Harper, Marois et le rapatriement des pouvoirs

Le maigre mandat minoritaire qu’a obtenu Pauline Marois, mardi, limitera ses ambitions en matière de gouvernance souverainiste. Certaines des demandes qu’elle veut adresser à Ottawa bénéficieront peut-être de l’appui de la CAQ, mais d’autres devront être mises en veilleuse.

Modestes ou non, ses demandes de rapatriement de pouvoirs vont un peu bousculer le train-train du gouvernement Harper car il n’a eu à gérer aucune demande du genre depuis qu’il est au pouvoir. Il est donc difficile de prédire ce qu’il en fera. Mais comme il croit à l’égalité des provinces, on peut s’attendre à ce qu’il soupèse chaque requête à la lumière de son impact potentiel dans le reste du pays.

Selon le programme du Parti québécois, un gouvernement péquiste combattra les ingérences fédérales, assumera tous les pouvoirs du Québec, y compris ceux partagés avec Ottawa, et va «en exiger de nouveaux en fonction des besoins des Québécois». Au menu : l’éducation, la culture, les programmes sociaux, la santé, la justice, l’environnement et l’immigration, ces trois derniers domaines étant partagés.

Faut-il s’attendre à une multiplication des accrochages? Ça reste à voir. Stephen Harper a une vision assez stricte du partage des pouvoirs. Une vision où chaque gouvernement s’occupe de ses compétences. Un secteur cependant où il ne craint pas de s’imposer est celui de l’économie  (comme on l’a vu dans le dossier des valeurs mobilières) car il est persuadé que le fédéral a le devoir d’assurer la bonne santé de l’union économique canadienne.

M. Harper aime bien en fait se délester de certaines responsabilités sur le dos des provinces – sans leur demander leur avis – plutôt que d’attendre leurs demandes. Et souvent il y parvient à travers ses choix budgétaires. Son gouvernement arrête de financer une activité et ne s’oppose pas à ce qu’une province prenne le relais, comme on l’a vu dans le dossier du financement des tournées culturelles à l’étranger.

À la suite du dernier budget, il s’est retiré des évaluations environnementales des petits projets, laissant le champ libre aux provinces. En matière de santé, il n’impose plus de conditions aux provinces en échange des transferts fédéraux en santé, mais ralenti unilatéralement leur croissance à partir de 2017.

Le bureau de M. Harper a fourni à la presse un résumé de sa conversation téléphonique avec la première ministre élue Pauline Marois. Il l’a félicité pour sa victoire et s’est dit attristé des événements survenus en marge de son discours, parlant d’un acte inadmissible.

Le plus intéressant vient ensuite.

«Le Premier ministre a dit qu’il est important que les deux paliers de gouvernement collaborent où ils ont des objectifs communs afin de répondre aux préoccupations des Québécois et des Canadiens afin de favoriser la stabilité, la croissance économique et la création d’emplois.  Le Premier ministre a dit qu’il entend collaborer avec le gouvernement du Québec afin de mettre en œuvre des mesures visant à renforcer l’économie du Québec, dans le respect des compétences respectives et dans l’intérêt du Québec et du Canada.»

(On est curieux de connaître ce que seront ces objectifs communs.)

Stephen Harper sait choisir les batailles qui servent ses intérêts et ignorer les autres. Et si ça grince, il laisse généralement le temps faire son œuvre.

Laisser un commentaire

Harper veut réduire la taille de l’État (disons la taille de certains secteurs), alors il ne devrait pas s’opposer au rapatriement de certains pouvoirs par Québec.

J’ai l’impression que sa réponse aux provinces qui se plaindront des demandes (comblées) de Québec sera celle-ci: «Demandez la même chose et vous l’aurez.»

J’ai bien l’impression que notre PM Harper est très satisfait de son emploi, surtout depuis que son gouvernement bien implanté bénéficie d’un caucus assez majoritaire. Pensez-vous qu’il soit prêt à prendre le risque de perdre son emploi en se lançant dans de vaines querelles à saveur constitutionnelles ?

Qui plus est le mandat de madame Marois est, comme vous le dites si bien, minoritairement maigre. On connait la détermination de Pauline Marois et son engagement sincère pour doter le Québec d’institutions de qualité supérieure, si ce n’est que je ne gagerais pas ma « maigre » fortune sur le fait qu’un référendum d’initiative populaire sur la souveraineté soit organisé de sitôt. En tout cas, cela ne devrait pas être la loi #1 du prochain gouvernement.

Alors le pouvoir ne réside pas obligatoirement dans le rapatriement éventuel de pouvoirs, Il réside plutôt dans la consolidation des pouvoirs existants, dans la capacité de madame Marois de conserver assez longtemps le pouvoir et surtout d’offrir à la population un bon gouvernement.

– Bien sûr en politique tout est possible, incluant le meilleur !

Toute demande de Marois qui serait satisfaite serait suivie par une autre, à l’infinie, dans le but de faire par la porte d’en arrière (souveraineté à la pièce) ce qu’elle ne peut pas faire par en avant. Et nulle part il est expliqué en quoi les Québécois seraient mieux servis. Pour les contribuables, il est plus que douteux qu’un gonflement de la fonction publique québécois déjà obèse sera bénéfique.

Les plus populaires