Frontière gréco-turque : une démocratie ajoute une fortification à sa porte

La Grèce parachève ce mois-ci le blindage de 12 kilomètres de frontières avec la Turquie dans une tentative désespérée d’enrayer l’afflux d’immigrants illégaux, alors même que les nombres d’attaques violentes contre ces derniers ne cessent d’augmenter dans la République hellénique en proie à une crise sans précédent. Amorcée l’été dernier, cette barrière est la dernière-née d’une série de fortifications érigées par des démocraties depuis la fin de la Guerre froide. Après les Etats-Unis (le long de leur frontière avec le Mexique), l’Espagne (autour des enclaves de Ceuta et Melilla), Israël (suivant de façon plutôt aléatoire la fameuse ligne verte,), l’Inde (avec le Pakistan, le Bangladesh et la Chine), la Grèce a décidé en janvier dernier d’ajouter une barrière le long d’une enclave de la Thrace qui s’enfonce en territoire turc, Evros. Avec l’espoir affirmé que cela lui permette de contenir ce que l’opinion publique voit comme une « invasion migratoire ». Avec l’intention nette de montrer à cette opinion publique que le gouvernement agit. Et avec pour résultat, de simplement contribuer à déplacer, sans enrayer le flux migratoire, comme le montrent les expériences antérieures, les flux de migrants dans des zones plus périlleuses.

Élisabeth Vallet
Professeure associée au département de géographie de l’UQAM et directrice de recherches à la Chaire Raoul-Dandurand

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