Gare au tout répressif

À quoi bon durcir la loi ? Pour priver ces djihadistes nouveau genre d’une connexion Internet ? La colline du Parlement ne sera pas plus en sécurité.

Une caméra de sécurité capture Michael Zehaf-Bibeau alors qu'il se dirige vers le Parlement.
Une caméra de sécurité capte des images de Michael Zehaf-Bibeau alors qu’il se dirige vers le Parlement.

PolitiqueDeux militaires tués en trois jours par des extrémistes convertis à l’islam. Et voilà le débat sur le renforcement de la loi antiterrorisme qui repart de plus belle.

Faut-il durcir la loi ? Accroître la surveillance des individus «à risque» de radicalisation ? Faciliter la surveillance et l’interception de leurs communications ? Avant de cocher oui à toutes ces cases, il y a lieu de prendre un pas de recul, et de revenir sur l’attentat terroriste commis par Michael Zehaf-Bibeau, qui a tué le soldat Nathan Cirillo avant d’être abattu dans l’édifice du Parlement, mercredi, à Ottawa.

Zehaf-Bibeau n’a laissé aucune explication sur ses motivations. Le portrait qui émerge est celui d’un jeune homme en déroute, ayant coupé les liens avec sa mère depuis cinq ans. Accro au crack, il vivait depuis peu dans un refuge d’Ottawa et cherchait à renouveler son passeport pour se rendre en Syrie, où la guerre civile fait des ravages.

Contrairement aux premières informations qui ont circulé, son passeport n’avait pas été confisqué, mais sa demande de renouvellement faisait l’objet d’une enquête minutieuse. Le jeune homme ne faisait pas partie de la liste des 93 Canadiens à «haut risque» qui sont suivis par les autorités et empêchés de quitter le Canada, a confirmé le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Bob Paulson. L’adresse courriel de Zehab-Bibeau s’est retrouvée cependant sur le disque dur d’un autre individu accusé de terrorisme, une piste que la police continue d’explorer.

La GRC avait peu de raisons de croire que Zehaf-Bibeau posait une menace à la sécurité nationale. Des fêlés comme lui, il y en a d’autres dans les mouvements d’extrême gauche et d’extrême droite, et même dans certains groupes écologistes radicaux. Aucune loi n’empêchera le passage à l’acte qui comporte une part d’inexplicable, surtout quand l’auteur de l’attentat emporte ses secrets dans la mort.

À quoi bon durcir la loi ? Pour priver ces djihadistes nouveau genre d’une connexion Internet ? La colline du Parlement ne sera pas plus en sécurité. Tous les citoyens y perdront au change si ces deux attentats, graves mais isolés, servent de prétexte pour supprimer les libertés civiles.

Pour commencer, il faut raffermir le dispositif de sécurité déjà existant pour limiter les dégâts. Le modus operandi de Zehaf-Bibeau sent l’improvisation. Et pourtant, il a réussi à franchir les portes du Parlement, une arme à la main.

N’eut été du sang-froid des policiers présents — Kevin Vickers en tête —, qui sait les dommages qu’il aurait pu causer à l’intérieur du Parlement, où se trouvaient des députés et un premier ministre apeurés. Les dommages auraient été décuplés s’il avait réussi à tuer un élu dans l’enceinte démocratique, ce qui était bel et bien le but de son projet terroriste.

Qu’une cible d’aussi grande valeur que le Parlement du Canada soit aussi facilement accessible pour le premier des illuminés me laisse perplexe.

Jeudi, à Radio-Canada, un ancien sous-commissaire adjoint à la GRC qui était responsable de la sécurité au Parlement, Pierre-Yves Bourduas, était très critique des mesures de sécurité en place. «Il y a eu un manquement. [Mercredi], c’était un cri d’alarme», a-t-il dit.

Zehaf-Bibeau n’aurait jamais dû être en mesure de mettre un pied à l’intérieur du Parlement. Il aurait suffi de poster des gardes armés à l’extérieur, en première ligne, et de verrouiller les portes pour lui barrer la route. Ce n’est pas moi qui le dis ; c’est un spécialiste de la sécurité.

Cette mesure n’aurait pas empêché Zehaf-Bibeau d’abattre le soldat Nathan Cirillo à bout portant. Sa mort est vaine, inutile, injustifiable.

Mais avant d’envisager un énième renforcement de la loi antiterrorisme, les élus devraient penser à mettre un verrou sur la porte de la maison. Ce serait une réponse mesurée à un attentat démesuré.

