Grandes ambitions, petits dérangements

Cette semaine, les revendications des fonctionnaires ont subi une subtile transformation. Il n’est plus seulement question de la réforme des régimes de retraite, mais aussi de la lutte contre l’austérité libérale.

PolitiqueLes employés municipaux remettent ça. Mardi prochain, les 10 000 membres du Syndicat des fonctionnaires municipaux de Montréal (les cols blancs) feront à leur tour une journée de débrayage. Un autre baroud d’honneur pour protester contre la réforme des régimes de retraite.

J’ai écrit récemment que les employés municipaux avaient perdu la bataille de l’opinion publique, le jour où des fier-à-bras déguisés en cols bleus et en pompiers ont foutu le bordel à l’hôtel de ville.

Depuis ce jour fatidique d’août dernier, les employés municipaux ne sont jamais parvenus à rebâtir leur capital de sympathie, déjà bien mince. Les régimes de retraite plombent les finances publiques, les employés municipaux au Québec gagnent en moyenne 38 % plus cher que leurs homologues de la fonction publique provinciale, et les conditions de travail sont plutôt bonnes dans le monde municipal.

Dans leur combat pour préserver les acquis et faire respecter les contrats dûment négociés, les employés municipaux n’arrivent pas à convaincre l’opinion publique qu’ils ne forment pas une classe privilégiée qui se plaint le ventre plein. Ils pourront blâmer les méchants chroniqueurs de droite et diaboliser le triangle Coderre-Labeaume-Moreau autant qu’ils le veulent, rien n’y changera.

Mercredi, les 2 000 membres du Syndicat des professionnels de la Ville de Montréal, pas reconnus pour leur pugnacité, ont brandi les pancartes pour la première fois de leur histoire, le temps d’une journée. Avec d’autres employés en congé et des renforts venus d’un peu partout dans la région métropolitaine, les professionnels ont encerclé l’hôtel de ville, barrant la voie aux élus qui étaient venus pour l’adoption du budget 2015.

Pas de grabuge, pas d’arrestation. Et le budget a été adopté comme prévu.

Un peu partout au Québec, quelque 5 550 employés ont pris part au débrayage, à l’invitation de la Coalition syndicale pour la libre négociation. Le «Grand Dérangement» promettait de mettre le gouvernement Couillard devant les conséquences de sa réforme des régimes de retraite.

En partant, le nom était mal choisi. L’expression «Grand Dérangement» désigne la déportation des Acadiens par la Couronne britannique. Récupérer une opération de nettoyage ethnique pour en faire un slogan syndical, ce n’est vraiment pas l’idée du siècle. Par respect pour le drame acadien, de nombreux médias n’ont tout simplement pas repris l’expression.

À l’exception de Québec solidaire, tous les partis à l’Assemblée nationale ont dénoncé les moyens de pression. «Une grande mobilisation sans effet», titrait Le Devoir.

Le Parti québécois (PQ), allié indéfectible du mouvement syndical à une autre époque, a sonné le glas des syndiqués en donnant son appui au projet de loi. En échange de deux amendements, le PQ a promis de ne pas faire obstacle à l’adoption de la loi. Ces amendements visent à permettre le partage des déficits passés dans une proportion de 55 % pour la municipalité et 45 % pour les employés, et à compenser les employés pour l’indexation perdue, le jour où les régimes seront pleinement capitalisés.

Il ne reste guère d’autre voie que la contestation juridique pour la Coalition syndicale pour la libre négociation. Les employés peuvent bien crier «So ! So ! So ! Solidarité !», l’écho du public leur renvoie un «bof» bien senti.

Affaire classée ? Au contraire. Cette semaine, les revendications des employés ont subi une subtile transformation. Dans le discours et sur les pancartes, il n’est plus seulement question de la réforme des régimes de retraite, mais aussi de la lutte contre l’austérité libérale. Samedi après-midi, plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestaient d’ailleurs contre l’austérité, à Montréal et à Québec.

Et nous revoilà en 2003, alors que la réingénierie de l’État, lancée maladroitement par le nouveau premier ministre, Jean Charest, avait soulevé les forces progressistes.

Sur certains campus universitaires, quelques associations étudiantes ont des démangeaisons dans les jambes. La formidable capacité de mobilisation du mouvement étudiant est intacte, près de trois ans après le «printemps érable» qui a eu raison de Jean Charest.

Le Québec pourrait bien assister à un remake de 2012, dès le printemps prochain. Cette fois, les syndicats de la fonction publique pourraient se retrouver à l’avant-scène de la contestation, avec les étudiants en arrière-scène. L’exact contraire du «printemps érable».

Le gouvernement Couillard n’est pas au bout de ses peines.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Depuis le malheureux incident de l’hôtel de Ville de Montréal chroniqueurs et éditorialistes ont conclu que les syndicats avaient perdus la bataille de l’opinion publique. Selon vous, à quand remonte la dernière fois que l’opinion publique a soutenu un conflit de travailleurs et de travailleuses de la fonction publique municipale parce qu’à mon souvenir, les seuls conflits d’employés de la fonction publique qui ont rallié l’appui de l’opinion publique sont incontestablement celui des infirmières et possiblement des travailleuse de garderies.

L’opinion publique a rarement été généreuse avec la fonction publique, qu’elle soit fédérale, provinciale ou municipale.

