François Legault, le chanceux

Quel bilan tirer d’une campagne aussi inédite ? Elle devait être ennuyeuse parce que depuis des mois, les sondages en annonçaient le vainqueur. Elle s’est pourtant avérée surprenante parce que le vainqueur présumé a tout fait pour la faire dérailler !

Photo : Christian Blais pour L’actualité

Au fond, François Legault est un politicien chanceux.

À le regarder aller depuis plus d’un mois, on finit par croire la cheffe libérale Dominique Anglade, qui a travaillé à ses côtés comme présidente de la Coalition Avenir Québec (CAQ) peu de temps après la fondation du parti.

L’homme impatient, bougon et allergique à la critique qui se manifeste depuis la fin août, et même davantage ces derniers jours, c’est la véritable « manière d’être » de M. Legault, disait-elle cette semaine.

Pourtant, ce n’est pas cette image que la plupart des Québécois retiennent du chef caquiste. Il est toujours perçu comme le premier ministre rassurant qui a su les faire passer à travers la pandémie de COVID.

Il est vrai que cet ancien ministre du Parti québécois était alors comme un poisson dans l’eau. Pendant des mois, il a pu s’adresser directement à la population qui, inquiète avec raison, avait littéralement besoin de ce tête-à-tête télévisuel avec son premier ministre.

Mieux encore, faire confiance était une telle nécessité qu’aucune critique n’était admise. Pour plusieurs, le simple fait que les journalistes pressaient de questions le premier ministre pendant les points de presse était insupportable, les dénonciations de citoyens sur les réseaux sociaux en faisant foi.

François Legault lui-même ne cachait pas son exaspération devant le suivi serré du dossier que faisait le journaliste Aaron Derfel, reporter spécialisé en santé du quotidien The Gazette à qui l’on doit la nouvelle sur la situation épouvantable qui régnait au CHSLD Herron.

L’opposition parlementaire était pour sa part carrément ignorée, parfois même rabrouée par le premier ministre. Il fallait se serrer les coudes, ne rien remettre en question, et tous marcher au pas dans la même direction, avec un seul chef aux commandes.

Le rôle idéal pour un François Legault tel que l’a décrit Dominique Anglade. Nul besoin de bougonner, il pouvait avoir de l’emprise sur tout ! De quoi largement sourire.

La pandémie a ainsi sauvé son premier mandat. Qui a envie de le revisiter tant il se confond avec la lutte contre la COVID ? Ce fut un long et pénible moment à traverser, de grâce passons à autre chose ! Il y aurait pourtant lieu de faire une véritable analyse des décisions prises par le gouvernement Legault, souvent tardives ou mal avisées, selon l’évaluation même d’experts en gestion de pandémies. Ça va, entre autres, des gens mourant sans proches à leurs côtés jusqu’aux tergiversations relativement à l’imposition du port du masque, en passant par la pertinence des couvre-feux ou l’aération dans les écoles.

À quoi s’ajoutent les révélations, vendredi, du reporter Thomas Gerbet, de Radio-Canada, à propos du mandat confié au cabinet-conseil privé américain McKinsey pendant la crise. Des consultants coûteux dont on ignorait le rôle exact alors qu’il était si central qu’il guidait l’action gouvernementale.

Mais même si les partis d’opposition réclament à nouveau une enquête publique, il n’y en aura pas, et pas seulement parce que le gouvernement caquiste sortant et sous peu réélu n’en veut pas. La population aussi en rejette l’idée.

D’une part parce qu’aux yeux de bien des électeurs, les critiques sont facilement assimilées aux hauts cris de complotistes, auxquels personne de sérieux ne souhaite être associé. D’autre part parce que, contrairement par exemple à la réforme de la santé du gouvernement Couillard qui a contribué à sa défaite, les Québécois n’y voient qu’une histoire terminée.

Et si la campagne révèle à tous l’homme bougon que les (rares !) adeptes de la période des questions à l’Assemblée nationale connaissent déjà, les Québécois se disent que le politicien Legault sait se faire rassurant en temps de crise. Justement, l’économie va mal, réélisons-le donc !

