Histoire de drapeaux (II)

Suite à la «controverse» entourant le retrait du drapeau canadien du Salon rouge pour la cérémonie d’assermentation des députés péquistes, tard ce lundi soir, je postais un billet sur mon blogue intitulé «Il était une fois, une histoire de drapeaux».

J’y faisais la chronologie, la vraie, de la présence des drapeaux québécois et/ou canadien au Salon bleu et au Salon rouge. La première installation d’un drapeau québécois au Salon bleu ne remontant en fait qu’à 1976. Le tout, courtoisie d’une entrevue téléphonique éclairante avec l’ex-historien de l’Assemblée nationale, Gaston Deschênes.

Ce billet fut beaucoup consulté. Et pour raison. Les faits y étant listés de manière claire et précise.

Par la suite, ce  mardi, la décision fut prise de replacer le drapeau canadien au Salon rouge pour les assermentations des députés de la CAQ et du PLQ. C’est là que les choses se sont compliquées.

Et c’est là que les réactions ont fusé, à la CAQ, au PLQ et  jusqu’à Ottawa.

Et pour la suite des choses? À savoir si l’unifolié demeurerait ou non à résidence au Salon rouge, jugez-en par vous mêmes.

L’attaché de presse de l’aile parlementaire de Parti québécois m’a confirmé que la décision du gouvernement Marois n’était pas encore prise et que ça pourrait même, peut-être, prendre quelques semaines…

On a également entendu, ici et là, questionner la «légitimité» pour un gouvernement minoritaire de retirer l’unifolié du Salon rouge.

Pourtant, en 2007, lorsque le gouvernement de Jean Charest fut reconduit, mais minoritaire, il a quand même décidé, hormis pour les assermentations des députés de l’opposition, de garder le drapeau canadien au Salon rouge. C’était SA décision.

Pourquoi? Parce que minoritaire ou majoritaire, un gouvernement demeure néanmoins «légitime».

«Légitime», par contre, ne voulant pas dire pour autant qu’il pourra faire ce qu’il veut en Chambre. Minoritaire, il ne le pourra pas. C’est évident.

Par contre, pour ce qui est du drapeau, la prise de décision pourrait, ou non, se transporter au BAN.

Or, au Bureau de l’Assemblée nationale (BAN), la partie gouvernementale compte 5 membres sur 9, qu’elle soit majoritaire ou minoritaire. Ce faisant, même minoritaire, un gouvernement conserve, si l’on peut dire, le «contrôle» du BAN.

Ce qui fut d’ailleurs le cas en 2007 sous le gouvernement libéral minoritaire.

Il resterait donc, en effet, au gouvernement Marois de décider s’il retirera ou non l’unifolié du Salon rouge pour le temps où il sera au pouvoir.

Prenant en compte les précédents, il serait tout de même étonnant que le gouvernement Marois se comporte différemment des gouvernements Parizeau, Bouchard et Landry. Mais qui sait?

(Pour écouter ce que j’en disais ce mardi matin en entrevue à l’émission Médium Large, c’est ici.)

Selon ce que me dit le service de communications de l’Assemblée nationale, il resterait néanmoins à savoir quelle serait la procédure à suivre pour ce type de décision – installer ou retirer un drapeau du Salon rouge, exception faite de situations ponctuelles comme les assermentations.

À titre d’exemple, à l’assermentation des députés adéquistes en avril 2007 – l’ADQ formait alors l’opposition officielle -, aucun drapeau canadien n’était présent dans le Salon rouge. Ce qui laisse supposer que l’ADQ préférait ne pas avoir d’unifolié pendant la cérémonie. En fait, c’était même cinq drapeaux québécois qu’on pouvait y voir ce jour-là…

Quant au nouveau gouvernement Marois, pour la suite de cette histoire de drapeaux, il faudra tout d’abord qu’au BAN, on voit comment, précisément, cette décision s’est prise par le passé lorsqu’un drapeau fut installé, ou retiré, du Salon rouge. Découlait-elle d’une pratique courante? Était-elle basée sur une série de précédents? Qui l’a prise lors des occasions où elle fut prise? Le président aurait-il aussi été parfois appelé à trancher?

Bref, ça demeure à suivre. Je vous tiens au courant …

***

En passant, que ce soit pour des États indépendants ou non, la présence de drapeaux nationaux dans les parlements n’est pas nécessairement «LA» norme.