La radicalisation des Canadiens est un phénomène inquiétant, mais somme toute marginal. Il faut s’y attaquer… mais pas seulement par l’approche répressive.

L’attentat commis par Martin Couture-Rouleau, qui a tué le militaire Patrice Vincent lundi, en le fauchant avec sa voiture, devrait nous le rappeler. Couture-Rouleau était suivi par la GRC depuis juin. Ses proches, impuissants devant sa conversation à l’islam radical, avaient alerté la police. La GRC et ses proches ont tenté de le raisonner, avec l’aide d’un imam… sans succès.

Pour lutter contre la radicalisation, les policiers devront apprendre à s’entourer de spécialistes : psychologues, criminologues, etc. Et laisser à d’autres le rôle de prévention. La réponse ne peut se limiter au tout policier, tout répressif.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Bonjour,
Vous avez parfaitement raison d’être prudent dans votre approche sur ces événements récents. En effet, après le choc initial on commence à se rendre compte qu’il s’agit plutôt de ‘malades’ que de véritables terroristes. Cela n’enlève rien à l’horreur et à la folie des actes posés mais remet en question les interventions publiques spontanées des médias officielles. En effet, il semble y avoir un paradigme ou une culture du ‘terrorisme’ comme explication inhérente qui est omniprésente dans ces milieux. BIen sûr, il peut y avoir une part de vérité mais de là à voir des terroristes dans sa soupe, il y a lieu de réfléchir sur les tenants et aboutissants de celui-ci. Ce qui m’inquiète particulièrement est la duplication de la pensée ou de l’approche ‘type USA’ des autorités concernées. Comprenez-moi bien, les américains, en tant que peuple, sont ou du moins ont été des pionniers des libertés individuelles et collectives et de la démocratie. Il n’en va certes pas de même pour la classe dirigeante tant financière que politique. Leur politique étrangère basée sur l’idéologie impérialiste est un fiasco et je ne puis que souhaiter qu’ils en prennent conscience. Malheureusement, nos propres autorités canadiennes calquent, depuis quelques années, la nôtre sur la leur et cela ne peut nous conduire qu’au désastre. En fait, je me pose parfois l’interrogation suivante: Le Canada est-il encore une véritable démocratie ou n’est-il pas plutôt devenu une sorte d’oligarchie?

Le Canada une oligarchie? Voyons donc!

Ces deux malheureux attentats sont le fait de francophones québécois.. Chut! Les journalistes veillent au grain pour que soit préservée la réputation de la société « distincte » dont ils voudraient faire un pays.

Fabrice De Pierrebourg a écrit un livre en 2010 « Montréalistan ». Montréal est un terreau fertile à l’émergence de mouvements radicaux..

Mais ce qui se passe depuis les derniers jours c’est la diversion.. Une fois de plus nos journalistes s’empressent à reprendre de plus belle la diabolisation de Stephen Harper, le Canada « bashing »

Les projecteurs du monde entier étaient dirigés vers le Canada cette semaine. Personne n’a pu ignorer combien les pays occidentaux ont témoigné une solidarité touchante envers notre pays.. Nos dirigeants ont réagi avec grande classe à la hauteur du grand pays démocratique qu’est le Canada.

Le patriotisme canadien a gagné en ferveur suite aux drames de la récente semaine au grand dam des séparatistes.

Alors les critiques contre les mesures de sécurité déficientes, la crainte anticipée des mesures qu’appliquera le Gouvernement Harper, ne sont que des échappatoires.. la question qui ne se pose pas au Québec et qui le devrait c’est:

« Comment expliquer les débordements de violence des dernières années (printemps érable), le niveau de corruption de notre société québécoise, que deux jeunes québécois aient pu en arriver à tuer deux de leurs concitoyens, des gardiens de notre démocratie? »

Quand aurons-nous le courage de se regarder sans complaisance en pleine face et cesser de rejeter le blâme sur les Autres…..

Une chose certaine, dans ce monde moderne et ces guerres qui ne visent qu’à entretenir la terreur, vaut mieux faire partie d’un grand ensemble.. Merci à nos militaires grâce auxquels nous nous sentons protégés..

Magnifique Quebec Bashing! Vous devriez passer à Sun News, ils adorent ce genre de prose anti-québécoise aussi vaine qu’inutile. Ça n’a strictement rien à voir avec le Québec et les séparatisses, ni même les socialisses. On parle de fanatiques religieux complètement lunatiques.

