs. S’il avait voulu avancer vers l’indépendantisme, il aurait déjà posé les jalons d’une telle volonté; on ne fait pas ça au cours d’un seul mandat. En France, on diabolise encore la fille du père LePen alors que le feu (de l’enfer, pour paraphraser) est déjà pris sous les Macron; jamais la France ne fut autant divisée et qu’on vote ¨contre un candidat¨ et non pas ¨pour¨. Certaines personnes me font penser à un enfant qui refuse de goûter un mets en disant qu’il n’aime pas ça avant même d’y avoir goûté, à l’image de la diabolisation de Marine LePen.

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OK! Mais l’enfant peut être capable de lire les ingrédients; de voir l’aspect du plat, et le sentir pour finalement décider de ne pas y goûter!

La gauche contrôle nos media, nos universités, et nos partis polititiques (au fédéral). Toute expression d’idée à droite de la gauche devient une idée de l’extrême-droite, donc répréhensible, selon ces nouveaux pharisiens. Une belle stratégie pour rester au pouvoir.

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