Fureur d’hier et d’aujourd’hui

Ne feignons pas notre étonnement : la violence fait partie de la culture politique au Canada. Mais celle de 2021 n’a rien à voir avec celle de 1968.

Christian Blais pour L’actualité

C’est d’abord à la radio que j’ai entendu Justin Trudeau évoquer la furie et l’intensité des manifestants qui ont conduit à l’annulation d’un événement qu’il devait tenir à Bolton, en Ontario, vendredi dernier. Il a d’ailleurs précisé que, tant au cours de sa propre vie politique qu’aux côtés de son père, il n’avait jamais « vu ce niveau de colère ».

Me sont alors revenues en tête les images d’une autre campagne électorale, celle de juin 1968, avec un Pierre Elliott Trudeau qui, debout bien droit, laisse filer les bouteilles de bière lancées vers l’estrade où il se tient.

M. Trudeau père était alors premier ministre désigné depuis qu’il avait remplacé Lester B. Pearson à la fin avril. À la veille du scrutin fédéral (où il sera élu pour de bon premier ministre), sa présence au défilé de la Saint-Jean-Baptiste à Montréal soulève une si grande colère dans les milieux souverainistes, qui prennent de plus en plus de place au Québec, que la soirée tourne à l’émeute.

Cet affrontement est passé à l’histoire. Il a entraîné la mise au rancart du fameux défilé pour des années à venir. Surtout, Pierre Elliott Trudeau venait de se donner une stature d’homme qui ne recule devant rien.

Oui, on pouvait véritablement parler de colère et de fureur en 1968 — ce que Justin n’a évidemment pas vu, puisqu’il n’était pas né. Mais dans ces années mouvementées, l’agitation sociale était partie prenante de l’actualité et a souvent tourné à la violence.

On n’en est pas là en 2021. Vendredi, la centaine de manifestants présents étaient hargneux et narguaient la sécurité, rendant impossible tout discours de la part de M. Trudeau fils. Mais nul projectile ne fut lancé et la décision de tenir ce discours quelques kilomètres plus loin a suffi pour empêcher que la situation dégénère.

Serions-nous devenus plus timorés face à la grogne populaire, certes toujours désagréable à voir et difficile à vivre, mais qui n’a rien d’inédit dans notre histoire politique ?

En fait, ce qui nous trouble, et ce qui justifie qu’immédiatement les chefs des principaux partis ont dénoncé les manifestants, c’est que la colère d’aujourd’hui est plus pernicieuse que celle d’autrefois.

La différence, c’est qu’elle n’a pas de cause. Les manifestants évoquent le passeport vaccinal ou les mesures sanitaires, mais alors c’est le coronavirus qui est leur adversaire ! Et face à celui-ci, la science est claire : « Il n’y a pas de débat sur la vaccination », comme l’a bien dit Justin Trudeau vendredi soir en réaction aux événements. Le virus n’a cure des opinions des uns et des autres, seul le vaccin peut le ralentir.

Dès lors, puisque l’enjeu n’a rien de politique, il ne peut y avoir de dialogue, d’échange, de médiation. Ça mène les manifestants dans un cul-de-sac, ce qui nourrit leur colère. Cette colère restant sans réponse satisfaisante à leurs yeux — car qu’évoquer d’autre que la santé publique, le bien-être collectif —, ils s’enfoncent dans toujours plus d’irrationalité. 

C’est ce cycle qui est nouveau dans notre vie publique. Et on n’en voit pas la fin, ni de quelle manière ces frustrations peuvent être canalisées. Des partisans conservateurs ont beau participer à des manifestations, leur chef Erin O’Toole les a désavoués sans réserve. Pas d’appui de ce côté.

Pas sûr non plus que les manifestants en colère tiennent à être récupérés par un Maxime Bernier, le covido-sceptique chef du Parti populaire du Canada. Il y a quelque chose de farouchement solitaire dans leur colère — d’ailleurs, elle se vit d’abord sur les réseaux sociaux, chacun seul à son clavier, avec toutes les tactiques d’insultes et d’intimidation que l’on connaît bien maintenant. 