Le guerre d’opinion publique est peu importante quand l’enjeu est un vol de l’état à l’endroit des contribuables, qui n’ont comme seul défaut d’être fonctionnaire. Mais la grande manipulation médiatique est contre le projet de Loi3, c’est évident! La population sort tranquillement de son esclavage hypnothique, et les médias tente de mettre un frein a cet élan. Un vol est un vol, et les employés municipaux ne sont pas des monstres! Quand les élues seront imputables, quand ils appliqueront la Loi3 intégralement pour eux, quand ils imposeront les banques convenablement, quand les amis du 1% cesseront d’avoir du pouvoir sur nos politiciens, et bien là, j’accepterai des compromis si besoin est!

A force que différents groupes font la grève à tour de rôle, le gouvernement sauvera assez d’argent pour éviter l’austérité. Continuez àenser aux autres…

Ce n’est pas le gouvernement qui n’est pas au bout de ses peines. Ce sont les Québécois eux-mêmes ! Ce sont les Québécois qui ont élu leur gouvernement, pour l’amour de Dieu !

Bonjour,les travailleurs ne sont pas les delinquants dans cette problematique eux qui payant jours apres jours ,semaines apres semaines,mois apres mois et annees apres annees taxes,impots,regime de retraite,assurance salaires,assurance emplois 50 milliards ce 50 milliards peut servir pour stabiliser les regimes car l’argent provient des travailleurs et employeurs alors pourquoi cette meme argent ne peut servir pour aider les travailleurs depuis 1992 comment $$$$$$$$$$$$$$$$ dans les coffres a mettre au service des travailleurs,
La vrais problematique de l’argent des budgets fais en previsions au lieu de en fonction de l’argent neuf de l’argent neuf il en a et l’assurance emploi est un exemple mais il y a un mais au service de qui ? voila la question.
les regimes de retraites sont la regie des rente du Quebec et la rente federal est la ainsi que les regimes complementaires de retraites,la regle n’est pas de monter les uns contre les autres mais de permettre au travailleurs d’avoir le plus d’epargne possible selon les lois mais le probleme est la protection du 100 %de capitalisation et pour proteger ce 100% il ne faut pas faire de fausse lois qui vient et attaque par des congees de cotisations pour respecter l’esprit du 100% car il faut 120% pour proteger le marcher du plus et du moins le 20% est une assurance et si il y a des surplus a 121% la les surplus appartiennent a l’employeur car l’esprit du 100% de capitalisation .
Les congees de cotisations a 80% 70% et 60 % est contre esprit du 100%,
Bonne reflexion.ecris avec un pointeur lazer alors pas d’accent.

Depuis près d’une décennie et surtout depuis la crise de 2007-8, les plus jeunes générations crient inlassablement que ce sont les plus âgés qui ont créé les problèmes et sont les seuls à continuer de percevoir le meilleur des avantages. Ah bon !

Ce que je trouve particulier dans le discours de ces jeunes est le fait qu’ils veuillent conserver les programmes qu’ils considèrent comme ayant été trop élevé pour les générations précédentes.

Ils crient tout azimut contre les programmes “néo-libéraux” des années 60 à 90 mais ne veulent certes pas toucher aux acquis dont ils profitent grâce justement aux combats virulents des décennies passées.

Depuis le début de cette guérilla “inter-génération”, le discours était et demeure le même, un discours sans fondement dont les aînés qui ont “trimé” dur toute leur vie pour obtenir des avantages pour les générations à venir se font carrément insulter et emmerder parce que quelques avantages disparaissent parce que trop coûteuses et voudraient que la facture soit reléguée aux enfants de leurs enfants.

Tout comme le disait le maire Coderre hier soir à TLMP, il y a plus de 50% des aînés qui n’ont même pas de pension. Il a raison mais ajouterai les détails suivants :

Lorsque l’on parle pension, il faut en considérer trois types, la pension fédérale qui est ni plus ni moins qu’un B.S. de luxe, le RRQ que pour ceux qui ont travaillé et calculé selon le nombre d’années et le salaire qu’ils ont eu durant toutes ces années et bien entendu les pensions dites privées provenant des employeurs.

Il y a en vérité, plus de 50% des aînés qui n’ont que la pension fédérale, 38% reçoivent des prestations du RRQ (qui réduit conséquemment la pension fédérale (allocation supplémentaire) de 1$ pour 1$) et seulement 16% qui reçoivent une pension de leur employeur (qui réduit cette fois, les prestations du RRQ). (Informations selon Statistiques Canada et l’Institut de la Statistique du Québec ainsi que du RRQ).

C’est vrai, les aînés se sont débattus pour que leur progéniture profite de meilleures conditions de travail, de meilleures conditions de vie, de meilleures infrastructures etc mais ils ont dépassé les limites, mais en ont-il vraiment profité, oui après 20 ans de bataille sur certains programmes, 30 ans sur d’autres et 40 sur le reste. Et c’est aujourd’hui que leur progéniture leur crache dessus parce qu’ils ne pourront pas bénéficier pleinement de l’ensemble des bonbons.

Ah…ah…ah…il y a eu plus de monde au stade Perçival Molson samedi pour voir les Carabins qu’il y a eu de privilégiés syndicaleux dans les rues de Montréal pour dénoncer « l’austérité » libérale.

GROS FLOP!!!

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