Et puis, soyons francs, l’opposition fait peur.

Paul St-Pierre Plamondon nous a fait découvrir un politicien rafraîchissant, aussi sincère que gentleman, avec un programme solide, mais l’idée même d’indépendance que défend le Parti québécois continue d’en effrayer plusieurs.

Gabriel Nadeau-Dubois a prouvé qu’il est un politicien de haute tenue et le programme de Québec solidaire est tourné vers l’avenir — bien trop pour ceux qui craignent son audace fiscale pour notamment faire face à la crise environnementale.

Dominique Anglade est une cheffe libérale dynamique, qui veut défaire l’image d’austérité accolée depuis des années à son parti. Mais la majorité des électeurs sont des francophones qui s’inquiètent des compromis auxquels elle est prête pour sauvegarder sa base électorale anglophone.

Quant au nouveau chef conservateur Éric Duhaime, la campagne a confirmé son sens critique et son talent pour la répartie. Il est par ailleurs important que la grogne populaire qu’il représente soit entendue au sein même de l’Assemblée nationale. Mais pas trop non plus ! Car il ne manque pas de propos douteux chez ses candidats et ses partisans.

Dommage quand même que François Legault ne sache pas savourer cette chance qu’il a que le contexte lui soit si favorable… Quel autre politicien pourrait se permettre de mener une aussi mauvaise campagne en perdant seulement quelques plumes et en demeurant assuré de grossir sa majorité lundi soir ?

Décidément, cette campagne passera à l’histoire.

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Cette campagne passera-t-elle à l’histoire vraiment ?

Depuis le temps que je suis la politique, J’ai commencé à m’y intéresser très jeune, donc cela fait presque soixante ans… j’ai toujours trouvé que les campagnes électorales se suivent et pratiquement la campagne suivante me fait presque oublier la campagne précédente.

Je ne voudrais pas paraitre blasé ; objectivement, je n’ai rien trouvé de tellement intéressant dans cette campagne exception faite du deuxième débat à la maison de Radio-Canada que j’ai trouvé très discipliné, une première à ma connaissance.

Dans mes annales politiques, seule la campagne électorale d’Union de la gauche menée en France en 1981 par François Mitterrand mérite selon moi d’être soulignée comme un moment historique. Cette période pré-électorale avait vraiment drainé tout l’espoir des Français ; si ce n’est que deux générations plus tard, tout est encore à recommencer.

Dans notre paysage politique québécois, il n’y a pas vraiment un(e) chef(fe) qui se soient distingué(e)s ; cela ne fait que vérifier l’adage qui consiste à diviser pour mieux régner et François Legault en vieux politicien aguerri use et abuse de cette prérogative.

Une surabondance de partis qui sont incapables de s’organiser et/ou de se coaliser pour offrir une véritable alternative qui fasse tomber le gouvernement. Un arrangement indispensable dans un système qui ne favorise aucun partage des pouvoirs.

Cette campagne serait peut-être passée à l’histoire si on avait une bonne fois pour toute choisi de faire de la politique autrement. ― Et pourquoi pas passer pour une fois de la parole au geste.

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C’est sûr que François Legault n’est pas le meilleur orateur. Une campagne électorale est qui est le meilleur Manipulateur. Il y a eu des politiciens qui était très bon pour la population avant mais en campagne pas assez bon parleur. Beaucoup de monde votes sans suivre la politique entre les campagnes et s’est de valeur. Des bons politiciens perdent p.c.q. pas bon orateur mêmes s’ils font un très beau job. Regarder monsieur Trudeau dépense en se foutant du futur mais très très bon Orateur. Tous les Politiciens adorent donner de l’argent mais il faut penser à nos enfants et arrière petit enfant aussi.

