Gouvernement Harper: la mise en scène se poursuit

Je ne pensais pas qu’on me donnerait raison si vite. Dans mon dernier billet, je vous prédisais qu’après la conférence de presse de lundi du ministre de la Justice, Rob Nicholson, on aurait droit à une conférence de presse pour le dépôt de chaque projet de loi promis. Et à une autre au moment de leur adoption, puis de la sanction royale.

C’est parti. Aujourd’hui, le premier ministre Stephen Harper a lui-même dévoilé, à Vancouver, le projet de loi sur la réforme de la non-responsabilité criminelle. Après l’avoir annoncé sa venue à trois reprises, le gouvernement va de l’avant. Dans la foulée de l’affaire Turcotte et d’autres cas très médiatisés dans l’Ouest, Ottawa propose que certaines personnes jugées non criminellement responsables pour raison de santé mentale soient davantage encadrées par la cour et ne puissent être aussi facilement relâchées. Il crée donc une nouvelle catégorie d’«accusé non criminellement responsable à haut risque» dont les conditions de révision seront plus sévères, et prévoit une plus grande participation des victimes au processus. (Voici deux textes qui donnent plus de détails, en anglais et en français.)

Il est rarissime que M. Harper se charge de ce genre d’annonces. Il laisse cela d’habitude à M. Nicholson, à d’autres ministres ou même à des sénateurs.  Qu’il le fasse pour maintenant montre qu’il voulait attirer l’attention sur la mesure. Lui le faisant, c’est sûr que les médias allaient y être et donc en parler. Encore.

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C’est encore de la poudre aux yeux de démagogues qui ne savent pas ce qu’ils font. Un personne qui souffre de maladie mentale est un malade, pas un criminel et ces personnes doivent être traitées dans un hôpital, par des médecins – pas par des gardiens de prison (voyez ce qu’ils peuvent faire quand ils font face à une personne qui souffre de maladie mentale dans l’affaire de la mort d’Ashley Smith).

De toutes façons, vous avez raison de parler de l’affaire Turcotte car la preuve démontre qu’il n’est pas une personne à « haut risque » et que le meurtre de ses enfants était très circonstanciel. De plus le jury a cru la preuve psychiatrique de la défense alors qu’on doit se souvenir que les experts de la poursuite ne le considéraient pas comme souffrant de maladie mentale au sens du Code criminel – donc c’est le jury qui a pris la décision de le déclarer non-responsable pour cause de maladie mentale. Il est très improbable qu’un juge le classerait à « haut risque » pour le public et cette manoeuvre des conservateurs ressemble bien plus à de la poudre aux yeux pour gagner des votes qu’à une véritable préoccupation pour les victimes de crimes.