Les deux têtes brûlées qui ont fait des victimes étaient poussées par la rage, la bêtise, l’insignifiance, et les séquelles de la drogue. Il y a cent ans, ces inadaptés sociaux s’entichaient pour l’anarchisme sans même avoir lu Bakounine ou Kropotkine, ou Auguste Blanqui, et aujourd’hui, pour la création d’un Califat digne du haut moyen-âge, sans trop comprendre les messages du Grand Prophète. On ne combat pas la bêtise par des mesures policières, mais par l’éducation et des soins adaptés. Le combat ne finira jamais. Des malades de cette espèce il y en aura toujours, et des religions intégristes idiotes, monothéistes ou athées susceptibles de les mobiliser, seront toujours là pour les justifier. Des imbéciles sont prêts à tuer des êtres humains (Grande-Bretagne) pour se porter à la défense des animaux, d’autres de s’attaquer à des médecins qui pratiquent l’avortement, d’autres pour s’attaquer à l’État comme en 1900 (Timothy McVey). Le fanatisme n’a pas tellement besoin de plus de policiers que d’une élite politique et d’une presse intelligente, pondérées et démocratiques qui les dénoncent ou qui démontrent leur inanité par la qualité de leurs démonstrations. Cela requiert plus que des tirades simplistes qui nous invitent à combattre le Mal. On a les sociétés qu’on mérite.

Comme par hasard, hier la GRC annonçait qu’ils avaient maintenant la preuve qu’il s’agissait d’un acte « terroriste » ayant apparemment découvert une vidéo du meurtrier avec son délire mystique et de violence envers les autorités. Ça fait tellement l’affaire du gouvernement Harper qu’on a raison de se poser des questions sur cette preuve tellement opportune. Mais en fait, ce n’est pas surprenant car on aurait effectivement affaire à un lunatique qui vit un délire mystique meurtrier.

Mais sur le fond, vous oubliez de mentionner que les lois actuelles suffisent amplement à donner à la police et aux services de renseignements les outils juridiques nécessaires pour faire leur travail de protection du public et de nos institutions. Ce qui se passe depuis des années c’est que le gouvernement Harper ne donne pas les ressources financières nécessaires pour que la police et les procureurs puissent utiliser ces outils. C’est certain que faire de la surveillance, obtenir des mandats d’interception de conversations et de courriels etc demandent beaucoup de ressources policières et juridiques mais quand les policiers ont à peine les ressources humaines pour s’occuper des crimes graves qui arrivent quotidiennement, ils n’ont plus les ressources pour faire de la prévention et des enquêtes de détection des potentiels criminels. Imaginez-vous un peu la situation si la police nous disait qu’ils n’ont pu enquêter sur un viol à Montréal parce qu’ils étaient occupés à faire de la surveillance de désaxés potentiels! La police canadienne n’a même pas les ressources pour enquêter convenablement sur la plupart des dossiers de disparition et de meurtres de plus de 1 000 femmes autochtones!

C’est ça la réalité des coupures fédérales pour que vous payez moins d’impôts. Les conservateurs ont coupé dans la police et dans tous les ministères fédéraux pour faire plaisir aux contribuables et pour gagner leurs élections. Ils ont négligé la protection du Parlement car cela aurait coûté beaucoup plus que ce que ça coûtait et ils semblaient se ficher des risques potentiels qui étaient très prévisibles étant données les menaces de l’ÉI et la déclaration de guerre de Harper à leur endroit. C’était tellement prévisible que la semaine avant cet événement, la GRC avait averti les officiels de la sécurité du Parlement provincial de Victoria (CB) de la possibilité d’un attentat… alors qu’à Ottawa ils dormaient au gaz.

C’est plus populaire de faire peur aux Canadiens et de les rassurer ensuite en passant des lois qui risquent d’abuser des droits civils, plutôt que de prendre les moyens financiers pour donner aux policiers et aux agences de renseignements les moyens d’utiliser les lois actuelles qui sont plus que suffisantes pour faire face à ce genre de menaces, ainsi que d’installer un système de sécurité suffisant au Parlement pour protéger les parlementaires. En fait ces lois ne vous protégeront pas plus mais au contraire elles vont restreindre vos libertés, vont vous espionner dans plusieurs de vos activités, alors que ça ne changera strictement rien pour les fanatiques religieux dans un délire mystique.