Harper dans l’Arctique : un spectacle empreint de contradictions

Le premier ministre Stephen Harper termine aujourd’hui son voyage annuel dans le Nord canadien. Comme lors de ses périples précédents, M. Harper a multiplié les annonces. Mais qu’en restera-t-il? Plusieurs des engagements antérieurs tardent à se matérialiser. Et quelle est la logique de ce nouveau centre de recherche ou de cette nouvelle expédition archéologique alors que ce même gouvernement a coupé les vivres il y a quelques mois à d’autres initiatives du même genre?

Prenons ces engagements dans l’ordre.

M. Harper a annoncé l’octroi de 188 millions $ pour la construction et l’exploitation de la Station de recherche multidisciplinaire de l’Extrême-Arctique, au Nunavut. Elle sera située à Cambridge Bay et s’intéressera aux questions de souveraineté arctique, de l’environnement et de l’exploitation des ressources dans le Nord. Elle devrait être opérationnelle dès 2017 et bénéficier d’un budget de fonctionnement annuel de 26,5 millions $. Il faut dire que M. Harper promet cette station de recherche depuis 2007.

Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’elle voit le jour au même moment où une autre station du Grand Nord, la station Eureka (ou PEARL), ferme ses portes parce que le gouvernement ne veut plus lui verser les 1,5 millions $ qu’il lui faut pour son fonctionnement. Située sur l’île d’Ellesmere, cette station la plus nordique du Canada était opérée par un réseau universitaire et collaborait avec d’autres chercheurs à l’étranger pour documenter l’appauvrissement de la couche d’ozone, la qualité de l’air et les changements climatiques.

Stephen Harper a aussi annoncé une nouvelle mission archéologique menée par Parcs Canada afin de retracer les vestiges de l’expédition malheureuse de Sir John Franklin. Or, Parcs Canada vient de subir des compressions budgétaires qui l’oblige à raccourcir la période où guides et interprètes accueillent les visiteurs dans plusieurs parcs et lieux historiques. Des archéologues et historiens ont aussi vu leurs postes abolis.

Le premier ministre a aussi visité le site d’une nouvelle réserve naturelle, celle du parc NDaDats’ihch’oh, à Norman Wells, dans les Territoires du Nord-Ouest. Située à la frontière du Yukon, elle sera toutefois plus petite que ce qui avait été promis, il y a quatre ans. Pourquoi? Pour permettre l’exploitation minière dans la portion qui, soudainement, n’a plus besoin d’être protégée. (Voici un lien vers un texte plus complet.)

Quant au bilan du gouvernement Harper dans le Nord, il est mitigé. En début de semaine, la Presse canadienne a passé en revue plusieurs des engagements pris depuis 2006 pour constater que plusieurs projets de nature militaire avaient pris du retard, tout comme le projet de port en eau profonde du Nunavut (vous trouverez le texte en français, plus court, ici et en anglais, plus complet, ici). Des projets dans d’autres domaines ont vu leur portée réduite à la suite des compressions budgétaires du printemps dernier.

M. Harper a conclu son voyage en assistant, comme à l’accoutumée, à un exercice militaire. Et encore une fois, le thème reflète les préoccupations avant tout politiques du gouvernement. Ainsi, cette année, l’exercice consiste à simuler l’interception d’un navire d’écotourisme ayant à son bord des immigrants illégaux. Oui, oui, dans l’Arctique.

Peut-être apprendra-t-on bientôt que cette soi-disant menace est avant tout une forme de propagande en appui à une politique particulière. Après tout, le gouvernement a répété pendant plusieurs années que la sécurité et la souveraineté canadiennes justifiaient ses investissements militaires dans le Nord. Le ministre de la Défense, Peter MacKay, avait même évoqué la menace russe.

En réponse à une demande de longue date de Postmedia News, le ministère de la Défense a finalement reconnu cet été que les relations avec la Russie étaient bonnes, la coopération était à l’ordre du jour dans le Nord, y compris en matière d’affaires militaires. «Les enjeux de défense ne sont pas le moteur des affaires arctiques et le Canada ne voit pas de menace militaire dans l’Arctique, incluant de la part de la Russie», indique la note transmise au journaliste David Pugliese.

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La zone arctique constitue un réservoir de ressources potentielles considérable qui dépasse largement le continent puisque cela englobe le subcontinent, le plateau continental de l’Arctique canadien qui permet de délimiter nos eaux territoriales (200 milles marins) et donc l’espace de la souveraineté canadienne. Hors les épines dorsales de ce plateau se rendraient d’après les études géologiques les plus récentes, jusqu’en Sibérie. De telle sorte que la dorsale Lomonosov attribuée longtemps à la Russie, serait dans les faits d’origine canadienne. Ce qui ferait du Canada pratiquement la première puissance mondiale dans le nord.

Hormis les questions relatives aux routes de navigations, il reste en suspens les questions liées à la découverte et l’exploitation de diverses ressources dont le gaz ; il y a dans le nord canadien d’immenses réserves de méthane et aussi de possibles réserves d’hydrocarbures sous-marins. D’où l’intérêt de pouvoir éventuellement exploiter ces ressources jusqu’en Sibérie.