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Les Grenouilles qui demandent un roi

Les grenouilles se lassant
De l’état démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique :
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S’alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, les roseaux,
Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu’elles croyaient être un géant nouveau.
Or c’était un soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
Qui, de le voir s’aventurant,
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant ;
Une autre la suivit, une autre en fit autant :
Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu’à sauter sur l’épaule du roi.
Le bon sire le souffre et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :
« Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue. »
Le monarque des dieux leur envoie une grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir ;
Et grenouilles de se plaindre.
Et Jupin de leur dire :« Eh quoi ? votre désir
A ses lois croit-il nous astreindre ?
Vous avez dû premièrement
Garder votre gouvernement ;
Mais, ne l’ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier roi fut débonnaire et doux
De celui-ci contentez-vous,
De peur d’en rencontrer un pire.»

Jean de La Fontaine, Fables

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Moi je dis que Legault est bien assez rusé pour avoir été délibérément poche pendant la campagne, histoire de ne pas se retrouver avec trop d ‘hommes et de femmes à nommer ministres, il l’a déjà dit d’ailleurs qu’il avait peur d’avoir 100 ministres à gérer. Et puis, il sait très bien que les Québécois se méfient des gagnants, préfèrent les gens un peu underground, un peu losers, la remontée du PQ en est un exemple éloquent. Ce serait vraiment intéressant s’il ne remportait pas la mise ou avec bcp moins de majorité que celle annoncée…

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Très bonne analyse de Josée Boileau; une analyse juste, éclairante qui interprète bien comment même je perçois les différents chefs et l’ensemble de la situation politique par rapport au partis. Merci!

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Premièrement j’aimerais vous dire que depuis René Lévesques, Landry et Bouchard il y a une majorité de chefs politiques, de députés ect qui jouent les acteurs dans une pièce de théâtre ayant comme thème: Ne soyons pas identiques. . Il faut adapter le discour que les gens veulent entendre. Legault n’est pas un bon orateur ni un bon acteur en dplaises aux journalistes mais il est authentique et malgré la mauvaise foi de plusieurs d’entre-vous qui ne cherchent que le sensionnaliste Legault garde sa personnalité. Eh oui il est bougon et il déteste se faire critiquer quand ces critiques ne sont que des attaques personnelles à son égard. Vous allez me dire oui mais selon l’Éthique il devrait êtrte très calme et ne pas réagir avec enthousiastes aux proppos de ces détracteurs. Un bon moment donné. il est bon que le PM. leur rappelle qu’il n’est pas une Marionette comme Justin Trudeau et qu’il a du caractèere. Secondo, expliquer moi comment Les Duhaime, Anglade et Naud-Dubois peuvent représenter une très bonne opposition à la chambre des communnes quand leurs programmmes ne tiennent pas debout. À part monsieur Plamondon les autres chefs sont selon moi sont des idéologistes qui ne vivrent pas sur la même planète que les Qébécoises et Québécois. En terminant le titre de votre article laisse présager que la popularité de M. Legault n’est pas due à sa compétence, à la qualité de son équipe et de son leadership, comme journaliste c’est pas fort!! Sans rancune.

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M, Ĺegault est celui qu’il nous faut IL l’a prouvé a plusieur reprises IL nous inspire confiance et je souhaite que le parti d’opposition soit le (pQ) M,

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Aussi étrange que cela puisse paraître, les Québécois constituent un peuple frileux qui aime bien son confort et est plutôt indifférent à son avenir. La CAQ est un parti du passé, la résurrection de l’Union nationale de Maurice LeNoblet Duplessis, avec des politiques mi figues mi raisins à saveur nationaliste. À l’instar de M. Duplessis, M. Legault aime bien être le roi absolu du royaume du Québec et les Québécois aiment bien leur homme fort qui les sécurise et leur assure leur confort, quel qu’en soit le prix à payer pour les prochaines générations. Un p’tit chèque en prime!

Quant à la xénophobie dont notre peuple souffre sans le savoir, M, Legault et son équipe l’ont entretenu sans vergogne alors que pour la majorité des Québécois la menace vient de l’étranger, de celui qui, comme l’Anglais, débarque ici pour se faire une place en tassant les natifs. En alimentant cette flamme, M. Legault assure malheureusement sa réélection, cela étant basé sur un mensonge et une xénophobie mal gérée.

