Google Palestine : la Silicon Valley au service de la politique étrangère 2.0

Depuis le 1er mai dernier, l’entreprise américaine Google a décidé d’enlever de son moteur de recherche régionale « Google.ps » le terme « Territoires palestiniens » pour le remplacer par une appellation plus simple, mais non moins controversée : « Palestine ». Cette décision n’a pas manqué de faire réagir médias et acteurs politiques, en particulier l’État israélien qui, par l’intermédiaire d’un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, se questionne sur les raisons qui ont poussé « une entreprise Internet privée » à s’impliquer « dans la politique internationale et d’une manière controversée ».

Pourtant ce n’est pas la première fois qu’une entreprise numérique participe, de manière indirecte ou non, aux affaires internationales. Ainsi, l’opposition officielle de Google à la Chine en 2010, en réponse aux cyberattaques sur son site, a ouvert toute une discussion liée à la gouvernance mondiale d’Internet. En devenant l’un des symboles du printemps arabe, Wael Ghonim représentant de Google au Moyen-Orient, s’est aussi vu soupçonné d’être un emblème indirect de la diplomatie publique 2.0 américaine. Rappelons-nous aussi de Jack Dorsey, cofondateur de Twitter qui, suite à un courriel d’un officiel du département d’État, intervint en faveur du mouvement vert iranien en juin 2009, en retardant la maintenance de son site.

Comme je l’avais mentionné lors du dernier colloque de la Chaire Raoul-Dandurand, les entreprises privées sont des acteurs à part entière de la cyberdiplomatie, au même titre que les États, les membres de la société civile et les cyberactivistes.

Bien sûr, cette coexistence n’est pas exempte de tensions. Motivés avant tout par des buts lucratifs, les intérêts de ces sociétés économiques ne convergent pas forcément avec les acteurs classiques de la politique internationale. Jusqu’ici néanmoins, les entreprises de la Silicon Valley assurent les objectifs de la diplomatie numérique américaine, à savoir l’obtention de nouveaux marchés à l’étranger tout en faisant la promotion des valeurs portées par les États-Unis.

Une question subsiste alors : la décision de Google concernant la Palestine est elle en accord avec la politique étrangère de Washington ? Je n’ai pas encore la réponse à cette question.

Julien Saada

Doctorant en science politique @UQAM

Directeur adjoint, Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Chaire @RDandurand

Twitter @JulienSaada

 

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