Ainsi, la présence du Canada dans l’arctique est de première importance pour le gouvernent fédéral. Précisément le temps des seules recherches pour fins scientifiques est un peu révolu, quand les recherches géologiques associées à celles du contrôle des ressources naturelles constituent une prospective intéressante pour placer le Canada comme une puissance énergétique incontournable de calibre mondial.

Advenant une exploitation de ces zones et les risques avérés de la fonte des glaces ¬– ce qui pose aussi de considérables questions de la préservation de certaines espèces, dont cette magnifique espèce désormais menacées qu’est l’ours polaire – on peut sérieusement considérer une immigration humaine illégale venue de régions nordiques. Ce qui dans le passé était une incongruité.

Qu’on le veuille ou pas une présence militaire canadienne accrue dans cet espace, conforte la présence et la souveraineté du Canada dans la région. Le seul point d’interrogation est de savoir si nous avons les moyens de nous payer des forces navales qui rivalisent avec celle de la Russie, des États-Unis ou même de la riche Norvège qui bien qu’un pays petit tient aussi son bout en termes et dans l’art de la navigation.

Pendant longtemps il y a eu une menace russe dans le nord. Il est arrivé à quelques reprise que des chasseurs canadiens escorte des avions russes en dehors de nos frontières arctiques. Il y a eu des conflit aussi avec le danemark au sujet d’une ile sur la frontière entre le canada et le groenland. Une ile qui par extension des 300 miles marins couvre un vaste territoire pétrolifère…

Oui il y a des enjeux dans le nord.

Cependant que les dernières recherches sur le climat démontre que de tout l’arctique, les iles canadiennes seront les dernières à se dégager des glaces. Ça laisse les autres protagonistes du nord s’occuper d’autre choses. Le passage du nord ouest etc ça passera par la russie d’abord. Le canada climatiquement est condamné à être le dernier présent au nord. C’est certain que ça doit apaiser les tensions.

En voyant comment la Sépaq s’occupe de rendre les parc naturels accessibles au grand public. En chargeant le gros prix pour l’accès au parc, le gros prix pour y dormir et encore pour le bois et encore pour les douches. Ensuite plein de guides et activité au touriste de base sois-disant gratuit…

Ce qui m’énerve le plus c’est l’intolérance au risque québécois. Il y a des barrières partout dans les sites naturels québécois. Même du gravier en plein sentier dans le bois pour rendre la chose moins accidenté et parfois même de l’asphalte en plein sentier! Sacrilège! C’est un manque de respect pour la nature et ceux qui veulent voir la nature au naturel.

Mon modèle favoris sont les parcs américains qui sont immenses gratuit (ou presque) et très très sauvages sans grandes installations. Les américains sont très respectueux de cet environnement et on y retrouve aucun déchets.

Je suis content que le gouvernement Harper coupe des effectifs des parc nationaux!! Qu’ils n’ait pas d’infrastructure à construire pour justifier leur poste. Pas de frais supplémentaire.
Merci de garder l’endroit sauvage et sous développé.

La présence militaire n’est en rien un gage de souveraineté, loin de là. C’est la présence humaine et administrative qui confirme la souveraineté d’un état et dans le nord canadien cela ne fait aucun doute. Les gouvernements précédents l’avaient d’ailleurs compris et c’est la raison pour laquelle des Inuit d’Inukjuak (Port Harrison à l’époque) ont été « déplacés » dans l’extrême nord, à Resolute et à Grise Fiord. La présence militaire ne change rien et il est absolument farfelu de croire que l’armée canadienne peut rivaliser avec celles des ÉU ou de la Russie – seule la diplomatie et le droit internationale peuvent avoir un effet, y compris pour la dorsale Lomonossov. La stratégie de Harper c’est de la poudre aux yeux pour du capital politique mais c’est complètement vide.

Quant à Parcs Canada, la Sépaq n’a rien à voir et les compressions dans les parcs nationaux (canadiens) ne sont pas nouvelles et cela affecte même la surveillance – les parcs n’ont plus de surveillance ou presque et c’est un véritable « free for all ». C’est l’argent de Parcs Canada qui s’en va en fumée dans l’affaire des bateaux de Franklin et c’est désolant – des fonds privés auraient dû prendre cette expédition en charge. Pour la réserve de parc dans les TNO alors c’est la preuve que le ridicule ne tue pas! On gère les parcs actuelles avec des fonds de tiroir, en tirant le diable par la queue à cause des compressions de son administration et il a le culot de créer un nouveau parc (en prenant bien soin d’enlever le coeur de ce nouveau parc en réserve, pour les fins de développement minier)!

Ce gouvernement est d’une insignifiance consommée mais on doit les prendre au sérieux car ils sont en train de détruire ce pays qui a été bâti pendant des décennies par les générations précédentes. Il ne sera plus que l’ombre de lui-même dans quelques années…