Finalement, l’hypocrisie de cet homme est sans bornes car il peut maintenant aspirer au pouvoir absolu encore une fois grâce à un système électoral qu’il avait promis de moderniser par une forme de proportionnelle – s’il avait tenu sa promesse, il ne pourrait régner sur la province sans partage et le gouvernement devrait représenter au moins 50% des électeurs, imposant à M. Legault de former une coalition. S’il a renié sa promesse, c’est qu’il voulait le pouvoir absolu au mépris d’une véritable démocratie qu’il voit comme le fruit des élucubrations d’intellectuels. En cela, le machiavélisme de M. Legault s’apparente à celui de Trudeau père…

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Devoir diriger une nation au cours d’une pandémie inédite relève davantage du mauvais sort que de la chance. Je n’aurais pour rien au monde voulu être dans les souliers de M. Legault.

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Cette campagne prouve que nous devons trouver une autre façon d’élire un gouvernement.Uninominal avec 2-3 partis, ça va, mais avec 5 et dans certains comté 9 ,ça ne fonctionne plus.Trop de gens tres compétant ne peuvent nous servir parce que nous votons,en général pour un parti.Je ne peux croire que nous ne puissions trouver une façon d’avoir des gouv. plus représentatifs alors que nous pouvons conduire un petit véhicule sur Mars. A quand un changement?

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Gabriel Nadeau-Dubois a prouvé qu’il est un politicien de haute tenue et le programme de Québec solidaire est tourné vers l’avenir — bien trop pour ceux qui craignent son Gabriel Nadeau-Dubois a prouvé qu’il est un politicien de haute tenue et le programme de Québec solidaire est tourné vers l’avenir —

N’en jetez plus la cour est pleine

C’est bien beau les balados des idées dangereuses de Nadeau Dubois ..et si on désarmait la police que son parti a fait disparaitre ,son gauchisme radical , son projet de rupture, se présenter comme le parti des urnes et de la rue ,les luttes anticapitaliste planétaire de leur collectifs communiste , le marxisme ,ses amitiés avec le communiste rouge bon teint Jean Luc Melanchon…mais peut –on parler du vrai programme de QS et non pas de leur promesses électoraliste et sans lendemain qui ne serwent qu’as gommer le radicalisme et la vrai nature idéologique
de QS

QS auras beau camoufler la vraie nature idéologique de son parti, ses radicaux , ses collectifs marxistes ..les Québécois ne sont pas aveugle comme certain chroniqueurs progressiste de médias de la gauche libéral qui porte QS aux nues

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Monsieur Desy, vous voyez clair.
Ça fais dix ans que je dis que Gabriel Nadeau-Dubois est animé par la philosophie marxiste et qu’il faut s’en méfier. Il semble qu’au Québec on ne comprend pas ce qu’est la philosophie marxiste et jusqu’à quelle point c’est néfaste. J’ai pris des cours sur le marxiste au CEGEP du Vieux-Montréal dans les années 70, l’époque des contestations. J’y ai étudié l’analyse marxiste où on nous enseigne que le marxisme est une science virale. Une fois qu’on comprend comment le marxiste infecte la pensée d’une société non-avertie avec sa propagande qui mimique le gros bon sens populaire, on comprend comment mortelle cette infections peut-être.
Le programme de Québec solidaire est tourné vers l’avenir marxiste de Gabriel Nadeau-Dubois.

Et que penser de cette alliance rompue par QS en 2018 avec le PQ qui a contribué à faire de la CAQ le monstre majoritaire qu’il est devenu? Un jeu de pouvoir opportuniste à souhait de la part de QS qui n’a fait qu’affaiblir les forces d’opposition jusqu’à ce jour et pour l’avenir prévisible. GND et alii ont beau jouer les purs, ils ne sont plus en fait que les alliés objectifs du François Legault qu’ils prétendent combattre.

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