Harper joue dans la cour des provinces

Le gouvernement fédéral a lancé d’importantes réformes qui auront des répercussions sur le fardeau financier des provinces. Mais des batailles se préparent pour obtenir des dédommagements.

Photo : Adrian Wyld

1. Assurance-emploi

Ottawa souhaite que les chômeurs reviennent plus rapidement sur le marché du travail. Ainsi, sa réforme prévoit qu’après six semaines de chômage les prestataires d’assurance-emploi « fréquents » ou « occasionnels » devront accepter tout poste pour lequel ils sont qualifiés, même s’ils doivent faire jusqu’à une heure de route pour s’y rendre ou subir une baisse de salaire de 20 % à 30 % par rapport à leur rémunération antérieure. S’ils refusent, ils ne seront plus admissibles aux prestations. Québec craint que de nombreux chômeurs à qui on aura coupé les vivres ne se rabattent sur l’aide sociale. Si ces craintes se maté­rialisent, on demandera une compensation.

2. Santé

Ottawa a annoncé que les transferts aux provinces en matière de santé seront réduits à compter de 2018. L’actuelle augmentation annuelle de 6 % sera plutôt de 3 % à 5 % jusqu’en 2024. Le Québec, l’Ontario et les provinces atlantiques, notamment, où la population vieillissante requiert de plus en plus de soins, ont promis de se battre pour que les transferts en santé soient augmentés.

3. Sécurité de la vieillesse

En repoussant graduellement de 65 à 67 ans l’âge d’admissibilité au programme de la Sécurité de la vieillesse – environ 6 400 dollars par année pour tous les retraités canadiens -, Ottawa pourrait forcer les aînés pauvres à toucher de l’aide sociale plus longtemps. En effet, des bénéficiaires renoncent à cette aide de dernier recours lors­qu’ils commencent à recevoir la Sécurité de la vieillesse. Ottawa a toutefois annoncé qu’il négociera une compensation avec les provinces.

4. Système carcéral

De nouvelles lois visant à durcir le Code criminel entraîneront une augmentation du nombre de prisonniers. Québec estime que la rénovation et l’agran­dissement des prisons coûteront entre 500 et 600 millions de dollars. De 40 à 80 millions de dollars par année seront aussi nécessaires pour surveiller et héberger les détenus sup­plémentaires – les peines de deux ans moins un jour étant purgées dans les prisons provinciales. Ottawa refuse pour l’instant de dédommager Québec, mais le gouvernement n’a pas dit son dernier mot.