Et la furie de ces quelques-uns ne fait que renforcer l’exaspération de la majorité, qui n’a aucune envie de se joindre au camp des exaltés. Ce qui nous ramène à la politique : voilà qui peut très bien servir Justin Trudeau, le chef pourchassé !

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Le monde arabe est en crise mais l’Occident aussi! Les gouvernements de droite sinon d’extrême droite sont devenus la norme. Les trois seuls gouvenements progressistes étaient ceux de Macron, de Trudeau et de Merkell. Macron est talonné par Marine LePen, Trudeau par Erin O’Toole et alors que Merkell quitte, je lisais aujoud’hui que son parti est menacé. Le monde occidental n’a jamais été aussi près de basculer dans le fascisme. C’est pire qu’à l’époque du FLQ.. Les réactionnaires identitaires anti-modernité qui font de la diversion en propageant une fausse menace des dits « wokes » sont en train de gagner! Et on ferme les yeux! Le Canada et le Québec sont aussi contaminés par ce courant conspirationniste qui a porté Donald Trump au pouvoir.. Bravo! les champions qui souhaitent le départ de Trudeau. On a connu une pause aux USA face à cette dérive des suprémacistes blancs par l’élection de Joe Biden. Ne nous leurrons pas! les élections de la mi-mandat devrait redonner le gros bout du bâton aux républicains. Le réveil risque d’être brutal!

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Vous avez raison, le monde entre dans une période obscurantiste, et un des pires aspects de tous ces fiers à bras de droite et d’extrême-droite qui ont pris le pouvoir ou cherchent à le prendre, c’est qu’ils se contrefichent de l’environnement, et même qu’ils se font un cheval de bataille de leur climato-négationnisme. Mais je trouve un certain réconfort à voir que toutes sortes de recherches scientifiques continuent à être menées partout dans le monde et qu’il se met de plus en plus de capital dans des projets d’élimination ou de réduction des méfaits environnementaux qu’entraînent les activités de l’humanité. Je me réconforte aussi à me dire que le mouvement vers l’égalité des femmes et des hommes (le progrès de cette égalité, c’est le progrès de l’humanité, et même en Iran, les femmes peuvent aller à l’université) est trop avancé pour reculer complètement.

Penser qu’il ne peut y avoir de débat sur la vaccination face au coronavirus, c’est bien là le problème, Mme Boileau. Cette seule affirmation a de quoi justifier la colère des gens. Il est faux de prétendre que la communauté scientifique et médicale est unanime sur ce sujet. Certains par exemple pensent que c’est une erreur fondamentale que de vacciner durant une pandémie parce que cela favorise le développement de variants de plus en plus virulents. Il y a aussi le fait que des traitements efficaces existent à l’aide de molécules simples et peu onéreuses, notamment l’ivermectine. Toutefois, ces infos ne sont pas évoquées dans les médias subventionnés par l’Etat ou, quand elles le sont, c’est pour les condamner. Hélas, la vaccination est devenue la nouvelle religion d’État et cet article en est une autre démonstration. Hors du vaccin point de salut! Et si vous osez contester cette vision dominante, vous serez traités comme des hérétiques.

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Chère Madame Gaboury, comme vous, je suis à la recherche de la vérité, du moins des faits les plus probables. Quand cela concerne une question scientifique, nous devons vérifier la qualité scientifique des informations que nous lisons avant de répandre une information. Ce travail intellectuel plutôt difficile s’appelle la «vérification des faits».

En science, la «vérification des faits» passe par les articles validés par les pairs (i.e. des comités de lecture formés de scientifiques experts du domaine) que l’on retrouve dans les revues scientifiques reconnues comme Nature, Science et d’autres. Il faut se méfier des blogues, des textes d’opinion et les réseaux sociaux où tout un chacun écrit n’importe quoi sans vérification. N’est-ce pas?

