Gérald Tremblay, un drôle d’animal

L’ex-maire de Montréal ne pouvait ignorer l’étendue de la corruption et de la collusion autour de lui, révèlent de nouveaux documents judiciaires obtenus par un consortium de médias.

PolitiqueGérald Tremblay «jouait à l’autruche», selon une source des enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

L’ex-maire de Montréal ne pouvait ignorer l’étendue de la corruption et de la collusion autour de lui, révèlent de nouveaux documents judiciaires obtenus par un consortium de médias. Son parti, Union Montréal, aurait partagé avec la mafia une taxe sur l’octroi des contrats publics.

Selon la source non identifiée de l’UPAC, un pizzo de 5 % de la valeur des contrats municipaux était versé à la mafia, et une ristourne de 5 % était donnée «à l’entourage du maire» ou à son parti.

«Gérald Tremblay est bien au courant, mais il préfère jouer à l’autruche, ce qui plaît aux conseillers impliqués, puisqu’il est malhabile face aux questions posées», affirme la source, dont les propos n’ont pas été prouvés en cour.

M. Tremblay a réfuté ces informations, qui sont contenues dans des déclarations assermentées produites par les enquêteurs. Ces déclarations ont permis à l’UPAC d’obtenir des mandats de perquisition dans le dossier de la vente à rabais des terrains du Faubourg Contrecœur par la Société d’habitation et de développement de Montréal.

Dans cette affaire, l’ex-président du comité exécutif, Frank Zampino, le collecteur de fonds d’Union Montréal, Bernard Trépanier et l’entrepreneur Paolo Catania (F. Catania et associés) sont accusés de fraude. Ils ont aussi été mis en cause à la commission Charbonneau pour les stratagèmes de financement occulte d’Union Montréal et leur implication dans le partage des contrats publics.

«Je n’ai jamais été au courant de ce stratagème et feint l’ignorance», a fait savoir Gérald Tremblay dans un communiqué.

L’ex-maire Tremblay ne m’a pas l’air d’une autruche, mais plutôt d’une carpe… comme dans l’expression «muet comme une carpe». Ou encore une taupe, tiens, ce petit mammifère quasi aveugle qui développe forcément une vision en tunnel à force de toujours creuser son trou en solitaire.

Le quotidien The Gazette a publié un florilège des meilleures déclarations de Gérald Tremblay sur ses efforts pour éradiquer la corruption et la collusion. «Je n’ai pas fait d’aveuglement volontaire», disait-il lors de sa démission. Dès que j’ai été mis au courant de problèmes, j’ai agi, et bla bla bla.

Le portrait est de plus en plus clair, maintenant. Gérald Tremblay n’avait pas les mains dans le plat de bonbons ; autrement, il aurait été mis en accusation. Il en savait probablement plus qu’il ne voudra jamais l’admettre sur les tractations de Frank Zampino.

Gérald Tremblay a fait un mariage de raison avec le puissant maire de Saint-Léonard afin d’obtenir l’appui des villes de banlieue et remporter les élections municipales de 2002. Il a fermé les yeux sur les tricheries, ainsi que les relations d’adultère et de promiscuité de Frank Zampino avec le monde des affaires.

C’était le prix à payer pour être en mesure de devenir maire de Montréal, et mener à terme son projet de réforme des institutions démocratiques, le développement des transports en commun et du réseau de pistes cyclables, etc.

Hélas ! c’est de l’incurie de Gérald Tremblay à lutter contre la corruption et la collusion dont se souviendront les Montréalais.

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À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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