Gouvernance souverainiste et assurance-emploi: le mélange des genres

La réforme de l’assurance-emploi cause bien des tourments au Québec. Vouloir étudier la situation, consulter les premiers concernés, chercher des pistes de solution est tout ce qu’il y a de plus louable. Mais quand le gouvernement Marois se sert de cet exercice pour illustrer la gouvernance souverainiste, il dessert la cause des chômeurs qu’il dit défendre.

La conférence de presse du ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et responsable de la gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, et de sa collègue Agnès Maltais (Travail, Emploi et Solidarité sociale) était révélatrice à cet égard. L’annonce initiale, qui a accaparé l’essentiel des déclarations d’ouverture, portait sur la gouvernance souverainiste et non sur l’assurance-emploi et la nouvelle commission nationale d’examen qui se penchera sur la réforme fédérale.

Cette commission a d’abord été présentée comme un nouveau outil pour réaliser la gouvernance souverainiste. En d’autres mots, on se sert de cette crise, qui exige une réponse urgente, pour mousser une autre cause. On ne peut pas reprocher aux souverainistes de prendre les moyens nécessaires pour promouvoir leur projet, mais si leur préoccupation première est le sort des chômeurs, la stratégie est à courte vue, fait fi de la réalité politique canadienne et est vouée à l’échec. Si, bien sûr, le but est de faire reculer Ottawa.

Cette commission a pourtant son utilité et la compétence et la rigueur de ses membres ne font pas de doute. Mais elle souffre de deux gros défauts qui risquent de réduire sérieusement l’impact de ses conclusions.

D’abord, le choix des deux co-présidents, l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe et l’ancienne ministre Rita Dionne-Marsolais. Les deux sont qualifiés pour faire le travail, mais choisir deux souverainistes convaincus pour mener une consultation publique risque d’avoir un effet repoussoir auprès des fédéralistes tout aussi opposés à cette réforme. Par souci d’équilibre, le gouvernement aurait très bien pu choisir M. Duceppe (ou Mme Dionne-Marsolais) et une personne ne venant pas du sérail souverainiste La ministre Agnès Maltais a soutenu que la commission était «indépendante» et, à son avis, «neutre». Mais sa composition donne l’impression contraire.

Le second défaut – le plus gros – est cette association étroite avec la politique de gouvernance souverainiste. M. Cloutier a affirmé ceci en conférence de presse: «L’enjeu d’un Québec pays n’est pas posé lorsqu’on me demande les conséquences de la réforme de l’assurance-emploi». Pourquoi alors présenter la nouvelle commission comme un maillon de cette gouvernance souverainiste?

Dans sa bataille contre le déséquilibre fiscal, le gouvernement Landry avait confié l’étude au fiscaliste et ancien ministre libéral Yves Séguin, se mettant ainsi à l’abri des accusations de partisanerie. Les conclusions percutantes de la commission avaient ensuite été présentées aux autres provinces qui avaient accepté d’élargir ses travaux, accentuant ainsi la pression sur Ottawa.

Le gouvernement Marois se prépare à mener une bataille contre les changements qu’Ottawa veut apporter au financement et aux programmes de formation de la main-d’oeuvre. Il aurait intérêt à ne pas faire la même erreur qu’il vient de faire dans le dossier de l’assurance-emploi.

Ce n’est pas en travaillant seul face à Ottawa dans des dossiers qui touchent toutes les provinces que le Québec peut espérer avoir de grands succès. Il risque plutôt de faire le jeu de Stephen Harper qui résiste depuis 2006 à toute rencontre des premiers ministres, préférant les relations bilatérales qui permettent de diviser pour mieux régner.

Le Québec a des alliés potentiels dans les autres capitales provinciales pour faire pression sur Ottawa, tant dans le dossier de l’assurance-emploi que de la formation. Ils ne seront toutefois pas au rendez-vous s’ils croient être associés à la gouvernance souverainiste. Le simple réalisme force à le reconnaître.

Durant sa conférence de presse, M. Cloutier a dit défendre les travailleurs québécois et vouloir, avec la commission, accroître le rapport de force du Québec face à Ottawa. En l’amalgamant à la gouvernance souverainiste, il a fait exactement le contraire.

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Bonjour Mme Conellier et bravo pour votre texte toujours aussi équilibré. J’ai particulièrement aimé le passage : « On ne peut pas reprocher aux souverainistes de prendre les moyens nécessaires pour promouvoir leur projet… », non car le projet souverainiste, cela ne se critique pas. Le projet des autres partis politiques, oui, mais pas celui du PQ hors de question!
Question: est-ce que l’assurance-chômage ce n’est pas de compétence fédérale? Comment réagirait le PQ si les conservateurs créait une commission afin d’étudier les taxes sur l’essence plus élevées au Québec, sous prétexte de vouloir retourner l’argent dans les poches des citoyens de la province?

Premièrement, le Québec n’est pas seul au monde. Il y a d’autres provinces canadiennes qui, également, se sentent lésées par les nouvelles normes venant de Ottawa.

Ensuite, la commission péquiste n’au qu’un seul but et UN SEUL: provoquer une chicane avec Ottawa et ainsi espérer augmenter le nombre de séparatistes.

Alain Dubuc a fait ce matin un excellent article sur le sujet que je m’empresse de partager avec vous:

LE ROAD SHOW:

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/alain-dubuc/201304/04/01-4637690-le-road-show.php

Extrait:

« Quant aux personnes, le choix de Gilles Duceppe n’est pas heureux. Pas parce qu’il est souverainiste. Pas parce qu’il est un ami du régime. Parce que sa feuille de route ne le prédispose pas à cette fonction. Toute la carrière politique de M. Duceppe s’est déroulée dans un parti d’opposition qui n’a jamais aspiré au pouvoir et dont la fonction première était de dénoncer les gouvernements fédéraux quels qu’ils soient. »

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