Vérifier la qualité scientifique d’un article n’est ni simple, ni facile, même pour une personne intelligente et allumée comme vous ou moi… Cela demande certaines connaissances (qui peuvent s’acquérir), du raisonnement et surtout beaucoup de travail. Par exemple, un consensus scientifique n’a jamais voulu dire unanimité, car sur des milliers de scientifiques, il y a toujours comme dans toutes les professions, disons «des originaux» qui de bonne ou de mauvaise foi avancent des choses sans vraiment les prouver, de vrais incompétents, et «des mercenaires» à la solde des compagnies pétrolières.

En ce qui concerne les affirmations qui sortent du consensus scientifique, il faut appliquer un principe assez simple qui dit «En science, le fardeau de la preuve revient à celui qui affirme et plus une affirmation est extraordinaire, plus grand est le fardeau de la preuve demandé.» (https://bit.ly/38tdsGk).

Si vous n’avez pas toutes les compétences et/ou le temps pour vérifier les faits, trouvez-vous une source fiable d’information. C’est là que de bons journalistes scientifiques peuvent nous aider. Par exemple, Mme Valérie Borde de l’Actualité ou Monsieur Jean-François Cliche du Soleil. Comme vous et moi, ils ne sont pas parfaits, mais ils ont maintes fois prouvé leurs compétences dans la vulgarisation scientifique et la vérification des faits.

C’est pourquoi concernant l’ivermicine, je vous invite à lire et vérifier le très bon article de M. Jean-François Cliche, «L’ivermectine fonctionne-t-elle vraiment contre la COVID-19?» (https://bit.ly/3kPg6fw).

Je suis prêt à discuter et répondre honnêtement à vos questions et objections dûment documentées sur le sujet.

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

Oui il peut y avoir débat sur la vaccination, mais qu’on le fasse sur des faits et non sur des opinions. En date d’aujourd’hui (données du ministère de la Santé su Québec), les personnes non-vaccinées ont 8.6 fois plus de risques d’être infectées, et 24.8 fois plus de risques d’être hospitalisées. Quelqu’un peut-il suggérer un seul autre traitement ou intervention préventive qui donne d’aussi bons résultats ? L’ivermectine ? Aucune étude n’a prouvé son efficacité, tout comme l’hydroxychloroquine, le remède miracle de 2020. Rappelons aussi que l’ivermectine est un anti-parasite, et n’a pas d’utilisation comme médicament anti-viral. Les vaccins causent les variants ? Ces derniers apparaissent de façon aléatoire lors de la réplication du virus: plus il y a de malades, plus il y a de réplications du virus, et plus on risque de voir un variant plus contagieux. D’ailleurs, tous les variants sont apparus avant la campagne de vaccination (Royaume-Uni, Brésil, Afrique du Sud), ou vaccinée à moins de 5% (Inde).
La vaccination n’est pas la seule porte de sortie, c’est vrai. Mais c’est de loin l’intervention la plus efficace.

Il y a vingt ans, ç’avait été la nation américaine (étatsunienne) qui avait été attaquée.
Hier soir, c’est la nation québécoise qui l’aurait été. En tout cas, c’est ce même mot qui est employé par le PM/Q pour décrire la chose.
Les deux événements ne sont pas de même envergure, ampleur, densité ou intensité. Mais on n’en parlera pas moins autant de l’un que de l’autre au cours des prochains jours…

C’est dire, hein, comme on peut « faire » beaucoup avec peu, comme on peut en venir à « faire » peu d’énormément. Il y a, effectivement, actuellement, indue manifestation intempestive de fureur au détriment de la multitude; comme y a-t-il concomitamment symétriquement un (se)-laisser-faire à la québécoise-type de la multitude.

Manque de coeur comme trop de coeur alimentent, fomentent rancoeur, lorsqu’on (s’)écoeurre ainsi trop (longtemps) exagérément.

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Comme pour y répondre en guise de complément confirmatif…, le téléjournal de R.-C. à Québec débutait ce soir par :
« Le chef du BQ est en furie et le PM/Q ne l’est pas moins »…

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