Gestion de l’environnement : effets «per-verts»

Il fut un temps où l’arrivée d’une nouvelle ministre fédérale de l’Environnement, issue du Grand Nord canadien et d’origine inuite de surcroît, aurait été le fait saillant d’un remaniement de mi-mandat.

La ministre de l’Environnement du Canada, Leona Aglukkak. Sa nomination, l’été dernier, est passé quasi inaperçue, tout comme la question de l’environnement a disparu du centre de l’écran radar politique. – Photo : Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

Il fut un temps où l’arrivée d’une nouvelle ministre fédérale de l’Environnement, issue du Grand Nord canadien et d’origine inuite de surcroît, aurait été le fait saillant d’un remaniement de mi-mandat.

Pourtant, l’été dernier, la nomination de Leona Aglukkak, en remplacement de Peter Kent, a à peine fait couler l’encre indispensable pour inscrire son nom dans sa case ministérielle.

De sujet chouchou à l’époque où Stéphane Dion en avait fait le cheval de bataille du Parti libéral, en 2008, l’environnement est devenu, cinq ans plus tard, un parent pauvre qui fait peu ou pas de vagues aux Communes. La crise financière qui a secoué les places boursières en 2008 n’est pas étrangère à la disparition de l’environnement du centre de l’écran radar politique.

Cela dit, contrairement à bon nombre de ses partenaires, le Canada n’a pas été dans l’œil de la tempête économique. De plus, sa contre-performance en matière de lutte contre les changements climatiques — loin de lui avoir dégagé une marge de manœuvre sur d’autres fronts prioritaires — plombe aujourd’hui son ambition de s’imposer comme superpuissance énergétique.

Pour quiconque se préoccupe de la santé de l’économie canadienne, la gestion fédérale du dossier de l’environnement n’est pas une question d’intérêt secondaire. Comment alors expliquer qu’elle occupe de moins en moins de place dans le débat politique ?

Selon l’ancien candidat à la direction du Nouveau Parti démocratique fédéral Brian Topp, la situation tient davantage au rapport de force entre les divers partis qu’à l’importance, indéniable, de l’enjeu environnemental.

Après sa défaite au leadership contre Thomas Mulcair, Brian Topp est retourné dans les coulisses de sa formation. Au printemps dernier, ce stratège aguerri a dirigé la campagne électorale ratée du NPD en Colombie-Britannique. À l’échelle des défaites douloureuses du NPD, celle-ci arrive tout près du haut de la liste ; au déclenchement des élections, tous les sondages donnaient les néo-démocrates gagnants.

Le vent a tourné quand le NPD a pris position contre la construction de nouveaux oléoducs en Colombie-Britannique. Cette manœuvre visait à contrer le Parti vert. Mais en se radicalisant sur la question des pipelines, le NPD a finalement perdu davantage de votes parmi les électeurs qui cherchaient un gouvernement susceptible d’équilibrer développement économique et environnement qu’il n’en a enlevé aux verts.

Dans une analyse des déboires de sa campagne, Topp consacre quelques paragraphes percutants à cet épisode. Il avance que l’arrivée en scène des verts en Colombie-Britannique comme sur la scène fédérale est un facteur majeur dans l’évacuation du débat environnemental de l’arène politique. Selon lui, les verts — malgré leurs efforts pour élargir leur discours — continuent d’être identifiés au seul dossier de l’environnement. Plus il en est question, plus le parti prend de la place, et aucun de ses rivaux ne peut lui disputer son monopole sans s’écarter dangereusement de la mouvance principale de l’électorat. Jugeant qu’ils n’ont rien à gagner sur le terrain de l’environnement, néo-démocrates, libéraux et conservateurs y passent de moins en moins de temps.

L’analyse de Topp n’est pas complètement désintéressée. En Colombie-Britannique, le Parti vert est souvent une menace pour le NPD, au même titre que ses rivaux conservateurs ou libéraux.

Le fait est, néanmoins, que depuis l’arrivée d’Elizabeth May aux Communes, il y a deux ans, il a été moins question d’environnement, plutôt que davantage. La longue course au leadership libéral de la dernière année a laissé très peu de place à ce sujet. Pour faire le poids contre Elizabeth May, l’opposition officielle néo-démocrate a confié le dossier à Megan Leslie, une de ses plus efficaces députées, mais on ne peut pas dire pour autant qu’elle préside à un grand virage vert au sein du NPD fédéral.

Ce n’est pas nier la contribution de tiers partis comme le Parti vert que de constater que cette contribution serait plus appréciable et comporterait moins d’effets pervers dans un système électoral plus proportionnel.

C’est tout aussi vrai au Québec, où, avec l’implantation durable de Québec solidaire dans le paysage, les autres partis, à commencer par le Parti québécois, ont de plus en plus tendance à chercher leur salut électoral ailleurs que sur le front de la justice sociale.

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Le gouvernement Harper ne veut rien savoir de l’environnement si cela crée des misères à l’entreprise privée. On ne met pas de bois dans les roues des capitalistes. L’environnement c’est beau si ça ne mange pas de pain. Si ça a un coup, désolé, mais ça n’est pas au programme. Regardez, mais ne touchez pas. Voilà le mot d’ordre : Pas touche!

Le gouvernement Harper est pour les sciences si elles travaillent pour l’entreprise privée. La recherche pure, pourtant l’épine dorsale des sciences, est banalisée car ses retombées ne sont pas immédiates.

Comme disait l’ignorant et coloré Ministre des science et de la technologie de Maurice Duplessis, M. Bellemare, le Québec n’a pas besoin de chercheurs, il a besoin de trouveurs, donc pas de fonds pour les chercheurs. C’était la grande noirceur au Québec à l’époque.

Le gouvernement Harper ne veut surtout pas que l’on trouve des preuves nuisant à l’entreprise privée. Après moi le déluge. Pourtant on a déjà donné et compris la dangerosité de cette philosophie mortifère.

L’histoire se répétera. Ça va être beau.