Élisabeth Vallet de la Chaire Raoul-Dandurand">

Hillary Clinton : candidate mais aussi «épouse, mère, grand-mère…»

Sa vidéo officielle ne ment pas : Hillary Clinton axera sa candidature à la présidence des États-Unis sur les femmes, la famille et les enfants.

L’année 2016 marquera un véritable tournant dans la campagne marketing entourant Hillary Clinton. Diffusée il y a quelques jours, la vidéo officielle qui annonce sa candidature à la présidence est très largement tournée sur les femmes, la famille, les enfants.

Moins agressive, moins «commandant en chef des forces armées» (un critère qui était redevenu, après le 11 septembre, déterminant pour l’élection), Hillary se révèle moins carriériste et plus à l’écoute.
Politique

On en veut d’ailleurs pour preuve le fait qu’elle évite, dans les jours suivant l’annonce de sa campagne, les grands rassemblements pour leur préférer une campagne «au détail», de proximité — axée sur le modèle de celle qui avait fait son succès pour son élection au Sénat (le fameux «listening tour» de 1999, au cours duquel elle s’adressait à de petits groupes).

L’objectif est de réaliser ce qu’elle avait refusé de faire à la convention démocrate de 2008 (car elle le voyait alors comme une tare et non un atout) : assumer, voire embrasser son genre.

La voilà donc qui redistribue les cartes. En témoigne la manière dont elle s’identifie sur Twitter : «épouse, mère, grand-mère…»

HillaryTwitter

Contexte favorable

Il faut dire qu’elle se présente à l’heure où la démographie est favorable à ce type de discours. En effet, alors que la majorité des citoyens en âge de voter sont des femmes (53 % en 2012), celles-ci ne détiennent que 19 % des sièges au Congrès et ne représentent que 17 % du fameux clan des Fortune 500 (les 500 plus importantes entreprises américaines, classées selon l’importance de leur chiffre d’affaires).

Dès lors, les préoccupations des femmes — qui travaillent de plus en plus tout en ayant des enfants ; qui représentent de plus en plus les premiers soutiens dans les familles ; qui sont de plus en plus fréquemment mères célibataires — demeurent peu prises en considération par des législateurs majoritairement masculins.

Les femmes figurent encore parmi les acteurs les plus vulnérables de l’économie, d’abord en raison de l’inégalité salariale. Il en est pour dire que le nombre de mères célibataires vivant sous le seuil de la pauvreté pourrait être réduit de moitié avec la simple mise en place de l’équité salariale.

Autre raison de cette précarité : les coûts de garderie restent prohibitifs, alors que dans 6 ménages sur 10, les deux parents travaillent. Or, en 2012, un votant sur trois avait à sa charge des enfants âgés de moins de 18 ans.

Les enjeux de 2016

Dès lors, certains enjeux devraient devenir cruciaux en 2016. Par exemple, dans un rapport paru au cours de l’automne 2013, l’organisme Child Care Aware établit que dans 31 des 50 États américains, le coût d’une garderie est plus élevé que celui des premières années d’université (le «college»).

À son tour, le Pew Research Center a repris les données de l’organisme pour souligner le coût moyen (et très élevé, comparé à nos propres standards) des crèches américaines :

Si cela explique — crise financière aidant — que 29 % des mères américaines restent désormais à la maison pour s’occuper des enfants, il se trouve qu’une majorité d’entre elles demeurent sur le marché du travail. Elles sont alors aux prises avec des conditions de travail peu avantageuses : des congés payés non encadrés, des prestations sociales variables, un nombre d’heures de travail hebdomadaire non garanti, etc.

Forgée en 2012, la stratégie des républicains qui consiste à mener «la guerre contre les femmes» continue de faire perdre des votes au parti (notamment auprès des jeunes, des femmes et des minorités ethniques). Hillary Clinton a saisi la balle au bond et se prépare à mener cette offensive.

* * *

À propos de l’auteure

Élisabeth Vallet
 (@geopolitics2020est professeure associée au département de géographie (@UQAMet directrice scientifique à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, qui compte une trentaine de chercheurs en résidence et plus de 100 chercheurs associés issus de pays et de disciplines divers et qui comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand

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5 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Parlant de mère, sa grand-mère serait d’origine québécoise?

Arrêtez de toujours vouloir tout tourner autour de vous. Que je le sache, c’est pas toi qui te présente aux élections? Bon.

Pour l’instant la campagne présidentielle n’a pas encore commencée. Et dans un premier temps, c’est d’ailleurs un des principes de madame Clinton de faire une chose à la fois, il faut qu’elle obtienne l’investiture des Démocrates. Je ne pense pas que sa campagne pour l’investiture, une campagne qui en est encore à ses balbutiements, qu’elle soit essentiellement basée sur l’électorat féminin et que la seule question des frais de gardes des enfants soit suffisamment porteuse pour lui faire remporter cette course.

D’abord parce que les femmes ont le droit d’être mères au foyer si tel est leur bon plaisir. Ensuite parce qu’il n’y a pas automatiquement de corrélation pour toutes entre le coût des frais de gardes et le choix d’occuper un emploi ou bien pas.

C’est pourquoi, le rôle de madame Clinton est essentiellement de rassembler et convaincre à terme les américains qu’on peut faire des USA un pays plus coopératifs, en particulier avec le reste du monde. En d’autres mots, il faut convaincre le peuple, — « un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple qui ne périra pas », pour paraphraser Abraham Lincoln — ; que le meilleur est à venir quand nul n’est mieux placé pour ce meilleur qu’Hillary Clinton.

À ce titre l’expérience acquise comme Secrétaire d’État aux affaires étrangères notamment, est un atout un peu plus convaincant que celui d’être femme, épouse, maman et aussi grand-maman….

Ne perdez pas votre temps Serge, l’article est assez bon tout seul pour se passer de ce genre de commentaire.

Pas convaincu que faire des Etats-unis un pays plus coopératif avec le monde parle beaucoup à des femmes, des couples confrontés à des problèmes financiers et des coûts de garde prohibitifs, certainement un pierre dans le jardin des républicains.