How are you, le français ?

Est-ce que la célèbre formule «bonjour-hi» deviendra la norme dans les prochaines années? Mathieu Charlebois analyse ce penchant pour le service en anglais qui gagne de plus en plus de terrain.

Photo: Antoine Bordeleau

L’Office Québécois de la Langue Française (OQLF) a publié récemment son Rapport sur l’évolution de la situation linguistique au Québec.

L’Office est supposé produire ce rapport à tous les cinq ans. Or, le précédent rapport date d’il y a 11 ans. Je savais que le temps paraissait plus long sous les libéraux, mais je savais pas qu’il l’était pour vrai.

(D’ailleurs, parlant des libéraux, je suis tombé sur un article de la Presse canadienne qui avait pour titre Langue française: le parti libéral craint des compressions. J’ai ri. J’ai ri. Tant qu’à moi, on pourrait annuler le Bye Bye et simplement diffuser ce titre pendant 90 minutes.)

On apprend dans le rapport de l’OQLF que 94 % des Québécois se disent capables de soutenir une conversation en français. Je ne suis pas certain d’avoir envie de converser avec 94 % des Québécois, mais c’est quand même positif.

Dans le moins positif, on y apprend aussi qu’en entrant dans un commerce à Montréal, on a 8 % de chances d’entendre «bonjour-hi», ce qui nous horripile one hundred pourcent of the temps.

«Bonjour-hi», c’est surtout au centre-ville, évidemment. Parce que sur le Plateau, on a plutôt 20 % des chances de se faire accueillir par un «bonjour-du coup».

Il paraît que «bonjour-hi», c’est une façon de dire au touriste «inquiète-toi pas, on parle aussi anglais». C’est bien mal connaître le touriste anglophone. Surtout le touriste américain, qui ne s’est même jamais demandé si ça se pouvait, un endroit qui ne parle pas anglais.

Honnêtement, 8 % de «bonjour-hi», ce n’est pas la fin du monde-the end of the world. Au moins, c’est en bilingue. Comme Justin Trudeau/Djustin Troudow. Je peux vivre avec. (Le «bonjour-hi». Pas Justin.)

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Ce qui fait plus mal, c’est plutôt le 17 % des commerces où on va nous accueillir juste en anglais.

Force est de constater que sur le plancher des vaches, dans «la vraie vie», le français comme langue commune à Montréal, ce n’est pas gagné.

On s’accroche beaucoup au symbole de l’accueil au magasin parce que, justement, c’est un symbole. Pour quelqu’un qui a un choix de langue à faire, c’est le genre de symbole qui te dit «Montréal, c’est la ville où l’équipe de hockey perd tout le temps, mais elle perd en français».

Personnellement, je rêve de commerces où on ne m’accueille ni en bilingue, ni en anglais. Ni même en français. Je rêve de commerces où on me laisse tranquille et où je peux me promener deux minutes sans me faire demander «Est-ce que je peux vous aider?»

Mais si on est pour me parler à Montréal, j’aimerais que ce soit d’abord en français. C’est le genre de désir qui fait de moi une vieille personne. Ça et le fait que je commence à faire de l’apnée du sommeil.

Parce que les plus jeunes, eux, ça les dérange de moins en moins. Depuis 2012, le pourcentage de 18-34 ans qui ne sont pas contrariés par un service en anglais est passé de 23 % à 40 %. Le double! Si ça continue à ce rythme-là, au prochain rapport, ils vont être 80 %. Et dans le rapport suivant, 160 %. On va manquer de jeunes pour le nombre de commerçants unilingue anglophones!

Mais si les plus jeunes ne s’inquiètent pas trop avec la langue, est-ce que ça se pourrait que ce soit parce que leurs parents ne leur ont pas donné l’exemple? Est-ce que leurs parents n’ont pas un peu mis ce combat de côté, dernièrement, au profit de moulins à vent plus polarisants?

Depuis presque 15 ans, leurs parents font une fixation sur les signes religieux et plusieurs capotent parce qu’ils sont venus une fois à Montréal y a cinq ans et ils ont vu une femme en niqab et c’est la preuve d’une imminente invasion islamique.

Mais moi, quand je pense à ma ville dans 50 ans, j’ai moins peur de devoir contester mon billet de stationnement devant un tribunal islamique que j’ai peur d’être le dernier à encore dire «stationnement» plutôt que «parking».

Parfois, il faut choisir ses combats. Ou, comme disent les jeunes, «chooser ses battles».