À la Chambre des communes du Canada, la présence du drapeau canadien, créé lui-même aussi tardivement qu’en 1965, n’y fut autorisé que huit ans plus tard.

Ce n’est donc qu’en fin d’année 1973 que les députés fédéraux adoptaient une motion autorisant le président de la Chambre à faire installer un unifolié à la Chambre des communes. Et ce, à l’endroit de son choix.

Ce qui,  par hasard, suivait de près une élection générale au Québec qui, le 29 octobre de la même année, voyait le Parti québécois, à sa deuxième élection seulement, rafler déjà plus de 30% des votes.

Rappelons aussi qu’en 1973, le programme du PQ prévoyait encore que le jour où il formerait le gouvernement, son élection lui donnerait le mandat d’enclencher le processus menant  à la souveraineté du Québec.  Ce qu’on appelle aujourd’hui une «élection référendaire». Bref, à Ottawa, l’inquiétude était palpable.

Depuis cette autorisation en 1973 d’installer un unifolié à la Chambre des communes, ses présidents ont choisi d’en placer un seul, à la droite de leur siège. Une seule exception: de 1994 à 2001, le président de la Chambre, Gilbert Parent, opta pour deux unifoliés – un placé à sa gauche et un placé à sa droite.

Qui sait? Le référendum qui flottait déjà dans l’air en 1994 aura peut-être inspiré M. Parent à en faire un peu plus que ses prédécesseurs, côté patriotisme.

Comme quoi, les drapeaux sont certes un symbole d’appartenance puissant, mais aussi, lorsque le contexte s’y prête, ils peuvent devenir très  politiques.

Ce dont, de toute évidence, l’Assemblée nationale du Québec est loin d’avoir le monopole.

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Lorsque surgissent ces « crises », je suis toujours étonné de voir comment on accuse le PQ de se préoccuper de vétilles, lui, alors qu’il ne fait qu’imiter, avec des moyens et des ressources bien modestes, le gouvernement fédéral qui est beaucoup plus sensible et pro-actif en matière de symboles (dont les drapeaux). Vous nous apprennez comment l’unifolié est apparu à la Chambre des Communes, trois ans avant le fleurdelisé à Québec. Tiens, donc! Il faut voir les « kits » de documentation sur l’unifolié mis à la disposition des citoyens alors que le gouvernement québécois « célèbre » le Jour du drapeau dans la plus grande modestie. Que dire des rangées de drapeaux canadiens lors de certaines conférences de presse à Ottawa. Québec fait de même depuis quelques années.
À titre de principal symbole d’idendité québécoise, le fleurdelisé est « naturel » dans un parlement qui est au moins souverain dans ses champs de compétences (le Parlement québécois ne légifère pas pour le Canada, n’est pas un représentant du Canada, ou un sous-traitant). Le drapeau canadien, c’est moins évident et on s’en est d’ailleurs passé pendant longtemps. C’est l’Union Jack qui flottait sur la tour avant 1948, et non le Red Ensign canadien. Il n’y a pas d’armoiries canadiennes au Parlement de Québec. Ce qu’on trouve au-dessus du fauteuil du président (et sur la tour), ce sont les armoiries du Royaume-Uni qui rappellent que le lieutenent-gouverneur du Québec ne représente pas le fédéral, ici, mais une couronne « québécoise » distincte qui ne dépend pas de la couronne « canadienne ». Je pense que le gouvernement du Québec devrait mieux expliquer sa position sur le plan des institutions actuelles.

Lorsque le Canada reconnaîtra dans sa constitution que les francophones de ce pays sont un des peuples fondateurs au même titre que les anglophones et les autochtones.

Lorsque le Canada cessera de nommer des unilingues anglophones aux divers postes clefs de l’État canadien et juges à la Cour de dernière instance, sommet de la hiérarchie judiciaire.

Lorsque le Canada pratiquera un fédéralisme qui respecte les différences entre les provinces.

Lorsque le Canada respectera les consensus du Québec appuyés par des résolutions unanimes de l’Assemblée-Nationale.

Lorsque les minorités francophones du Canada auront les mêmes droits et obtiendrons les mêmes privilèges que la communauté anglophone au Québec (institutions, écoles, hôpitaux, services gouvernementaux) dans leur langue maternelle.

