Idéologie budgétaire

C’est fait. Le Congrès a finalement accepté, après des semaines de guerre de tranchées politique, de relever le seuil de la dette du gouvernement fédéral américain. L’épisode a mis en relief les dangers de l’intransigeance inspirée à la fois par l’idéologie et les intérêts partisans, au détriment du bien commun et de l’intérêt général. Et ce n’est pas fini. Les compressions budgétaires à venir susciteront d’autres joutes obtuses, tout comme le débat sur les sources de revenus de Washington.

Impossible de faire un parallèle avec la situation financière du Canada. Les finances d’Ottawa sont globalement en bon ordre et n’exige aucun mélodrame du genre. Cela ne nous met toutefois pas à l’abri d’élans idéologiques dans le cadre de la lutte au déficit entreprise par le gouvernement de Stephen Harper.

D’abord l’objectif. Les conservateurs tiennent mordicus à éliminer ce déficit un an plus tôt que prévu. Rien n’exige de presser le pas sauf le désir du gouvernement de respecter certaines promesses avant la tenue des prochaines élections. On se rappelle en effet que durant la dernière campagne, M. Harper a entre autres promis de permettre au couple avec enfants à charge de moins de 18 ans de fractionner leurs revenus pour fin d’impôt (un choix à forte saveur idéologique qui mérite d’être débattu, mais j’y reviendrai un autre jour). L’engagement du chef conservateur était assorti d’une condition cependant: le déficit devrait d’abord être effacé.

Selon le budget de mars dernier, cette cible ne devait être atteinte qu’au cours de l’année financière 2015-16, trop tard pour inscrire la promesse dans le dernier budget à paraître avant les élections d’octobre 2015. On a donc mis en branle un «examen stratégique et fonctionnel» des programmes dans le but d’afficher un surplus, le 31 mars 2015. Et pour cela, on demande à l’appareil gouvernemental fédéral de générer, à terme, 4 milliards d’économies récurrentes annuelles, en plus de celles déjà exigées au fil des ans et qui totaliseront à leur tour 3,8 milliards par année.

Donc, pour éliminer le déficit un an plus tôt que prévu, on se prépare à sabrer dans tous les ministères et organismes fédéraux. Tous devront réduire leurs dépenses de programmes de 5 à 10 %. Sauf – et on en revient à l’idéologie – la Défense, où les économies annoncées sont en fait l’effacement de hausses de budget anticipées, et le système correctionnel, où on se prépare à dépenser des milliards pour absorber le nombre accru de détenus que la justice musclée des conservateurs entraîne et entraînera encore.

Car ils ont fait une autre promesse : celle de présenter dès l’automne un projet de loi omnibus reprenant 11 projets de loi en matière de justice morts au feuilleton à cause du déclenchement des élections. Plusieurs d’entre eux ont en commun d’imposer des peines minimales là où des peines avec sursis étaient possible ou encore de durcir ou de prolonger les peines actuellement prévues, sans égard au fait que le taux de criminalité est en baisse, comme le montraient les dernières données de Statistiques Canada sur le sujet. Sans égard non plus pour l’exemple américain où l’approche imitée par les conservateurs s’est révélée inefficace et extrêmement coûteuse, plusieurs États ayant d’ailleurs commencé à la remettre en question.

Pendant ce temps, l’impôt des entreprises continuera de diminuer en janvier prochain, privant encore Ottawa de presque deux milliards de dollars (et davantage avec les années) en revenus annuels. Ceci veut dire que le gouvernement fédéral devra, pendant quelques années, emprunter pour boucler son budget. En d’autres mots, il va s’endetter pour offrir une réduction de taxes. Ça aussi, c’est idéologique.

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À propos des baisses d’impots aux entreprises, je ne crois pas que ce soit nécessairement des baisses de revenus à long terme. Un secteur privé en santé attirera des compagnies étrangères et stimulera l’émergence de nouvelles entreprises en plus de permettre aux entreprises actuelles d’être plus compétitives. Ce n’est pas parce que ça ne se réflète pas nécessairement dans le budget au bout d’un an qu’il faut complètement négliger l’impact positifs de telles mesures. Ne pas le mentionner est plus ou moins honnête.

Je trouve les décisions de Harper inquiétantes. Enrichir les plus nantis et dégarnir la classe moyenne en coupant des services. Par ailleurs, je ne savais pas qu’il lui fallait emprunter pour boucler son budget. Il pense donc que ses cadeaux de réduction d’impôts des entreprises lui rapportera après coup des revenus plus intéressants que s’il s’en était abstenu. Je ne suis pas économiste . Mais je calcule que si je mets du monde au chômage tout en donnant plus d’argent aux entreprises, il va y avoir un problème. À moins qu’il soit certain que ces personnes congédiées dans les divers ministères soient immédiatement embauchées par ces entreprises privées.

J’espère que Harper sait ce qu’il fait. J’ai des inquiétudes parce qu’il ne tient pas compte des expériences des autres pays comme il ignore les statistiques qui démontrent une baisse de la criminalité.

Étrange, aux É-U, on regrette le pouvoir des républicains qui empêche Obama de prendre les décisions qui s’imposent. Au Québec, on se désole de la majorité de Harper qui lui donne toute la latitude pour faire ce qu’il veut.

Selon vous, l’État ne peut aider les familles qu’avec des garderies d’État; toute autre forme d’aide équivaut au retour des femmes à la maison. Je suis un lecteur occasionnel et je connais votre position radicale sur le sujet… et vous allez y revenir? C’est vraiment au coeur de votre idéologie!

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