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10 commentaires
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Je vous souhaite le « bonjouraille* »
__________________
* prononcer comme « retrouvaille(s) »

Je préfère de loin notre français parlé et le « Bonjour! Hi! » Formule polie qui nous distingue que le Français parlé de Paris. Cette guéguerre passera comme le soulignez avec la génération montante et c’est tant mieux. À force de s’analyser, on finit par en oublier l’essentiel, d’être une communauté de francophones parmi les anglophones qui n’ont pas encore réussi à nous anéantir. À nous de choisir.

@ Lisa :
Je ne suis pas certain de bien suivre votre raisonnement. Vous semblez apprécier la formule ¨bonjour-Hi¨ quand on nous reçois dans un commerce alors que tout le monde, je dis tout le monde, touristes inclus, devraient être accueillis en français seulement; et laisser une chance à ces touriste, surtout les américains, de pratiquer leur français. Car on oublie souvent que les touristes qui viennent ici au Québec savent très bien qu’ils viennent en pays français et que c’est sans doute ça qu’ils recherchent, un ¨dépaysement¨, quitte à sentir un petit malaise d’ignorer d’autres langues que l’anglais. On peut toujours dépanner en fin de compte en leur parlant en anglais, mais tenons nous debout quand même
Quant à la guéguerre que vous dites qui passera, elle ne passera que lorsqu’on aura laissé tomber notre langue définitivement pour épouser l’anglais.
Et comme vous dites, il ne faut pas oublier que nous sommes dans une ¨communauté francophone parmi les anglophones qui n’ont pas réussi à nous anéantir ¨, donc, la guéguerre est loin d’être terminée, et surtout avec la génération montante qui semble être portée au laisser-aller par manque de connaissance historique.
Bonne réflexion.

Pourquoi finir par parler de tribunal islamique à la fin de votre article? Croyez-vous que le fait de nous battre pour protéger notre langue française doit nous empêcher de nous battre aussi pour que la laïcité de l’Etat soit appliquée et non seulement un vœu pieux.. Pour ma part, je ne vois pas de contradiction ni de rapport dans les deux combats. Se battre pour le français et pour la laïcité de l’État c’est possible, l’un n’empêche pas l’autre.

Pire que le “bonjour-hi” est la décision de beaucoup de commerçants à parler en anglais même si leur clientèle est capable de continuer en français. Je dirais que plus que 50% de temps, qu’on entend mon accent, on change à l’anglais. Cela est comment la langue est détruite. Comme américain à Montréal, je suis tout à fait capable de parler en français, mais c’est moi qui dois insister. Privilégiions le français, SVP.

@ Mat :
Des gens comme vous monsieur, on en prendrait à la pelle. Ce que vous faites, ça s’appelle du ¨respect¨ envers le milieu, envers la nation. Bravo à vous.
Quand je vais aux États-Unis ou en Ontario, il me fait grand plaisir de pratiquer mon anglais, car je suis dans un milieu où la langue ¨officielle¨ est l’anglais. Ici, c’est le français et il me répugne de parler anglais avec ceux qui ne font aucun effort de parler ma langue. Je respecte l’autre dans la mesure où l’autre me respecte chez moi, et l’inverse quand je suis chez l’autre.

Le monde anglo-américain n’a pas perdu son attraction, fatale peut-être, et il ne faut pas se surprendre du glissement vers l’anglais, surtout à Montréal où se concentre le monde anglo-américain de la province. On ne peut non plus blâmer les jeunes de ne pas voir la menace qui pèse car malgré l’échec des indépendantistes, la loi 101 a donné une fausse sécurité linguistique depuis des décennies et les jeunes n’ont pas eu connaissance des combats épiques de leurs parents et de leurs ancêtres pour conserver notre langue et notre culture. Le monde anglo-américain c’est comme les sirènes qui attirent les marins de passage vers l’oubli et le néant.

Si les francophones se respectaient, ils refuseraient le service en anglais. Il est vrai que certains le font par snobisme, je parle anglais !

L’ami Mat a bien raison. Pourquoi les québécois ont-ils tendance à passer à l’anglais aussitôt qu’ils perçoivent un accent étranger dans le français de leur interlocuteur? Pourquoi ne pas reconnaître leur effort pour s’exprimer dans la langue de la majorité, la langue officielle du Québec? Lorsque je suis allé en Ontario ou aux Etats-Unis on n’a fait aucun effort pour aider à communiquer avec l’anglais dont il était évident que je ne maîtrisais pas. Contrairement à nous ils n’ont pas de problème à s’affirmer avec leur langue. Quand allons-nous comprendre que c’est en parlant exclusivement français sur le territoire du Québec que nous nous ferons respecter comme peuple distinct?