Là, je m’opposerai à la valse de l’unifolié au Salon rouge du Parlement de Québec. Mais pour le moment, tout ça me laisse de marbre autant que les revendications du Québec laisse indifférent le RduC…

À mon sens, un drapeau représentant une nation étrangère n’a pas sa place à l’intérieur de l’Assemblée nationale.
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Legault qui s’est engagé à ne pas s’engager, justement, dans un débat référendaire s’il devait y en avoir un, vire rapidement de capot. S’il est si fatigué des vieilles chicanes impliquant des vieux partis, que fait-il au milieu de tout ça?
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Fournier, le même député obligé de passer par les tribunaux pour faire respecter les valeurs québécoises au niveau du contrôle des armes à feu, tient à garder le drapeau canadien. À quoi s’identife-t-il au Canada?
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J’espère que Marois aura la colonne assez droite pour s’affirmer. Mais j’ai peur….
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Définition du mot nation :
http://www.le-dictionnaire.com/definition.php?mot=nation

Et, à bien y penser, la présence du drapeau canadian à l’intérieur de l’Assemblée est un accomodement déraisonnable.

Les fédéralistes sont incapables d’accepter sans rechigner la présence d’un gouvernement souverainiste à Québec. Ils ne manquent aucune occasion de rabaisser le PQ et ses élus concernant l’image identitaire au Québec.

Ce qui m’enrrage le plus c’est que le ROC n’a jamais été foutu de trouver une solution acceptable pour le Québec de signer leur fameuse constitution rapatriée unilatéralement par PET. Le Québec n’a jamais adhéré à cette constitution qui lui est aussi étrangère (théoriquement) que celle des USA ou de la France. À mon sens, de ce point de vue le Canada est un pays aussi étranger que d’autres qui ont une influence sans doute aussi importante.

Alors que les fédéralistes déchirent leurs chemises sur la place publique au sujet de l’absence du drapeau d’un pays étranger m’est très agaçant. Si le Canada souhaite vraiment que le Québec adhère à sa vision de ce qu’est une société, le Canada devra revoir beaucoup de choses. Mais ce n’est pas demain la veille qu’on y assistera.

«Ce qu’exige tôt ou tard le plus fort, ce n’est pas qu’on soit à ses côtés mais dessous.»
[Georges Bernanos]

«Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.»
[Benjamin Franklin]

Colonisés soumis
Politiquement, économiquement, culturellement, nous sommes des colonisés. Et le drapeau unifolié représente bien ce fait social et historique.
Politiquement, nous sommes dépendants de la Cour suprême.
Culturellement, le CRTC gère radio et télévision totalement.
Économiquement, les oligarques nous imposent leur crédo néolibéral.
Et la reine a toujours cru qu’un peuple n’est grand qu’à genoux devant elle.

Ce qu’on trouve au-dessus du fauteuil du président (et sur la tour), ce sont les armoiries du Royaume-Uni qui rappellent que le lieutenent-gouverneur du Québec ne représente pas le fédéral, ici, mais une couronne “québécoise” distincte qui ne dépend pas de la couronne “canadienne”. Je pense que le gouvernement du Québec devrait mieux expliquer sa position sur le plan des institutions actuelles.

UNE COURONNE QUEBECOISE DISTINCTE!!!!!
EXPLICATION CA PRESSE
VOUS NE PARLEZ POURTANT PAS DE LA FLEUR DE LYS…

Cette histoire est invraisemblable. Le parlement du Québec est l’enceinte du gouvernement québécois. Le drapeau du Canada n’y a donc pas sa place. Le drapeau canadien, on le retrouve où il se doit: devant les bâtiments du gouvernement du Canada.

Ce nouveau gouvernement minoritaire (près de 70% n’ont pas voté pour eux) n’a même pas commencé et il perd déjà son temps avec de telles niaiseries.

Oui niaiseries, car le jour que le peuple Québécois aura fait son indépendence il pourra décider de tous les drapeaux qu’il veut ou pas.
Entre-temps respectez le fait que nous sommes toujours dans la constitution canadienne et démontrez nous que vous êtes des gens matures et responsables ! Prouvez nous que vous méritez notre confiance en respectant vos promesses et après on verra.

En passant je suis un ex péquiste qui est déjà écoeuré de son nouveau gouvernement avant même de commencer…

Pour le moment c’est pas fort.

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