Grabuge à l’hôtel de ville de Montréal : un début de réponse

En imposant des sanctions aux quatre officiers de direction, le SPVM donne raison à la Fraternité des policiers. Aucun policier syndiqué n’a été traduit en discipline jusqu’à présent.

Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne
Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

PolitiqueLe grabuge des employés municipaux à l’hôtel de ville a fait des victimes collatérales. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) veut suspendre quatre cadres qui seraient restés les bras croisés, en août dernier, pendant que les fonctionnaires en colère foutaient le bordel sur le plancher du conseil, forçant le maire Denis Coderre à se cacher dans son bureau.

L’inspectrice en charge de la soirée écoperait d’une suspension sans salaire de 20 à 30 jours, tandis que les trois commandants sous ses ordres s’en tireraient avec des suspensions, sans salaire également, de cinq à dix jours. Les quatre cadres ont toujours la possibilité de contester les sanctions devant un comité de discipline.

C’est un début de réponse à une question fondamentale. Comment les agents du SPVM présents sur les lieux, le 18 août dernier, ont-ils pu laisser les employés envahir l’hôtel de ville, puis intimider et menacer les élus sans que le SPVM n’intervienne ?

Au lendemain de cette déplorable démonstration de force, je déplorais le comportement «honteux» des policiers. «Ils sont restés les bras croisés pendant que leurs « camarades » des autres syndicats semaient la pagaille au conseil et terrorisaient de pauvres élus municipaux dépassés par les événements », écrivais-je sur ce blogue. Le gros bon sens exigeait «une enquête interne sérieuse et des sanctions disciplinaires contre les policiers qui ont dormi au gaz à l’hôtel de ville».

Dans la foulée de cet épisode peu glorieux, le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francœur, déplorait «une comédie d’erreurs». Il blâmait «la haute direction» du SPVM pour l’immobilisme des policiers déployés à l’hôtel de ville. «Nos gens sur le terrain voulaient intervenir, mais ils n’ont jamais eu la possibilité de le faire. L’ordre n’est jamais venu», disait-il.

S’il y a une chose que j’ai apprise dans mes années de couverture des affaires policières, c’est que la Fraternité des policiers est toujours mieux placée et mieux renseignée que la direction du SPVM pour savoir ce qui se passe sur le terrain.

En imposant des sanctions aux quatre officiers de direction, le SPVM donne raison à Yves Francœur. D’ailleurs, aucun policier syndiqué n’a été traduit en discipline jusqu’à présent.

L’affaire est loin d’être classée, et elle continue de susciter un malaise à l’interne. Selon mes informations, les quatre officiers présents sur les lieux ce soir là n’étaient pas les plus expérimentés du SPVM. De qui prenaient-ils leurs ordres ? Pourquoi sont-ils restés au neutre ? Autant de questions sans réponses.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

Laisser un commentaire

« Nos gens sur le terrain voulaient intervenir, mais ils n’ont jamais eu la possibilité de le faire. L’ordre n’est jamais venu »
Quand un policier en uniforme est témoin d’un hold-up, attend-il qu’on lui donne l’ordre avant d’intervenir?
Ce que dit Yves Francoeur est de la bouillie pour les chats.